Depuis le 31 octobre 2004, les automobilistes sont invités à allumer leurs feux de croisement hors agglomération, de jour comme de nuit. Le Comité interministériel de la Sécurité routière, qui a lancé cette expérience
jusqu’au 27 Mars 2005, espère ainsi faire baisser le nombre d’accidents et de tués sur la route. Le moins que l’on puisse dire est que cette mesure est loin de faire l’unanimité.
Allumez vos feux, éteignez vos cerveaux !
D’un côté, il y a les adeptes du politiquement correct qui soutiennent cette expérience en ânonnant à l’envie qu’“une vie humaine sauvée n’a pas de prix”. C’est beau comme tout et ça ne mange pas de pain, car nul n’oserait prétendre le contraire. De l’autre, il y a ceux qui ne se sont pas encore débarrassés de tous leurs neurones et dénoncent une mesure inutile voire dangereuse, directement inspirée de la politique spectacle. Explications.
Pub et gros sous
La contestation a commencé du côté de nos amis motards, seuls jusqu’alors à avoir le privilège de rouler feux de croisement allumés, même en plein jour. A cela une raison simple : le législateur avait en effet souhaité qu’ils ne puissent être confondus avec les 4 roues, pour la sécurité de tous. Désormais, le même leur réserve le droit de jouer à la roulette russe, noyés dans le flot anonyme des lampions allumés. Un indéniable progrès s’il en est...
Autre pierre d’achoppement : le fric. En témoigne ce message anonyme qui circule actuellement par e-mail, très révélateur de l’état d’esprit des automobilistes, écoeurés d’être sempiternellement pris pour des pigeons :
Sachant que rouler feux de croisement allumés entraîne une consommation électrique de 250 Watts, générant une surconsommation de 0,2 litres aux 100 km, qu’il y a 30
millions de véhicules en France environ, roulant 13 000 km par an, on obtient un gaspillage de 780 millions de litres de carburant. A 1 euro le litre en moyenne, sur lequel l’État ponctionne 80% de taxes, le calcul d’une petite
rentrée fiscale de 624 millions d’euros est simple !
En voila un beau Super l’auto !
Et l’écologie dans tout ça ?
Parallèlement à la chasse au gaspi dont il nous rebat (à juste titre) les oreilles, le gouvernement décide sans état d’âme de polluer l’air de France d’une combustion supplémentaire de 780 millions de tonnes de carburant à l’année. Si l’impact sécuritaire est plus qu’hypothétique, si l’impact financier est indéniable, l’impact sanitaire, lui, est loin d’avoir été étudié. Qui sait si cette pollution superflue ne causera pas 5000 morts supplémentaires par an ?
Effet d’annonce
Oubliés les motards, la chasse au Gaspi et la pollution de l’air, vive les vies sauvées ! Coupez la clim, allumez les codes ! Les messages contradictoires s’enchainent au fur et à mesure des objectifs politiques et des effets de manche.
On nous demande par exemple de réduire la vitesse de 20 km/h les jours de forte pollution. Or, sachant qu’à 60 km/h à 2500 tours/minutes, un moteur consomme autant qu’à 80 km/h à 2500 tm [1], rouler moins vite a pour unique conséquence d’augmenter la durée du trajet en restant plus longtemps moteur allumé et donc... de polluer davantage !
Quoiqu’en disent nos hommes politiques, qui ne connaissent trop souvent des voitures que leurs limousines avec chauffeurs, cette mesure est tout simplement stupide...
Seule constante de ces politiques ubuesques : ce sont toujours les mêmes qui paient !
En savoir plus :
Reportage vidéo réalisé par France 2 sur ce sujet.