498 articles,

4 sites à ce jour
Accueil 09|02|2010 Plan du site Agenda Liens Rédacteurs Contact Admin
Accueil >>  International

L’AFFAIRE DU TEXTILE CHINOIS

vendredi 10 juin 2005, par Philippe Lheureux, Gaëlle Sartre-Doublet

En pleine crise avec la Chine, accusée d’inonder la France et l’Europe avec son textile au faible coût de fabrication, il semble difficile d’ignorer que cette tension du marché concerne également les Etats-Unis, le Maghreb, l’Europe de l’Est et le Mexique, pays à destination desquels les industriels du textile ont massivement délocalisé dans les années 90. Une nouvelle crise, mondiale celle-là, est peut-être en train de voir le jour.


Multinationales sans scrupules

En Europe, 375.000 emplois ont disparu dans la filière textile entre 1975 et 1995. A lui seul, ce chiffre se dispense de tout commentaire. En effet, la grande distribution, qui représente aujourd’hui en France plus de 70 % du marché, ne les aura pas remplacés par des chefs de rayon ou des caissiers, d’ailleurs bientôt condamnés eux aussi à disparaître. Depuis le 1er janvier 2005, date où nos élus ont approuvé la levée des quotas qui bridaient les importations chinoises à faible coût, 1.350 emplois s’évanouissent chaque jour. La Chine, coupable de cet état de fait ? Il faut pouvoir l’affirmer sans honte.
Qui passe les commandes en France au détriment des travailleurs Français ? Qui leur a construit leurs usines textiles dernier cri ?
Quelque 465.000 entreprises étrangères ou sino-étrangères sont installées en Chine et bien que ce pays forme chaque année plus d’ingénieurs que la France ne saurait en produire, la moitié des exportations chinoises demeure sous la houlette d’investisseurs étrangers.
Les enseignes Carrefour ou Auchan, lorsqu’elles lancent via internet des appels d’offres mondiaux au "moins-disant" ignorent-elles qu’elles s’adressent à ceux qui exploitent le plus terriblement une main d’oeuvre réduite à une forme "moderne" d’esclavage ?
Règles merveilleuses de l’auto-régulation du marché qui permettraient à un consommateur-hypocrite de s’habiller à bas prix répondent en choeur enseignes et classe politique. Mais la réalité est toute autre : importateurs et distributeurs empochent des marges qui peuvent atteindre jusqu’à 45% de leur chiffre d’affaire ! Les marchandises ainsi fabriquées à moindre coût nous reviennent de fait quasiment au même prix de vente final que si elles avaient été produites en France. La différence va bien évidemment dans la poche des entreprises et de l’Etat - au détriment des travailleurs.
Les fameuses importations de textiles chinois sont tout simplement le fait de multinationales européennes qui n’hésitent pas à couler l’économie locale d’un pays pour faire toujours davantage de profits. Produire ailleurs à moindre coût et vendre aux pays "développés", telle est leur unique stratégie à court terme.

Référendum oblige !

Campagne pour le OUI au référendum sur la Constitution européenne oblige, certains hommes politiques se sont emparés de cette fausse affaire en brandissant l’Europe comme seul remède possible aux importations du textile chinois. Tous ces vendeurs d’avenir nous l’ont suffisamment rabâché : l’Europe aurait permis de mettre un frein à cette déferlante.
On rit.
Allons, allons, ils savent pourtant bien qu’au mieux, elle aurait débouché sur une réduction du coût des transports par l’emploi de routiers polonais (ou turcs, voire lituaniens - pourquoi cet acharnement sur la Pologne ?) et omettent un détail : la chaussure, le jouet, l’automobile, l’électronique et le matériel de sport sont également touchés. Et puis un autre : leurs beaux accords avec la Chine, en vertu desquels le président Hu Jintao avait promis-juré de limiter l’essor de ses exportations à 15%, ont volé en éclats. Elles ont en effet progressé de... 37% !
Cerise sur le gâteau, le yuan est indexé sur le dollar depuis 1997. Or, alors que la Chine connaît un taux de croissance annuel de 7 à 9% qui favorise ses exportations et enchante sa balance commerciale, son réajustement demeure un sujet tabou.
Silence, on vend...

Complicité des médias

Les médias à leur tour en rajoutent une couche en matière de désinformation via l’affaire de la jeune Chinoise de 22 ans, soupçonnée d’ « espionnage industriel » chez Valéo et incarcérée vendredi 29 avril 2005 à la maison d’arrêt des femmes de Versailles. La jeune femme, qui nie totalement les faits, aurait stocké des données confidentielles sur le disque dur de son portable ...
Message subliminal : la Chine nous vole nos secrets de fabrication et la D.S.T fait son boulot, preuve une fois de plus que le gouvernement ne plaisante pas avec la protection des intérêts des entreprises Françaises.
Une simple question : mais pourquoi Diable n’est-elle pas restée en Chine à attendre tout simplement que Valéo délocalise ?

La délocalisation bien pire que l’espionnage !

Par définition, délocaliser c’est séparer les lieux (les pays) de fabrication ou de transformation des marchandises de leurs lieux (ou pays) de consommation. L’opération consiste à déplacer l’activité productrice des entreprises vers des pays étrangers.
La production délocalisée s’effectuant en dehors du territoire national, elle offre ses emplois mais aussi toutes ses connaissances technologiques aux résidents des pays d’accueil. A ce propos et pour le fun, on vous offre un petit exemple concret à destination des étudiants accros des écoles de commerce : l’actualité de Peugeot-Citroën.
Ici bien sûr, pas question de parler d’intelligence avec l’ennemi et de mettre le patron en prison. C’est du Business, man, dans l’intérêt de la France !
Il y a fort à parier qu’en prime, un Premier « sinistre » n’aura pas résisté à l’envie de se déplacer là-bas, afin de se féliciter de l’accord. On aurait pu fabriquer en France et vendre en Chine, mais non : pourquoi faire travailler les Français alors qu’on peut exploiter des chinois pour 20 fois moins cher, tout en vendant en Chine comme dans les pays occidentaux ?

Vers un métier unique

Il y a dix ans, certains hexagonaux se vantaient d’avoir obtenu le marché de la construction d’usines du secteur textile dernier cri en Chine. Il n’est pas nécessaire d’être devin pour savoir désormais qu’un phénomène identique se reproduira prochainement dans de nombreux autres domaines économiques.
Un conseil aux générations futures : choisissez le métier de vendeur ou de fonctionnaire, car il n’y en aura bientôt plus d’autre en France comme en Europe.

Dernière heure : samedi 11 juin, Peter Mandelson, commissaire européen au commerce, s’est félicité de l’accord conclu à Shangaï avec son homologue chinois Bo Xilai. La Chine s’est en effet engagée à limiter ses exportations dans la filière textile, dont les volumes ne pourront dépasser 12% de ceux de l’année précédente. Compte tenu de la façon dont ont été respectés les accords antérieurs, on ne doute pas une seconde que la guerre du textile vit ses derniers instants...

Dernière heure bis : nous ne sommes pas devins, mais... après 53 jours de détention, Li Li, l’étudiante chinoise suspectée d’espionnage industriel chez Valeo, a été libérée. Merci aux médias qui nous l’avaient présentée comme la nouvelle Mata Hari. Elle était innocente !

Répondre à cet article

 

DANS LA MEME RUBRIQUE

 
 


Philippe Lheureux]
[(Le mécanisme secret de la grande pyramide d’Egypte)
Philippe Lheureux 50 ans.
Auteur du livre "Lumières sur la lune" distribué par les éditions CARNOT.
Auteur du livre "Gourou de secours" publié aux éditions JMG.
Auteur du livre "Le mécanisme secret de la grande pyramide" aux éditions Le Temps Présent.
Webmaster du site www.vox-populi.net


Gaëlle Sartre-Doublet]
[(Lecture philosophique des contes de fées)
Gaëlle Sartre-Doublet, 37 ans, maitrise de Philosophie. Ex-prof auprès d’un public en difficulté scolaire, ex-journaliste à "La Dépêche du Midi", actuelle fonctionnaire territoriale et modératrice du forum de Vox Populi, rédactrice en chef et directrice de publication pour notre webzine jusqu’au 1er janvier 2009, date qui a vu Laure Dupau reprendre le flambeau.

 

> L’AFFAIRE DU TEXTILE CHINOIS
4 mars 2006   [retour au début des forums]
J’ai lu cet article avec intérêt mais possédez vous vraiment les compétences économiques nécessaires pour traiter d’un tel sujet ? J’ai l’impression que cet article reflète plus des revendications politiques que des faits économiques avérés et compris. Je préfère encore vivre en France (qui vend d’ailleurs trés bien en Chine son savoir faire industriel et technologique), porter un tee shirt made in china en sachant que si notre economie marche c’est aussi grace a eux. Merci la Chine, merci les chinois.


> L’AFFAIRE DU TEXTILE CHINOIS


A vrai dire, votre message m’a fait sourire : si tous les journalistes savaient en leur nom propre de quoi ils parlent, ça se saurait, à moins qu’ils n’aient plus rien à dire.
Il se trouve qu’en l’occurrence, vous n’avez pas de bol : j’ai effectivement quelques notions d’éco, mais là n’est pas la question. Avoir une démarche journalistique, c’est d’abord et avant tout savoir écouter ceux qui savent, justement, et qui ont fait de ces connaissances leur métier, leur spécialité, leur profession de foi.
Le rôle du journaliste - enfin, si la déontologie de ce métier a encore un sens - c’est anticiper ou constater un problème, lui donner un angle et interviewer ou sonder un maximum de personnes capables d’y répondre.
C’est surtout - in fine - savoir le retranscrire, pédagogiquement, pour ceux qui ne sont pas experts.
Autre chose : l’objectivité journalistique absolue est un leurre, même si la profession cherche de plus en plus à s’en donner toutes les apparences. Derrière la façade, les journalistes n’ont jamais été aussi précarisés, instrumentalisés, asservis au(x) pouvoir(s) qu’aujourd’hui.
Vox Pop’ n’est sans doute pas parfait, ne possède pas les moyens des grandes rédactions, mais peut au moins se targuer de deux choses :
Son indépendance financière absolue.
Sa liberté d’investigation et de ton qui en découlent.
Bien à vous,
Gaëlle Sartre-Doublet


> L’AFFAIRE DU TEXTILE CHINOIS

19 mai 2007, par kyo   [retour au début des forums]
nuance

bonjour,

j’ai lu avec attention votre article et je suis resté sur ma faim. vous dite sans la langue de bois que c’est la faute des chinois si l’europe connait la crise économique actuelle, cependant la faute est en réalité les européens eux-même puisqu’ils ont massivement investie en délocalisant leur moyen de production afin d’importer par la suite. Avec une vision plus éclairée la faute ne reviendrait plus aux chinois mais à cette nouvelle forme de capitalisme mondiale qui à pour conséquence la production d’un esclavage moderne issu de l’impérialisme occidental. C’est ce qui me fais penser. Par contre, au risque de me faire passer pour un néo-libéral, je pense que l’europe a besoin d’une période d’adaptation pour sortir des pertes d’emploi qu’elle est entrain de subir. je veux dire qu’il y a certe des destructions d’emplois à court terme mais vous ne voyez pas les créations d’emploi qui sont entrain de former, je veux dire qu’il y a une trés forte croissance des étudiants européens qui se dirigent vers la Chine, plus récemment en France le chinois est devenu la troisième langue la plus étudiée derrière l’englais et l’espagnol, de même qu’il existe un intérêt mutuel entre leur culture. Ainsi le chômage à court terme sera absorber par la création d’emploi qualifié à long terme. Mais vous me direz de ce qu’on va faire de ces chomeurs ? Je pense que l’europe pourra s’en sortir car l’union européenne possède l’Etat providence le plus développé au monde. et vous dite in fine que l’objectivité du journaliste est un leurre, d’après la lecture de l’article la relative objectivité me fait plutot balancer sur une subjectivité aigu tel le journaliste militant de l’Humanité ou l’engagé de Libération ou encore le conservateur du Figaro. Sincèrement je vois en vos écrits une subjectivité refoulée que vous cacher derrière (avec vos mots) "l’objectivité journalistique absolue est un leurre".

bye


> L’AFFAIRE DU TEXTILE CHINOIS


En effet, ce que nous cherchions à véhiculer est que la Chine n’est en rien responsable de nos échecs commerciaux, et qu’il serait temps que la France - comme l’Europe - se réveille en défendant becs et ongles son savoir-faire, plutôt que de le brader dans une vision à court terme...
Point de vue qui n’exclut aucune forme de véritable partenariat.
Par ailleurs, notre subjectivité n’est ni ambiguë, ni refoulée, mais parfaitement assumée. Nous faisons suffisamment confiance à l’intelligence de nos lecteurs pour faire le tri entre les informations objectives que nous véhiculons et l’analyse subjective que nous en déduisons.
Force est de constater cependant que cette subjectivité, qui nous incitait à considérer Li Li innocente, nous a objectivement servi de boussole, puisque in fine, nous avons eu raison.
Sans en tirer aucune gloriole, ce n’est pas la première fois que de tels pronostics se vérifient dans nos colonnes : on peut informer et prendre parti, ce n’est pas incompatible. Mais il faut au moins que ce soit clair pour tout le monde.
Nous ne pensons pas trahir nos lecteurs sur ce point.
Bien à vous et merci de votre post, qui pose de bonnes questions.
GSD
> L’AFFAIRE DU TEXTILE CHINOIS
Hi,I read this article is very interesting....I agreee with you. Is awful.I love your site web.
(1/2) 4 mars 2006
(2/2) 24 janvier 2006, par alex remy
.
SPIP / Squelette Spip01
© 09/2003 Gab-design.com sous licence GPL