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DIEU SANS RELIGIONS - Vox Populi

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DE BUSH A BEN LADEN...

DIEU SANS RELIGIONS

dimanche 5 juin 2005, par Gaëlle Sartre Doublet

Vox pop’ ne pensait pas devoir un jour interviewer l’un de ses rédacteurs, même si pas mal d’entre eux avaient déjà publié des ouvrages. Question d’éthique...
Voilà néanmoins chose faite grâce à l’excellent essai philosophique de Jean-Christophe Grellety, qui interroge laïques, républicains et vrais croyants sur le thème : devons-nous laisser le champ de la religion ouvert aux seuls intégristes ?

GSD : Jean-Christophe Grellety, le Dieu que vous décrivez dans votre livre, omniprésent jusque dans les seins d’une femme ou le parfum d’une fleur, n’est-il pas un appel au retour d’une spiritualité panthéiste ?

JCG : Un dieu omniprésent, qui est, qui serait aussi le monde ? C’est finalement l’antithèse d’une tradition logico-philosophique développée par l’Eglise catholique et impulsée par le judaïsme orthodoxe : "Dieu" ne serait pas, ne serait plus dans le monde, puisqu’il est "transcendant".
Or, que dit la Génèse, ce primo-texte de la Bible si ce n’est qu’un Etre tout puissant est le créateur de l’Univers ? Et comment comprendre dès lors qu’un créateur puisse ne pas être dans sa création, dans ses créatures ? La Génèse prolonge cette affirmation puisqu’elle pose que "l’homme", l’espèce humaine, serait à l’image de Dieu - mais pourquoi serions-nous si privilégiés et le reste de l’Univers déserté par la formation divine pourtant originaire ? Cette tradition est donc contradictoire et absurde. Si "Dieu", celui, celle, ou cela que j’appelle l’Inconnu existe bel et bien, les Formes de l’Univers l’expriment nécessairement.

GSD : Comment une mise à distance des monothéismes et la condamnation absolue des intégrismes qui peuvent en découler est-elle compatible avec une
recherche de vérité ?

JCG : Pourquoi une mise à distance des monothéismes et une condamnation absolue des intégrismes peuvent découler de cette affirmation-constatation d’un Dieu omniprésent ? Précisément parce que Dieu créateur n’est visiblement pas adepte de l’Unité des Unités, à savoir de lui-même, mais plutôt de la diversité, puisque l’espèce humaine est censée être son œuvre : ni seulement blanche, arabe ou autre mais humaine PARCE QUE diverse. Quant aux réalités vivantes que nous savons si menacées et que nous appelons d’une langue technico-poétique la "biodiversité", elle est d’une telle variété que nous ne pouvons que constater que Dieu n’aime rien tant que ce qui ne lui... ressemble pas !
Ces réalités, dont nous faisons partie, ne peuvent être à son image.
C’est bien le seul point où les Islams sont logiques et pertinents. Parce qu’ensuite...
Ensuite, c’est la prétention des uns et des autres de parler en Son nom. De Benoît XVI à Zarkaoui, tous ces hommes sont atteints par la même folie, la même honteuse, scandaleuse, criminelle, prétention. La "recherche de la vérité" - recherche, dites-vous - n’est-elle pas au coeur de l’engagement d’une vie "philosophique" ? Et il faut bien dire qu’une "recherche" - que ma recherche - m’a réservé bien des surprises. Comme par exemple, celle de reconnaître l’athéisme au fondement et au coeur même de la prétendue foi chrétienne...
C’est un paradoxe, mais je me demande si le monde réel que j’habite n’est pas seulement composé de paradoxes...

GSD : Vous valorisez à maintes reprises les concepts issus de la Grèce antique, tel celui de "démocratie" par exemple. Pensez-vous qu’ils seront suffisants pour affirmer une Europe puissance, dégagée des fanatiques religieux que sont Georges W. Bush et Oussama Ben Laden ?

JCG : L’un et l’autre sont les deux faces d’une même pièce, le "manichéisme". Voilà un autre paradoxe : comment de supposés ennemis sont en fait de vrais "amis", inconscients sans doute, mais authentiques puisqu’ils s’entraident l’un l’autre.
Jusqu’au 11 septembre 2001, Georges W. Bush était
considéré par la presse américaine comme un président fantôme, sans âme, passant son temps au golf et dans son ranch. Il est vrai qu’il semble ne pas avoir lu les rapports confidentiels qui lui ont été remis sur les activités d’Al Qaeda. Trop de balles de golfs à putter...
C’est Oussama Ben Laden lui-même qui a transformé Bush en chef de guerre. Et le chef de guerre, à son tour, a transformé Oussama et consorts en leaders charismatiques de la résistance à ce que d’aucuns appellent l’Empire. L’engrenage est enclenché, et il est au profit de l’un comme de l’autre. Cette situation est tragique. Elle l’est d’autant plus que l’un et l’autre osent parler et agir "au nom de Dieu".
C’est un scandale qui ne révolte pas beaucoup de chrétiens ni de musulmans et en dit long sur la réalité de leur foi.
Concernant l’héritage que nous a légué la Grèce antique, j’ai parfois du mal avec ce qu’est devenu "la philosophie", pourtant la tradition la plus originale et la plus déterminante dans l’Histoire de l’Occident. Car, à mon sens, la démocratie n’est pas un concept, mais un mot pour désigner un type de régime - un mot seulement.
Je dis un mot, car nous n’habitons pas un mot, mais un régime. Or, un régime peut être qualifié de "démocratie" et ne pas l’être authentiquement.
Que ce soit aux Etats-Unis, en Arabie Saoudite, mais aussi en Europe - comme le référendum sur le traité constitutionnel vient de le démontrer - l’Histoire mondiale est avant tout celle d’un conflit entre des hommes qui ont trop de pouvoir et ceux qui veulent empêcher qu’un pouvoir total, totalitaire, puisse avoir prise sur eux. C’est ce conflit qui constitue notre propre "démocratie".

GSD : Peuples "éclairés" contre "indigènes", bloc de l’Est contre bloc de l’Ouest, "Nord" contre "Sud", aujourd’hui Bush contre Ben Laden : croyez-vous que le Monde peut échapper au manichéisme ?

JCG : Nous seuls pouvons échapper au manichéisme, en montrant que les peuples éclairés, civilisés, sont essentiellement barbares, que la barbarie archaïque et l’anthropophagie sont au coeur de notre histoire proche. Les peuples indigènes vivent sur et par des savoirs du "bios", de la sphère de vie. Ni les uns ni les autres ne sont parfaits et supérieurs.
Les uns ont besoin des autres et réciproquement. Les peuples arabes ont besoin de leur autre occidental ; mais nous avons beaucoup à apprendre des peuples arabes.
Derrière cette passion barbare pour un dieu, il y a également une opposition à ce que la vie occidentale peut offrir dans ce qu’elle a de plus consumériste, mettant en danger les ressources planétaires et les formes de la vie par une pollution généralisée, chimique, sonore...
Chez les descendants des tribus d’Arabie, il y a le silence, l’écoute de l’Infini qui résonne. Et le silence, chez les uns comme chez les autres, en raison du bruit médiatique ou des prêches criminels, n’est plus une condition connue par ceux et celles qui cherchent, mais aussi qui donnent le là dans leur communauté. Ce sont les hommes du pire qui parlent et parlent encore. Ceux qui se sont longtemps tus pour écouter et apprendre doivent accepter de "souffrir" en prenant la parole dans la communauté où ils et elles vivent, pour "répondre" aux hommes du pire. Il nous faut apprendre, qu’il s’agisse de Georges W. Bush ou d’Oussama Ben Laden, à leur trouver malgré tout des beautés, une part d’humanité, pour les sauver et pour nous sauver d’eux, aussi...
Sinon, ils pourraient gagner, engageant le monde dans une guerre totale. Je le dis : soyons vigilants. Ces hommes ont des intérêts, pécuniers, à cette guerre totale. Nous ne devons pas les laisser faire. Et nous ne pouvons pas leur faire une guerre comme eux la font. Nous devons donc agir sur leur talon d’Achille : l’intelligence...
Enfin, pour lutter contre l’un et l’autre, contre ce manichéisme auquel ils puisent, contre ce Mal qui n’existe pas mais qu’ils finissent par "créer", il faut que les adeptes de la "raison gardée" comprennent que nous devons agir sur leur propre terrain, à savoir le terrain religieux - et que nous devons, ici et ailleurs, agir en créant. Pour ma part, mon travail me conduit maintenant à une "Contre Bible" qui, je le dis, ne sera pas l’Histoire d’un peuple, mensongèrement élu, mais de notre Humanité, synthèse des peuples. Car les peuples "sans" livre, les peuples de la Parole, sont menacés, ont été violentés par les peuples du "Livre". Il est temps qu’un livre les aide à contrecarrer les moyens d’une domination qui, de narrative, finit par être politique et économique.

GSD : Quelle est la question que vous auriez aimé que je vous pose et qui n’a pas eu lieu ?

Ce pourrait être : « Dans votre livre, vous déclarez et prétendez constater que les femmes sont "supérieures" aux hommes. N’est-ce pas une idée politiquement correcte dans une civilisation où elles prennent de plus en plus de place, et parfois même taillent en pièces, comme les Amazones que vous évoquez, les mâles ? »

J’y répondrais en disant et en répétant que oui, les femmes sont "supérieures" aux hommes - mais "par nature", per phusis. Elles vivent plus longtemps que nous, paraissent plus résistantes. Leur corps, à cause de la force matricielle, paraît leur donner une puissance supplémentaire par rapport aux hommes. Or, les femmes-hommes auxquelles elles donnent naissance, nous les mâles, ont une force physique supérieure, force qui nous a permis, en Occident, une "domination" de plusieurs siècles. Je dis "domination", car lorsque je vois ce que sont les rapports de couple, j’en viens à penser
qu’il s’agit d’une forme originale d’un archaïsme structurel de l’Histoire, à savoir le rapport maître-esclave. Je ne crois pas me tromper en disant que les femmes ont beaucoup souffert au fur
et à mesure de ces siècles, et qu’elles commencent tout juste à respirer.
Néanmoins, que font celles qui sont libres de leur vie ? Trop d’entre elles résument encore leur principale activité aux fringues et à la mode. Les femmes ont-elles obtenu leur libération pour être les alliées les plus objectives du conservatisme politique, lui-même émanation de la production économique libérale ? Je ne suis pas troublé par le fait que des femmes occupent des responsabilités ; je suis troublé par le fait qu’elles n’en occupent pas assez, que "la politique", en France en tout cas, soit l’objet chez elles d’une critique presque aussi systématique que le football.
Je suis troublé par le fait que les femmes qui s’engagent publiquement, et
notamment en politique, soient trop souvent décevantes intellectuellement parlant, comme si finalement, elles étaient des hommes comme les autres !
Heureusement, certaines s’emparent pleinement de leur liberté et sont des femmes de tête, remarquables, dont le monde a besoin ici et maintenant, sans attendre. A mes yeux, ces femmes-là sont les hommes les plus beaux et je forme des voeux pour qu’elles exercent partout, ici comme dans les pays musulmans, leur liberté et leur activité créatrice... à nos côtés, du côté où elles veulent !

“Dieu sans religions”, suivi de “Lettre à Oussama Ben Laden et à ceux qui voudront prendre sa suite” de Jean-Christophe Grellety, aux Editions La Part Commune (13 euros - ISBN : 2-84418-068-X)

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