Les hommes passent, les lois restent. Suite aux manifs contre la loi Fillon, les procès reprennent. Après les premières condamnations avant l’été, d’autres jeunes vont comparaître dans différentes villes de France. C’est le cas de Hicham dont nous avons suivi le jugement et la relaxe ce jeudi 13 octobre.
Devant la 16ème Chambre correctionnelle de Paris, une centaine de personnalités et de lycéens viennent soutenir Hicham, un manifestant accusé d’avoir frappé un policier au printemps dernier. Après plusieurs heures d’attente dans une salle bondée, le prévenu a été relaxé.
Rappel des faits : 20 avril, des manifestants occupent l’annexe du ministère de l’Education nationale pour protester contre la loi Fillon. Le cortège se heurte à un cordon de la gendarmerie mobile. Pour les forces de l’ordre, la récolte est exceptionnelle puisque 13 lycéens et un enseignant attendent actuellement l’instruction de leur procès. Dans la foule qui se presse devant l’entrée du tribunal, on évoque longuement ce climat de « criminalisation du mouvement social ». "C’est un scandale, lance une sympathisante d’une cinquantaine d’années, dire qu’en 68, on a lancé des pavés sur les flics sans être inquiétés".
Un témoignage manquant
Hicham comparait aujoud’hui pour avoir frappé un gendarme à l’aide d’un casque. L’agent aurait été touché, ainsi qu’un de ses collègues. Problème : le gendarme victime n’est pas présent à l’audience, il se trouve actuellement détaché en Corse. Plus grave, l’autre agent, également victime, n’a pas été entendu. Par ailleurs, aucune blessure n’est à déplorer. Le procureur n’a rien trouvé à ajouter et requiert tout de même 80 heures de travaux d’intérêts généraux.
Pour Hicham, les choses ne se sont pas passées ainsi. Le gendarme aurait tiré sur le casque, contraignant le lycéen à retenir l’objet, puis à lâcher prise.
Puisqu’un doute est permis sur la nature des faits reprochés, l’avocate refuse la demie mesure et insiste sur le contexte : "C’était une manifestation soutenue par les politiques et les parents d’élèves".
Rappeler cela, c’est aussi faire référence à la salle pleine de lycéens et de personnalités. Plusieurs élus se sont déplacés avec leur écharpe tricolore. Nombreux aussi, les syndicalistes, des enseignants et des particuliers.
Certains ont entendu parler du procès le 4 octobre lors des manifestations, d’autres pendant le rassemblement contre la directive Bolkestein [1]
Lundi dernier, après délibéré, la juge a annoncé la relaxe sous les applaudissements du public.
En quittant la salle, les élèves évoquaient déjà le 18 novembre, date du procès en appel de Samuel Morville, condamné à cinq mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende pour avoir craché sur un policier lors des manifestations.
Ecouter le reportage audio de Rezki Mammar, depuis les marches du palais de justice.