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Cours n° 6

L’INCONSCIENT

samedi 16 octobre 2004, par Gaëlle Sartre Doublet

Synthèse de cours
Thème n°1

Avec Descartes, nous avons pu constater que l’introspection ne nous permettait d’atteindre qu’une partie de nous-mêmes, le « moi » conscient. L’autre partie, pour faire vite (nous développerons ce point ultérieurement), c’est l’inconscient. Or, la notion d’inconscient telle que nous la connaissons aujourd’hui est une invention (au sens premier de découverte) récente, puisque nous la devons à Sigmund Freud (1856-1939). Elle désigne les pensées inaccessibles à notre conscience, mais toujours présentes en nous et s’exprimant de manière indirecte ( lapsus, rêves, actes manqués...).

Il convient de distinguer « l’inconscient psychologique », tel que le nomme Freud, du sens premier d’inconscient, « ce qui n’est pas conscient », c’est-à-dire la personne évanouie par exemple.
Chez Descartes, l’âme était consciente et le corps n’était qu’une grande horloge. Avec Freud, le corps devient le moyen d’expression de l’âme dans sa totalité, consciente comme inconsciente.
Freud nous oblige donc à repenser le rapport : âme (psyché) / corps (soma).

I) Petit historique :

Bien que la notion proprement dite d’inconscient soit née avec Freud, l’idée selon laquelle la totalité de notre personnalité n’est pas réductible au « moi conscient » lui est bien antérieure.
En effet, dès la Grèce Antique, les premiers philosophes avaient déjà le sentiment que l’homme n’était pas seulement celui qui parle, mais était également « celui qui est parlé ».
Ainsi, par exemple, ils pensaient que le poète, exprimant au grand jour une vie plus profonde, était inspiré par les Dieux. C’est la raison pour laquelle Freud a un jour déclaré :
« Partout où je suis passé, un poète est déjà passé avant moi » .
Au Moyen-Age, la folie s’expliquait également par le sacré. Ainsi, signe de la misère humaine, symbole de la vie du Christ, elle représentait aussi la possession diabolique. Rejetée comme dangereuse, elle n’en était pas moins perçue comme sacrée.
Néanmoins, il faudra attendre Leibniz (1646-1716) pour connaître la première véritable théorie philosophique de cet « inconscient » qui ne dit pas encore son nom. En effet, avec des pressentiments de génie, Leibniz a su voir que la conscience ne pouvait pas être le tout du psychisme et que celle-ci n’en était qu’un passage. C’est tout cela qu’il faut comprendre de sa théorie sur « Les petites perceptions » : quand je me promène au bord de la mer, ma perception du mugissement des vagues est en vérité le fruit de bien autre chose. Ce sont en fait mille petites perceptions que je ne saisis pas complètement qui participent à ma perception de l’ensemble, sans que je parvienne à en avoir une conscience nette. Ainsi, le bruit de la moindre vaguelette, noyé parmi tant d’autres, ne peut être distingué par mon oreille. Pourtant, il est constitutif de la perception d’ensemble que je peux en avoir : le bruit de la mer. Par cette théorie, Leibniz préfigure sur le plan philosophique les conceptions modernes.
Ce qui est nouveau avec Freud (1856-1939), c’est que non seulement il nomme ce qui échappe à ma conscience L’INCONSCIENT, mais il affirme de surcroît que celui-ci se définit à partir du REFOULEMENT et est plus important dans le psychisme que le CONSCIENT.
Un comble !

II) Le problème moral de la notion d’inconscient

Un comble en effet, qui fut d’ailleurs accueilli comme il se doit : par un véritable tollé !
Comment pouvait-on, par une théorie « criminelle », déresponsabiliser l’individu à ce point ?
Pis qu’une erreur, c’était une faute, et de nombreux philosophes éminents se firent un devoir de tordre le cou aux allégations freudiennes.
Ainsi, Alain a mis en évidence les dangers moraux du freudisme. Toute la morale « classique » consiste en effet à se référer au « Je », unique fondateur de notre vie.
Grossir le terme d’inconscient, c’est aller à l’encontre de toute morale. Pour Alain, il ne s’agit aucunement de contester la réalité de l’inconscient, mais bien de refuser les mythes dangereux (irresponsabilité, abandon à l’inconscient...) qu’il pourrait véhiculer ou cautionner.
"Il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d’inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l’inconscient est un autre Moi" (Alain parle ici du Moi au sens classique du terme) "Un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses ; une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu’il n’y a point de pensées en nous, sinon par l’unique sujet : Je.
Cette remarque est d’ordre moral".

Alain, Eléments de Philosophie, Gallimard, 1959

Dans « L’être et le néant » (1943), Jean-Paul Sartre a également soumis le freudisme à une série de critiques dont le sens est finalement, à l’image de celles d’Alain, d’ordre moral. Il refuse en effet, tout comme Alain, de faire de l’inconscient le maître de nos actes et de nos choix. En critiquant Freud, Sartre veut profondément signifier : ne cherchons pas d’excuses à nos comportements et ne nous abritons pas derrière notre inconscient. Nous sommes responsables (et donc, au sens littéral du terme, capables de répondre) de nos actes, inconscients ou pas. Ce qui existe réellement, pour Sartre, c’est la mauvaise foi, le mensonge à soi-même, l’acte par lequel la conscience se dissimule à elle-même le vrai, se laissant prendre à ses propres dérobades.

Au-delà des doctrines partisanes et des évolutions chronologiques, la notion d’inconscient pose deux véritables problèmes ou enjeux :

1) Elle redéfinit le rapport corps/âme :
(Pas toujours dissociables, contrairement à ce que prétendait l’ensemble de la tradition philosophique, de Platon à Descartes).

Ex : les maladies psychosomatiques -
Psyché : âme ; soma : corps.

2) Elle pose le problème de la responsabilité
Mon inconscient étant supérieur à mon conscient, suis-je encore pleinement responsable de mes actes ?

et de la liberté (ne suis-je pas déterminé par mon inconscient pour agir ?).

Les enjeux de ce débat sont donc toujours de taille, même si aujourd’hui, chacun admet la nécessité d’une hypothèse de l’inconscient (ne serait-ce que pour expliquer les rêves, les lapsus, les actes manqués, les névroses...).

Petit lexique à l’usage des profanes :

FREUD : Notions et concepts

Acte manqué : Acte où le résultat prévu par le sujet est remplacé par un autre résultat qui n’était pas visé. Ex : le lapsus.

Censure : Barrage sélectif engendré par l’éducation et la société, qui interdit l’accès à la conscience de certains désirs.

Libido : Energie de la pulsion sexuelle.

Névrose : En psychanalyse, affection dont l’origine est psychique et dont les symptômes expriment symboliquement un conflit, trouvant ses racines dans l’histoire infantile du sujet.
Exemple de névrose ordinaire : se ronger les ongles.

Psychanalyse : Méthode permettant de mettre en évidence des significations inconscientes, mais aussi psychothérapie fondée sur le transfert.

Pulsion : Poussée énergétique d’origine biologique par laquelle l’organisme tend vers un but. La pulsion est destinée à exprimer un état de tension.

Refoulement : Processus psychologique de défense du Moi, rejetant dans l’inconscient les pulsions et les désirs en désaccord avec la censure ou les représentations provoquant du déplaisir.

Transfert : Projection sur l’analyste de sentiments archaïques éprouvés à l’égard des parents et généralement inconscients.
Ex : Pour une femme, tomber amoureuse de son psy, comme petite fille elle l’était de son père.

Les deux topiques Freudiennes

Topique : Représentation spatiale de l’appareil psychique (voir schéma).

1ère TOPIQUE : L’inconscient, le préconscient, le conscient

L’inconscient : Ensemble des phénomènes psychiques qui échappent à la conscience. Selon Freud, l’inconscient est formé par les pulsions et les désirs refoulés, c’est-à-dire maintenus par la censure hors du champ de la conscience. Ce système ne connaît ni le temps, ni la réalité extérieure : des désirs inconciliables peuvent y coexister. L’inconscient n’obéit qu’au principe de plaisir.
Les rêves, les actes manqués et les symptômes névrotiques en sont pour Freud autant de manifestations.

Le préconscient : Dans l’appareil psychique décrit par Freud, c’est le lieu des processus mentaux qui, temporairement inconscients, ne sont pas refoulés et peuvent redevenir conscients.

Le conscient : Ensemble des faits psychiques dont on a conscience, par opposition à l’inconscient et au préconscient.

2ème TOPIQUE : Le Ça, le Moi et le Surmoi

Le Ça : Une des trois instances distinguées par Freud dans sa deuxième théorie de l’appareil psychique. Le ça constitue le pôle pulsionnel de la personnalité. Ses contenus, expressions psychiques des pulsions, sont inconscients, pour une part héréditaires et innés, pour l’autre refoulés et acquis. Le ça est pour Freud le réservoir premier de l’énergie psychique. Il entre en conflit avec le moi et le surmoi, qui lui sont génétiquement différenciés.

Le Moi : Le moi est dans une relation de dépendance tant vis-à-vis des revendications du ça que des impératifs du surmoi, quoiqu’il se distingue également de l’un et de l’autre. Bien qu’il se pose en médiateur, chargé des intérêts de la totalité de la personne et devant faire face aux exigences de la réalité, son autonomie n’est que toute relative. Le moi représente, dans le conflit névrotique, le pôle défensif de la personnalité. Il met en jeu une série de mécanismes de défense, motivés par la perception d’un affect déplaisant (signal d’angoisse).

Le Surmoi : Son rôle est assimilable à celui d’un juge ou d’un censeur à l’égard du moi. Freud voit dans la conscience morale, l’auto-observation (c.a.d. lorsque l’individu se surveille), la formation d’idéaux, des fonctions du surmoi. Classiquement, le surmoi est défini comme l’intériorisation des exigences sociales et des interdits parentaux.

NB : LE MOI IDEAL
Terme employé par Freud dans le cadre de sa seconde théorie de l’appareil psychique. Le moi idéal est une instance de la personnalité résultant de la convergence du narcissisme (idéalisation du moi) et de l’identification aux parents et aux idéaux collectifs. En tant qu’instance différenciée, l’idéal du moi constitue un modèle auquel le sujet cherche à se conformer.

Et voici, pour finir, quelques sujets de réflexion :

- Sur quelles raisons pouvons-nous nous appuyer pour admettre l’existence d’un inconscient ?
- Peut-on connaître l’inconscient ?
- L’idée de liberté est-elle compatible avec le concept d’inconscient ?
- Qui parle quand je dis « Je » ?
- Les rêves ont-ils un sens ?
- La notion d’inconscient induit-elle la fatalité dans la vie de l’homme ?

NB : Toutes ces questions ont été, un jour ou l’autre, posées au bac. A vous d’y répondre...

Lire la suite :
Thème N°2, le Désir

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