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LA LAÏCITÉ EN QUESTION OU L'ART DE SE TROMPER DE COMBAT - vox-populi.net

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LA LAÏCITÉ EN QUESTION OU L’ART DE SE TROMPER DE COMBAT

jeudi 8 janvier 2004, par Gaëlle Sartre Doublet

La décision de Jacques Chirac de recourir à une nouvelle loi pour interdire les signes religieux ostensibles à l’école était inutile. Et dangereuse pour la laïcité. Couronnant la polémique qui anime la société civile, elle illustre à merveille l’incapacité de la République à poser les vrais problèmes, et donc à les résoudre.
Explications.

Contrat social et République

Faut-il le rappeler, nos lois et nos institutions sont le fruit d’une expression collective, en vue du bien commun. En France, cette expression a trouvé son aboutissement dans la République, qui défend les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. La liberté s’appliquant naturellement à la liberté de conscience et de culte, l’Etat s’est doté d’un outil permettant le respect des convictions de chacun : la laïcité.
Ni athée, ni catholique, ni musulmane, juive, hindouiste, scientologue ou adepte du pile ou face les soirs de pleine lune, elle n’est pas davantage de droite, de gauche ou du centre. Elle est absolument, rigoureusement, non-confessionnelle et apolitique, afin justement de respecter les convictions de chacun dans l’intérêt général. Alors comment comprendre ce faux débat qui vient d’agiter la France entière et nous a offert le spectacle surréaliste d’un front national marchant main dans la main avec le MRAP, Cohn Bendit ou la Ligue communiste révolutionnaire ?

Ennemis publics numéro un

Contre les intégristes, les sectes, les partis politiques qui préconisent la discrimination, qu’elle soit "positive" - l’antinomie la plus absurde que l’on ait jamais inventée - ou non, il n’y a qu’un rempart : le rappel de la démocratie et des lois. Justement parce que nous sommes tous égaux, la laïcité s’applique à chacun d’entre nous, sans exception. Qu’une certaine frange de l’extrême gauche ose prétendre que l’interdiction du port du voile à l’école est un acte "raciste" est une inversion des rôles intolérable et dangereuse. Mais face à cette menace, la réponse de la République n’est pas davantage adaptée. En témoigne cette nouvelle loi, perçue comme "anti-voile" par une partie de la communauté musulmane, et déjà condamnée à être détournée par le port d’autres signes qui établiront une nouvelle symbolique. Alors que faire pour sortir de l’impasse ?

Tous égaux

Justement rien, si ce n’est la stricte application de notre arsenal juridique, expression de la démocratie : le rappel de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 indiquant que "la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui" ; la loi du 9 décembre 1905 affirmant la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et au nom de laquelle aucun prêtre, imam ou que sais-je encore n’a à mettre les pieds dans une école publique ; les articles 225.1, 225.13, 372 et suivants qui condamnent sans détour le racisme, l’esclavage, l’abus de faiblesse, l’exercice illégal de la médecine, les infractions aux codes de la construction et de l’habitation, des impôts, du travail, de l’obligation scolaire, de la sécurité sociale et des douanes, notamment en matière de mouvements de capitaux internationaux . De quoi faire tomber, d’un coup d’un seul, la quasi totalité des sectes, des intégristes, et des groupes politiques néfastes à la démocratie. En vertu de cet arsenal, non seulement le port du voile à l’école pouvait être interdit, mais l’église catholique intégriste de Saint Nicolas du Chardonnet ou le Front National baillonnés.

L’art de la fuite

Le laxisme de l’Etat comme de la société civile à traiter en temps et en heure ces questions ne prouve qu’une seule chose : notre incapacité à affirmer nos valeurs. L’esprit "libéral-libertaire" hérité de mai 68 pour qui il est "interdit d’interdire" côtoie allègrement notre complexe colonialiste ou post-vichyste, d’où la stupéfiante entente du MRAP et du Front National sur ces questions. Le problème du voile n’est donc pas religieux mais politique. Il établit la frontière entre ceux qui respectent la démocratie comme les lois et ceux qui les défient.
Apprécier le caractère religieux de tel ou tel comportement fait le jeu des sectes comme des intégristes, qui nous entraînent sur des débats glissants : "le port du voile est-il antinomique avec la condition de la femme ?", "Qu’est-ce qu’une secte ?" etc...
Or, la République n’est pas là pour légiférer sur la vie privée des individus mais pour garantir le bien-vivre en commun : ouvrons davantage de carrés musulmans dans nos cimetières, proposons discrètement deux menus dans les cantines scolaires qui satisfassent les choix confessionnels de tous, poursuivons les municipalités qui, jouant du Plan d’Occupation des Sols ou du cadastre, se débrouillent pour qu’aucune mosquée ne s’installe sur leur territoire, acceptons la création d’écoles privées de confession musulmane, cassons les ghettos...
Mais souvenons-nous que respect et tolérance n’ont jamais rimé avec traitement d’exception...
© Dessin : Laetitia Koch 2002-2004 - Tous droits réservés.

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