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Cours n° 10

LES ÉCHANGES

samedi 16 octobre 2004, par Gaëlle Sartre Doublet

En ces temps de guerilla urbaine, certaines évidences, berceau de nos sociétés, ne relèvent peut-être pas du superflu...
Petit cours de philo pour apprendre à apprendre : c’est quoi autrui ? C’est quoi l’échange ? Et c’est quoi vivre ensemble ?

Synthèse de cours Thème n°5

Il faut bien comprendre que l’échange est avant tout une fonction de communication. Echanger, c’est donner et recevoir, offrir, moyennant contrepartie, des biens, des personnes (dans le mariage par exemple) ou des signes (car la parole constitue également un échange).
La première définition de l’échange est donc très générale et déborde largement le cadre économique, que l’on a pourtant tendance à privilégier spontanément lorsqu’on aborde cette notion.
Or, pour bien comprendre l’échange, il est absolument nécessaire de l’intégrer et de le saisir dans toute sa généralité, à la lumière de la grande circulation qui s’opère dans les sociétés humaines.

« Il y a dans la communication une vertu créatrice, dont l’homme isolé ressent douloureusement la privation... La grâce de la communication, où l’on donne en recevant, où l’on reçoit en donnant, c’est la découverte du semblable, du prochain... Chacun reconnaît l’autre et reçoit de lui cette même reconnaissance sans laquelle l’existence humaine est impossible. Car, réduit à lui-même, l’homme est beaucoup moins que lui-même »
(G. Gusdorf, La parole)

Sur la fonction de communication des échanges, il vous est donc vivement conseillé de vous reporter à votre cours sur Autrui et les problématiques qui en découlent.

I) La forme archaïque de l’échange : le don

Primitivement, l’échange se présente essentiellement sous forme de dons réciproques.
Dans les sociétés archaïques, on ne constate jamais de simples échanges de biens au cours d’un marché passé entre les individus. Ce sont au contraire des collectivités (familles, clans, tribus...) qui offrent des richesses, des festins, des politesses, des femmes ou des enfants.
Cette forme primitive de l’échange a un caractère supra-économique, c’est-à-dire que c’est un phénomène social total, doté de significations magiques et religieuses.
Aussi, ces prestations et contre-prestations sont-elles rigoureusement réglementées, malgré leur apparence volontaire. Familles et clans doivent faire des dons, à l’occasion des naissances, des mariages, des décès, des traités de paix etc...
« Ces prestations et contre-prestations s’engagent sous une forme plutôt volontaire, par des présents, des cadeaux, bien qu’elles soient au fond rigoureusement obligatoires, sous peine de guerre privée ou publique »
(M.Mauss, Essai sur le don)

L’illustration la plus célèbre de ces prestations totales, de ces dons à signification religieuse et magique nous est fournie par le Potlatch des Indiens de la côte Pacifique d’Amérique du Nord.
« Potlatch » signifie essentiellement nourrir, consommer. Ces tribus, fort riches, vivant dans les îles ou sur la côte, passent leur temps dans une fête perpétuelle, avec banquets, foires et marchés.
De quoi s’agit-il au juste dans le Potlatch ?
De surpasser un rival en magnificence, de l’écraser sous des obligations auxquelles il ne pourra satisfaire en retour. Le don est ici synonyme de guerre larvée, où l’objectif est de parvenir à écraser son rival. Dans le Potlatch, échanger, c’est donner pour surpasser :
« Il y a prestation totale en ce sens que c’est bien tout le clan qui contracte pour tous, pour tout ce qu’il possède et pour tout ce qu’il fait, par l’intermédiaire de son chef. Mais cette prestation revêt, de la part du chef, une allure (...) essentiellement usuraire et somptuaire, et l’on assiste avant tout à une lutte des nobles pour assurer entre eux une hiérarchie dont, ultérieurement, profite leur clan ».
(M.Mauss, op.cité)

Dans le don, dans la prestation totale, dans le Potlatch, la collectivité dilapide des richesses et les brûle, les anéantit. C’est le plus grand pouvoir et le plus grand prestige que peut ainsi espérer conquérir le clan. Ici, l’économie n’est pas un processus de thésaurisation et d’épargne, mais est fondé sur la dilapidation et l’anéantissement des richesses, qui suppose cependant toujours un retour.

II) L’échange archaïque des êtres

Claude Lévi-Strauss (l’anthropologue, à ne pas confondre avec Léo Strauss, le philosophe !), a replacé, à juste titre, les échanges matrimoniaux dans le système global de communication et de don des sociétés archaïques. Dans la hiérarchie des échanges, les femmes constituent, en effet, un bien important. La prohibition de l’inceste est ici tout à fait remarquable, car elle constitue un interdit universel [1]
Cette prohibition comporte tout d’abord un aspect négatif, puisqu’elle représente une interdiction : tu ne choisiras pas n’importe quelle femme ni tel homme, par exemple, ta cousine ou ton frère. Cependant, l’interdit est également une règle d’échange et de circulation, de communication et de don.
En effet, la stipulation de la prohibition de l’inceste a une contrepartie positive : l’échange entre hommes et femmes.
La prohibition de l’inceste est une règle de réciprocité : l’individu refusé est, par là-même, offert à d’autres, pris dans le grand flux de la circulation et du don. Le don des êtres est révélateur du passage qui se fait de la nature à la culture. [2]

III) Les échanges économiques

Les échanges s’intègrent ainsi dans le système du don réciproque, tout comme le Potlatch.
Nos sociétés « évoluées » n’ignorent pas ce type d’échanges (nous persévérons à « rendre » des repas ou des cadeaux, à inviter des gens épouvantablement pénibles lors de réceptions ou de banquets - noces, communion du petit dernier- pour leur « rendre la politesse » et allons jusqu’à mettre un point d’honneur à leur « rendre l’invitation » etc...
Néanmoins, nos sociétés connaissent aussi les échanges proprement économiques. A ce sujet, concernant les notions de valeur d’usage et de valeur d’échange, d’économie domestique et d’échange chrématistique, je vous renvoie expressément au cours sur le travail, et plus particulièrement à l’infinitisation chrématistique de la négativité du capital d’Aristote, relative aux limites de l’échange.

Sujets de réflexion :

- La notion d’échange n’a-t-elle de sens qu’économique ?
- En quel sens les échanges économiques sont-ils des faits de communication ?
- Peut-on tout échanger ?
- Les relations entre les hommes peuvent-elles toutes être interprétées en terme d’échange ?
- Comment concevoir les rapports entre les échanges économiques et l’ensemble de la vie sociale ?
- Le don peut-il être gratuit, ou n’est-il qu’une forme de l’échange ?
- La morale a-t-elle sa place dans les échanges économiques ?

Lire la suite
Thème n°6 : le travail.

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[1NB : initialement pour des raisons éthiques, telles que la dégénérescence de l’espèce etc...

[2A l’image du traitement réservé à la mort.

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