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AZEKKA, LE MAROC ET SON AVENIR

dimanche 13 novembre 2005, par Rezki Mammar

Azekka est une ONG engagée dans le développement durable. Fondée par des Marocains et des " amoureux du Maroc ", l’association intervient surtout dans les régions du Haut Atlas et dans le sud du royaume. Ces dernières semaines, cette organisation a été amenée à se mobiliser contre un fléau un peu particulier : la mauvaise volonté des douanes marocaines, qui n’ont pas hésité à bloquer des livres destinés à des écoliers.
Présentation d’Azekka et interview de Karine Aubry, la présidente.


A l’image d’autres pays en cours de transition démographique, le Maroc a une population particulièrement jeune. Le développement du royaume passe donc d’abord par l’éducation. L’action sur le long terme implique également un contact permanent avec les populations, une connaissance de leurs besoins. L’originalité de l’ONG est de tirer profit du tissu social existant.
Azekka signifie « demain » en berbère. L’association compte une soixantaine de membres en France et en Belgique, qui se sont surnommés les « Azekkis », des bénévoles issus des deux rives de la Méditerranée. Fondée par trois femmes, Azekka n’a que trois ans d’âge et déjà pas mal de kilomètres au compteur.
Et pour cause : le problème crucial est l’acheminement de l’aide. Récemment, la douane marocaine n’a ainsi pas hésité à mettre des bâtons dans les roues au réseau. Devant la mobilisation des Azekki et des internautes, les autorités ont jusqu’à maintenant maintenu leur position.

Vox Populi : Un des convois de l’association s’est retrouvé bloqué à la douane de Tanger en octobre. La situation a-t-elle évolué depuis votre mobilisation ?

Karine Aubry :
Nous n’avons pas encore pu le vérifier, n’ayant eu aucun convoi à acheminer depuis. Mais les échos d’autres associations franco-marocaines nous indiquent que le problème est malheureusement très fréquent. Il semble que certains fonctionnaires de douane soient opposés, par principe, à notre action. Peut-être craignent-ils que nous n’acheminions des dons inutiles ? Nous sommes prêts à leur prouver que nous n’apportons que ce qui est utile et qui a été demandé par les associations comme les écoles marocaines.
En attendant ce dialogue éventuel, nous continuons à nous battre par le biais d’une pétition et de plusieurs courriers officiels.

D’une manière générale, quelles sont les obstacles que vous rencontrez sur place ?
A part le passage de douane, les problèmes principaux résultent d’un malentendu avec certaines associations locales, qui attendent tout de nous. Peut-être est-ce lié aux méthodes d’autres ONG qui privilégient le projet ponctuel, sans participation locale, et ne reviennent jamais sur place ?
Nous au contraire souhaitons asseoir nos partenariats dans la durée, et mettons fin à tout échange si la démarche participative n’est pas conforme à notre charte : pour nous, c’est Azekka qui doit participer aux projets de ces structures locales, et non l’inverse. Un projet est réussi le jour où nous pouvons devenir simples spectateurs et nous contenter de prendre des nouvelles, juste pour le plaisir.

Parmi vos réalisations, vous insistez sur l’éducation : parlez-nous des kits cartable.
C’est un projet qui nous tient à coeur car il réunit des composantes idéales : un achat sur place grâce aux dons financiers, la participation des enseignants et des habitants dans le choix des élèves bénéficiaires, une action concrète et utile (le cartable et toutes les fournitures nécessaires, premier maillon pour encourager la scolarisation) au bon moment qu’est la rentrée scolaire.
Malheureusement, nous avons peu de dons financiers et sommes obligés de compléter nos dons avec du matériel acheminé.
Avant toute opération "kit cartable", nous nous renseignons sur ce qu’ont prévu la Délégation de l’Education Nationale et d’autres ONG. Nous intervenons fin septembre auprès de ceux qui n’ont pas été "servis".
Nous agissons discrètement, sans manifestation particulière, sans faire venir la presse par exemple ; c’est notre philosophie...
D’ailleurs, les élèves ne savent même pas que c’est Azekka qui donne. Ce qui compte, c’est qu’ils repartent avec un cartable plein.



L’association est née à la suite d’un séjour que vous avez fait dans le Haut Atlas en 2002. En trois ans, les conditions sont-elles plus favorables pour mener des projets ?
Nous avons encore peu de recul pour en juger, mais la différence principale, c’est Internet, qui en 3 ans a pris une importance considérable au Maroc, tant dans l’équipement que dans l’usage et le savoir-faire.
Aujourd’hui, nos échanges avec nos partenaires marocains sont quotidiens : messages emails, discussions, envois de fichiers...
Nous gérons les projets au jour le jour quand c’est nécessaire, avec une grande réactivité.
Le revers de cette évolution, pour nous, c’est que toutes les associations marocaines - et elles sont des milliers - accèdent à Internet. Dès lors, nous recevons des dizaines de demandes d’aide chaque semaine, auxquelles nous ne pouvons pas toujours répondre favorablement.

Les Français connaissent le Maroc essentiellement pour le tourisme de masse. Vous proposez justement une autre approche du tourisme. Vous avez notamment un projet en cours avec ADL-Rabat. Quels sont aujourd’hui vos projets ?
ADL-Rabat a beaucoup à nous apprendre et nous saluons leur travail. Une grande majorité d’Azekkis connaissent le Maroc par son monde rural et un tourisme de "routard" ; certains, y retournent depuis 20 ans.
C’est donc au coeur de la philosophie d’Azekka de promouvoir et de développer un tourisme solidaire, éthique, équitable, non seulement en diffusant l’information auprès de tous les voyageurs qui nous contactent, mais aussi en élaborant des projets concrets générateurs de revenus pour les habitants.
Nous travaillons sur ce sujet avec le douar [1] Aït Ali à Inchaden, ainsi qu’avec la commune d’Idikl à Aoulouz la palmeraie de Skoura. Notre approche part du terrain pour s’organiser en douceur, de façon informelle. Nous avons déjà organisé beaucoup de rencontres fructueuses entre voyageurs et habitants et nous structurons ces échanges petit à petit.

Association Azekka : www.azekka.org
La pétition


[1] Division administrative rurale en Afrique du Nord

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Rezki Mammar]
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