Les professeurs d’Histoire le savent par coeur : les guerres sont foncièrement et fondamentalement fratricides. Français et Allemands sont frères (les Francs, comme les Parisii, sont des Germains), Hébreux et Palestiniens sont sémites...
Néanmoins, nul besoin des guerres pour mesurer les tensions inter-ethniques, aussi évidentes qu’exagérées, dans tous les sens du terme. C’est pourquoi le projet du National Geographic et d’IBM peut et doit retenir notre attention...
L’humanité en mouvement
"L’humain" est ici envisagé comme ce qu’il fut et est encore, à savoir une espèce migrante, mobile, partagée entre le mouvement et la fixité, provisoire ou "définitive" (même si rien n’est jamais définitif...).
Le projet Genographic relie donc des données géographiques humaines aux données génétiques. Si le génome humain a été décrypté, une équipe de chercheurs internationaux et d’informaticiens d’IBM a été mise en place pour recueillir des échantillons d’ADN et pour les analyser dans 10 centres autour du monde.
Il s’agit d’en savoir plus sur l’histoire des migrations de l’humanité, sur les ressemblances-dissonnances des différents groupes identitaires qui composent l’humanité.
Il ne s’agit donc pas seulement d’identifier des fondements absolument partagés de manière universelle, comme avec le génôme, mais de rechercher et de repérer des liens inconnus ou méconnus entre les groupes.
La base de données qui va être élaborée sera publique, partagée et représentera l’une des plus grandes collections d’informations sur la génétique humaine, disponible pour les généticiens, les historiens et les anthropologues.
Le meilleur des mondes
Le projet Geographic est un beau projet, ambitieux et enthousiasmant, est-on tenté d’affirmer spontanément.
Pourtant, l’annonce du constructeur américain de renoncer au fichage génétique de ses salariés en octobre dernier a eu de quoi refroidir les ardeurs. Le respect des données, aussi personnelles que confidentielles, ne coulait-elle pas de source ?
La déclaration d’IBM illustre à merveille un malaise bien réel, dont les retentissements pourraient prendre une ampleur considérable dans un proche avenir.
Plusieurs Start-Up outre-Atlantique pratiquent actuellement des services de tests ou du « conseil génétique » auprès de grandes entreprises et les dérives existent.
Ainsi, une « affaire génétique » a déjà vu le jour : En 2002, la compagnie ferroviaire Burlington Northern and Santa Fe a été condamnée à 2,2 millions de dollars d’amende, pour avoir utilisé les échantillons sanguins de 36 de ses employés, sans leur consentement. Raison invoquée : elle tentait de déceler une maladie rare.
En France, la loi est claire :
« L’examen des caractéristiques génétiques d’une personne ne peut être entrepris qu’à des fins médicales ou de recherche scientifique » [
1] et «
le fait de procéder à l’examen des caractéristiques génétiques d’une personne à des fins autres [...] sans avoir recueilli préalablement son consentement [...], est puni d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende ». [
2].
Oui, mais ailleurs ?
Si IBM promet de ne pas avoir recours à des examens génétiques avant d’engager un nouveau collaborateur, ni de déterminer à partir de données génétiques les termes d’un contrat d’assurance maladie ou de mutuelle, il est néanmoins éclairant de noter que c’est la première fois qu’un grand groupe industriel fait une telle déclaration.
Le projet national geographic vise à établir de manière plus approfondie, puisque "génétique", les liens qui peuvent exister entre des individus et des groupes humains différents. Il peut et doit contribuer de manière décisive à éclairer la "fraternité" d’une lumière historique et biologique incontestable, ce qui permettra de couper court au racisme primaire que nous connaissons partout à travers le monde.
Mais comme tout projet qui touche aux réalités biologiques vitales, il doit être encadré de manière à ce que les données utilisées ne puissent être détournées à d’autres fins. Les scientifiques qui collaborent à cette aventure ont donc une responsabilité décisive, au même titre que les informaticiens qui doivent protéger la confidentialité des informations récoltées.
L’enjeu est primordial, car il s’agit de ne pas en autoriser une manipulation abusive au profit d’intérêts privés ou discriminatoires...
En savoir plus :
- Sur
www.ngcfrance.tv
- Sur
www5.nationalgeographic.com