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BALAVOINE OU LA RAGE DE VIVRE

dimanche 15 janvier 2006, par Gaëlle Sartre Doublet

Le 14 janvier 1986, la Mitsubishi numéro 347 du Paris-Dakar, conduite par Charles Velez, arrive à l’étape spéciale de Gourma-Rharous pour relayer la terrible nouvelle : pris dans des vents de sable, tous feux éteints, l’hélicoptère qui acheminait 5 personnes dont François-Xavier Bagnoud (le pilote), Thierry Sabine (l’organisateur du Paris-Dakar) et Daniel Balavoine s’est crashé. Une génération pleure.
Vingt ans après pourtant, la parole de l’artiste demeure encore vivante...

A commencer par Mitterrand, auquel il s’était confronté lors du célèbre J.T de mars 1980 sur Antenne 2, nombreux ont été ceux à lui avoir rendu hommage :

"J’ai d’abord apprécié le chanteur de la colère et de la tendresse, qui avait su trouver des mots et des sons en accord avec la jeunesse de son temps. J’ai ensuite rencontré et apprécié le révolté et l’homme de cœur, celui qui avait su mettre sa notoriété au service de la plus grande des causes, celle de la justice et de la lutte contre la faim dans le monde. La jeunesse de France n’oubliera pas de sitôt celui qui a donné une si grande leçon de vie, en allant au bout de ses passions".
François Mitterrand

De cette jeunesse-là, j’en fus. Etrangement et contrairement à Mitterrand, j’ai rencontré l’homme engagé avant le chanteur, via les opérations humanitaires d’"Action école", en 1984. J’avais 13 ans.
Plus tard, en terminale, il n’était déjà plus, mais je poursuivais son action en participant à la Fondation Balavoine, pour creuser des puits et trouver de l’eau.
Une erreur, avec du recul : nous avons détruit des nappes fréatiques, et 60% des dons étaient destinés - comme pour une majorité d’associations - aux frais de fonctionnement.
N’empêche... premier engagement et première prise de conscience politique. Comme le chantait Sanson quelques années auparavant : "Celui qui n’essaie pas ne se trompe qu’une seule fois..."
Inutile de le nier : la musique de Balavoine a vieilli - évidence-même pour celui qui revendiquait "faire de la musique à l’heure".
Pourtant, son message demeure intact et plus que jamais d’actualité.

Face amour, face amère

Au début de sa carrière, Balavoine fait des "balloches" et tourne avec le groupe "Présence".
Beaucoup de reprises et pas que des tubes dans les compositions, loin s’en faut...
Le "Pot de confiture" - inconnu des spécialistes - couronne un début de carrière hésitant. Pourtant, très vite, Balavoine se révèle : en 1977, les "Aventures de Simon et Gunther", un album-concept ambitieux, retrace les souffrances d’un peuple divisé jusqu’à la déchirure par le mur de Berlin. "Lady Marlène" en devient le symbole.
Balavoine, adolescent jadis révolté, vit plus que jamais dans le monde. Cette obsession ne le quittera plus.
En septembre 1978, les radios jettent dans un premier temps leur dévolu sur "Les oiseaux", très belle chanson à texte mais qui connait un bide relatif, avant de promouvoir "Le chanteur".
La carrière de Balavoine est désormais lancée. Il rêve de pouvoir rivaliser avec certaines productions anglo-saxonnes. Fan de Supertramp (entre autres), auteur de cette chanson très confidentielle qu’est "Lucie", il participe au projet un peu fou de Michel Berger : l’opéra-rock Starmania.
Le personnage qu’il incarne, Johnny Rockford, exprime le malaise des banlieues. "Banlieue nord", "Quand on n’a plus rien à perdre" (en duo avec France Gall), "Quand on arrive en ville" et "Petite musique terrienne" en témoignent.
Lors d’une de ces représentations, Balavoine, habillé en extra-terrestre, descend dans la salle pour prendre à partie un quidam qui sifflait dès le début du concert et manque de lui casser la gueule.
Autant dire que cet opéra-rock, aujourd’hui encensé, n’était à l’époque pas franchement "politiquement correct". Trop en avance, sans doute...
En 1979, "Face amour, face amère" sort dans les bacs. L’album, réalisé avec Andy Scott, est joué par le groupe "Clin d’oeil". Balavoine s’égare de nouveau peu ou prou, à l’image de l’album "De vous à elle en passant par moi".
Demeurent cependant quelques perles, qu’il faut dénicher, telles "Dancing samedi" ou "Tu me plais beaucoup", qui aujourd’hui ont toutefois du plomb dans l’aile...
Vient mars 1980. Balavoine est invité au J.T. d’Antenne 2.
Lui que son père destinait à Sciences Po doit rencontrer Mitterrand. Journalistes et politiques pérorent aimablement autour de la table. Le temps presse, l’émission va bientôt s’achever.
Balavoine, excédé, prend alors la parole, face à un Mitterrand médusé :
" La seule chose que je peux vous dire, Monsieur Mitterrand (...) c’est que la jeunesse se désespère. Elle est profondément désespérée parce qu’elle n’a plus d’appui. Elle ne croit plus en la politique française et je pense qu’elle a, en règle générale, bien raison. Ce que je peux vous dire, c’est que le désespoir est mobilisateur et que lorsqu’il devient mobilisateur, il est dangereux et que ça entraîne le terrorisme, la bande à Baader et des choses comme ça ".
Balavoine est maladroit, déterminé et anxieux, bafouille, lui-même surpris par tant d’audace. Toute sa faiblesse et sa force sont contenues dans ces quelques phrases.
Dès lors, pris entre le marteau et l’enclume, entre ses convictions et le refus d’être le porte-parole de quiconque, il va tenter de faire passer un message...

Vivre ou survivre

Daniel Balavoine devient un "client" pour les journalistes : il ne mâche pas ses mots. Sa dernière "sortie" aura lieu en 1983, sur le plateau d’Anne Sinclair, pour stigmatiser les anciens combattants face à ceux qui sont toujours sur le terrain, et que l’on n’entend pas.
Mais très vite, il comprend le revers de la médaille et refuse de jouer ce rôle. Désormais, il s’exprimera par ses chansons et ses actes.
Fin 1980, il investit les hits-parades avec "Mon fils, ma bataille". Chanson révolutionnaire à une époque où les mères avaient non seulement systématiquement la garde de l’enfant, mais où elles bénéficiaient également de "prestations compensatoires" et de "pensions alimentaires". Sur le droit des pères, Balavoine est un novateur, l’un des premiers à monter au créneau.
Ce tube, tiré de l’album "Un autre monde" - tout un programme - côtoie des chansons magnifiques, telles que "La vie ne m’apprend rien" mais aussi des paroles orwelliennes, comme "Mort d’un robot" par exemple.
"Je ne suis pas un héros", écrit initialement pour Johnny Hallyday, s’inscrit également dans ce cadre.
Au printemps 1982, Balavoine sort "Vendeur de larmes".
Cet album, superbe, comprend entre autres titres "Viens danser" - un maxi 45 tours antimilitariste.
C’est un tournant dans sa carrière. Le groupe "Clin d’Oeil" est dissout au profit d’une collaboration indéfectible avec Andy Scott et Joe Hammer. L’univers musical de Balavoine s’élargit. "Vendeur de larmes" obtient alors le diamant de la chanson française, avec, en titre-phare, une chanson : Vivre ou survivre .

En octobre 1983 sort l’album "Loin des yeux de l’Occident".

Choc.

Musical, d’abord (un de ses rares albums qui n’ait pas pris une ride), mais surtout politique et spirituel : "Frappe avec ta tête" ou "Partir avant les miens" illustrent parfaitement cette prise de conscience majeure :

« Sous la torture
Derrière les murs
Les yeux remplis d’effroi
L’homme aux vœux purs
Souffre et endure
Les coups sourds de la loi
Noyé par les bulles rouges
Ses mots muets
S’échappent et s’écrasent sur la paroi
L’écrivain plie mais ne rompt pas
Ressent une étrange douleur dans ses doigts
Délire en balbutiant "qui vivra vaincra !"

Dans la cellule du poète
Quand le geôlier vient près de lui
Quand plus personne ne s’inquiète
L’homme que l’on croyait endormi
Frappe avec sa tête
 » [1]

D’autres titres superbes s’imposeront : "Pour la femme veuve qui s’éveille" ou encore "Dieu que c’est Beau" par exemple.

Balavoine est désormais au sommet de son art. Paroles, musique, tout est à présent soigneusement pensé. La spontanéité fait place à la maitrise, la générosité de coeur se veut pertinente, fédératrice. Le coup de gueule n’est jamais loin mais devient canalisé, transcendé. C’est Angèle qui renverse les poubelles, prémices des banlieues qui flambent, mais à laquelle Balavoine, déjà, répond.
Dans ce contexte, la dernière chanson de son dernier album, "Sauver l’amour", est une pure merveille.

Elle s’intitule : "Un enfant assis attend la pluie" :

“L’enfant séché sur le sol d’Erythrée
Les traits tirés
Tire un trait
Sur cette terre aride et ridée
Dont il a hérité”

Daniel Balavoine est décédé le 14 janvier 1986 en hélicoptère, alors qu’il détestait l’avion, pour mettre en place une opération humanitaire, les "Paris-Dakar, pari du cœur", au Mali.

S’il fallait retenir une chose de son œuvre, sans doute le message tiendrait-il en deux mots : liberté et responsabilité...

Pour aller plus loin :
- Voir le J.T de mars 1980 grâce au site de l’INA [2]

- Balavoine se confronte chez Gildas à un "presque raciste, mais pas tout à fait" et s’insurge contre la gentille et pathétique bêtise ordinaire : "si je suis au chômage, ce n’est pas la faute du patron, mais de celui qui ne me ressemble pas" .
Question posée parce que le patron lui ressemble davantage, peut-être ?

- Entendre "S.O.S. d’un terrien en détresse"


[1"Frappe avec ta tête", Balavoine, "Loin des yeux de l’Occident"

[2Institut national de l’audiovisuel

Messages

  • Il est vrai qu’il nous manque, ce fut un grand homme, dommage qu’il n’est pas pu continué à nous honnoré de ses chansons, et de sa grandeur d’âme.
    Bravo Monsieur, des tas de gens ont la possibilité et ne font rien, que de regarder leur nombril !!!

    MissLol

  • Vite résumer à la fois la vie et la discographie d’un chanteur n’est pas facile. Mais là, c’est bien fait.

    Un amateur de 33T, pas seulement fou de Balavoine.

    • AVEC TOUT LE RESPECT QUE J’AI POUR L’ARTISTE daniel balavoine et a son oeuvre je me permet de faire une remarque qui ne plaira sans doute pas a l’entourage du chanteur. son nom et sa mort sont devenue commercial. et je trouve cela regrétable et insultant, pour lui. je n’oublie pourtant pas qu’il est le meilleur artiste et interprète de sa génération

    • si le blanc exprime la mort et le deuil .Et si le noir n’est que angoisse,ténèbre,neant le melange sera gris.Gris comme la cendre ,gris comme le broulliard et mon coeur comme un vaisseau de mer abondonnée par la solitude et par l’absence d’un seul etre aimer 10novembre 1995

      pour un artiste inoubliable DB

    • "Le blues est blanc/
      Quand le cœur broie du noir
      "...
      GSD

  • Je sens juste quelqu’un qui a été marqué autant que moi par le message de Daniel Balavoine. Pas simplement par ses écrits, ni sa musique, ni ses prises de parole, remarquables.
    Ici, il s’agit juste d’images, qui nous en disent beaucoup sur lui. Grande fan, je ne les avais jamais vues. Merci à leurs auteurs comme à leur diffuseur de nous les offrir. Chapeau ! Je ne m’y attendais pas. Cordialement,

    GSD.

    A lire :

    http://www.youtube.com/watch ?v=SX_jb8dGXn8

  • Une interprétation remarquable (et sans doute la seule) d’un titre de Daniel Balavoine :"SOS d’un terrien en détresse" par Gregory Lemarchal :

    http://www.youtube.com/watch?v=7MnaNA1VjDI

    Voir en ligne : http:// http://www.youtube.com/watc...

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