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DE SEZNEC À OUTREAU, L'INJUSTE JUSTICE FRANÇAISE - vox-populi.net

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DE SEZNEC À OUTREAU, L’INJUSTE JUSTICE FRANÇAISE

De l’enchaînement des erreurs et des mensonges pour jeter un coupable en pâture...

dimanche 22 janvier 2006, par Jean Christophe Grellety

C’est avec la IIIème République que notre nation a commencé à vivre dans ses principes fondamentaux actuels. L’affaire Dreyfus représentait déjà un avertissement majeur sur la "trahison" des principes fondamentaux du droit par des personnes ayant autorité d’Etat. La multiplication des affaires judiciaires retentissantes fut également celle des erreurs, ou pire, des mensonges. Un seul but anime parfois l’organisation judiciaire et une partie du peuple : identifier, accuser, incriminer, emprisonner un coupable - à tout prix.

L’affaire d’Outreau est le dernier scandale de cette "Justice" à moindre frais.
Alors que la République a besoin de réformes profondes et réelles, ne faut-il pas se méfier de la cuisine constitutionnelle mitonnée par ceux et celles qui ont des responsabilités, dans les deux sens du terme ?

L’affaire Dreyfus est, en elle-même, le symbole le plus complet et le plus tragique d’une organisation politique qui peut verser dans la "criminalité" à gants blancs.
Le Ministère de la Guerre avait bel et bien la preuve qu’un traître agissait au sein de l’état-major de l’armée : le "petit bleu" [1], trouvé dans une corbeille de l’ambassade d’Allemagne à Paris par une femme de ménage, était "authentique".
Mais comment dès lors dénicher la "taupe" ?
L’armée utilisa la méthode du "profilage", à partir des éléments d’identité, de caractère, de personnalité. Elle trouva "Dreyfus" parce qu’il était alsacien - l’Alsace n’était plus française - qu’il parlait donc l’allemand et qu’il était juif, ce qui signifiait pour les "bons français" de l’Etat-major qu’il avait une première patrie avant la France.

C’était tout et ce fut toujours tout : le dossier Alfred Dreyfus fut, d’un bout à l’autre de l’affaire, vide. Mais comme la justice a horreur du vide, l’armée tenta de remplir ledit dossier. L’homme aurait eu des maîtresses (et donc peut-être besoin d’argent), il manifestait parfois un caractère déterminé et légèrement orgueilleux.
Sur la base de ces "preuves", le premier Conseil de guerre le condamna pour haute trahison. Alfrey Dreyfus partit pour de longues années sur l’Ile du Diable, sans que la France, ni même Zola, ne s’en offusquent.
Et puis... les responsables militaires des services secrets qui avaient "identifié" le traître durent se rendre à l’évidence : la trahison continuait - ce qui signifait nécessairement à leurs yeux qu’un second traître agissait en faveur de l’Allemagne. Le colonel Georges Picquart constata que les caractères manuscrits du premier bordereau et du second document étaient identiques.
A partir de là, cet homme comprit qu’un innocent croupissait dans une cellule infâme, exposée au plein soleil de la Guyane - ainsi qu’à sa mortelle humidité - et que le véritable traître pavanait à l’état-major.
Picquard l’identifia : il s’agissait du Comte Esterhazy.
Que fit alors l’armée ? Comme la "justice" française et le pape, elle prétendit à son "infaillibilité", rejeta les preuves et les arguments de Picquart, et protégea même le traître !
Chacun sait les trésors d’énergie que les "dreyfusards" durent déployer pour que l’affaire redevienne publique, nationale, jusqu’à ce que les "évidences" - c’est-à-dire les faits - s’imposent dans les esprits, par-delà les préjugés et les haines recuites.

L’histoire de Guillaume Seznec est également terrifiante. Car elle illustre qu’une simple "promenade" avec un futur disparu peut vous transformer du jour au lendemain en assassin - et ce sans que le corps dudit assassiné n’ait jamais été retrouvé ! Le 24 mai 1923, Guillaume Seznec, maître de scierie à Morlaix, prend sa voiture, une Cadillac, afin de rejoindre Rennes et l’une de ses relations d’affaire, Pierre Quémener, Conseiller général du Finistère.
Les deux hommes sont sur une affaire, un marché de vente de véhicules des stocks de l’armée américaine datant de la guerre. Le 25 mai, ils partent de Rennes pour Paris. Leur équipée est ralentie par de nombreuses pannes et crevaisons au point que, selon Guillaume Seznec, Quémener décide de finir le trajet en train alors qu’il rentre seul à Morlaix.
Guillaume Seznec serait donc le dernier homme à avoir vu Quémener. Pourtant, très vite, des témoins indiquent avoir identifié ce dernier, en gare, à Paris.
Témoignages rejetés par la police...
Quémener devient donc une personne disparue.
En dépit de ces quelques témoignages affirmant avoir vu Quémener vivant, Guillaume est accusé de son assassinat et est condamné au bagne à vie.
Le corps de Quémener n’a probablement pas été retrouvé (même si des restes humains ont été découverts dans le sol de l’une de ses propriétés), aucun motif suffisant n’a été identifié, aucune preuve déterminante n’a été apportée, mais Guillaume Seznec a néanmoins été condamné et envoyé en enfer, où il survivra.
Pour son malheur, Seznec s’est retrouvé entre les mains d’un inspecteur, Pierre Bony. Ce dernier, à la fin de la seconde guerre mondiale, alors qu’il vient d’être arrêté par les nouvelles autorités issues de la Résistance en raison de son active collaboration avec l’occupant, avoue avoir réalisé des "faux" afin de nourrir le dossier vide de l’accusation contre Seznec.
Ce policier corrompu a pu conduire ses basses oeuvres pendant plus de vingt ans, vingt années durant lesquelles Seznec est prisonnier, jusqu’à ce que le Général de Gaulle le gracie, face à l’ampleur du "désastre judiciaire"...

Désastre judiciaire qui va continuer : Christian Ranucci, condamné à mort et exécuté, sans preuves absolues (des aveux, arrachés en garde-à-vue à un jeune homme un peu léger) alors que le tueur en série Fourniret pourrait être concerné par ce qui serait l’un des premiers crimes de sa longue série ; les couples Laroche / Villemin, impliqués sans preuves dans le meurtre du "Petit Grégory" ; Patrick Dils, accusé, condamné puis innocenté pour le massacre de deux enfants, alors que le jeune adolescent Dils n’avait ni le caractère ni la morphologie nécessaire pour perpétrer ces deux assassinats (sans compter un emploi du temps inadapté avec celui de l’assassin) ; Omar Raddad, injustement accusé du meurtre de son employeur, emprisonné puis libéré ; enfin l’affaire d’Outreau...
Et quelle affaire ! Dans un climat de chasse aux pédophiles, après que l’affaire belge Dutroux ait révélé à l’Europe entière l’existence et les pratiques de quelques adultes aux prises avec une perversité incompréhensible, une femme et ses enfants, Myriam Badaoui, accuse 13 personnes d’abus sexuels sur ses propres enfants.
Les enfants, qui ont été réellement victimes d’actes sexuels par leurs parents et un de leurs amis, savent donc de quoi ils parlent lorsqu’ils décrivent les actes commis.
Mais ils obéissent à la voix maternelle qui donne une liste au désormais célèbre Juge Burgaud. Ce jeune juge d’instruction pense sans aucun doute qu’il tient l’affaire de sa carrière, qui va le propulser dans l’élite judiciaire. Il écoute Myriam Badaoui, ses enfants, et il "charge" les 13 accusés. Qu’ils nient les faits, et ils sont simplement des menteurs. L’affaire est à risque, car les preuves sont inexistantes. Elle tient à la parole de quelques personnes, parole qui va, un jour, s’anéantir :
"Ce que j’ai à dire, voilà, c’est que j’ai menti sur ces personnes. Je voulais demander pardon aux personnes accusées. Ils ont tout perdu à cause de moi, j’en suis consciente. Il m’est passé une folie dans la tête" reconnait Myriam Badaoui.
Une folie qu’une institution "de rationalité" a accrédité, en envoyant des personnes passer plusieurs années en prison, parce qu’elle a perdu de vue le critère de son travail et de la vérité : la preuve.

Quelle que soit l’affaire, Dreyfus, Seznec, Dils, Outreau, et d’autres moins médiatisées (comme celle de Stéphane Audibert qui vient d’être condamné à douze ans de prison), la reconstruction policière et judiciaire des faits a accumulé des erreurs et parfois des mensonges, parce que ce critère, la preuve, a été oublié. Mais ces personnes n’auraient pu être condamnées si la Cour d’assises et son jury populaire ne relevaient d’un nouveau "droit divin", qui, après celui du roi et de la monarchie, a dramatiquement prolongé cet arbitraire, capable de décider ce qu’il veut sans avoir à se justifier.
Les catastrophes judiciaires qui ont attenté à la liberté et parfois à la vie de ces accusés doivent conduire à une Réforme "ontologique" de la "Justice" - dont le terme même est desormais sujet à caution ; qui devrait s’intituler de manière systématique, dans la langue commune comme dans les médias, "l’institution judiciaire", afin de rappeler qu’elle est faite par des hommes, par essence faillibles, mais qui, par leurs fonctions, leurs responsabilités, n’ont pas le droit à l’erreur. Elle doit être réorganisée de manière à ce que la prison soit réservée aux condamnés et que les condamnés soient uniquement celles et ceux à qui la nation peut reprocher, sur preuve(s), les faits incriminés.
Car "le doute doit profiter à l’accusé" n’est qu’une pétition de principe théorique, oubliée dans les faits parce que la "bonne société", populaire ou non, veut des coupables, qu’ils soient innocents ou non, pour assurer et rassurer sa "bonne conscience".
Cette société "criminelle" doit disparaître.
L’association "France-Justice" s’y emploie...

Dernière heure au 14/12/2006 :

la justice vient de confirmer le jugement rendu à l’égard de Guillaume Seznec. Le doute, qui aurait dû depuis longtemps, en toute logique, bénéficier à l’accusé, ne profite décidément pas à la justice...


[1Un pneumatique : Correspondance rapide expédiée d’un bureau de poste à l’autre, d’un service à un autre, dans des cartouches propulsées par air comprimé à l’intérieur de canalisations. Envoyer un pneumatique. Source : Le trésor de la langue française informatisé

Messages

  • Il manque il me semble la scandaleuse affaire Baudis, où le bon peuple et certaines de ses franges exclues, forcement respectables (prostituées, travestis,...) était prêt à manger tout cru le "notable" politique de surcroit... Attitude relayée fort complaisamment par une presse et des médias bien à gauche, toujours prêts à faire expier, au choix, le bourgeois, le politique pourri ou "le notable"... abusant forcément de son pouvoir sur les exclus de notre société.
    Concernant le pyromane dernièrement accusé, il me semble au contraire que cette affaire a été médiatisée... M Grellety semble-t-il sûr de son innocence à cause de la lourdeur justifiée de la sanction ? Il est vrai : que sont quelques milliers d’hectares calcinés ? quelques millions d’euros de financement pour, après avoir éteint, reboiser et faire revivre un ecosystème et un patrimoine ? quelques vies humaines mises en danger et tant d’énergie mobilisée à cause d’une lubie folle d’un criminel ? La justice est imparfaite et a ses excès. Il ne faut pas s’étonner qu’au laxisme angélique et à la manipulation autorisée - car politiquement correcte - succède (peut-être) une raideur excessive.

    • "Scandaleuse" affaire Baudis ? Dreyfus, Seznec, Dils, ont fait des années de prison. Monsieur Baudis, mis en cause, s’est expliqué au JT de TF1 ; il est aujourd’hui regardé comme une personne mis en cause dans une affaire et qui a pu faire la preuve de son innocence. Cela ne fut pas le cas pour Dreyfus, etc... C’est cette comparaison qui est scandaleuse. Il ne s’agit pas, en dénonçant la logique du bouc émissaire qui tient absolument à ce qu’un individu soit présenté comme coupable, d’oublier qu’il y a de "vrais" coupables : Esterhazy dans l’affaire Dreyfus, un ou des inconnus dans l’affaire Seznec si Quemener n’a pas disparu volontairement, Francis Heaulme dans l’affaire Dils... Dans l’affaire Alègre-Baudis, y a t-il eu crimes ? Oui. Alègre est-il le seul responsable ? Peut-être. Des notables toulousains sont-ils hors de soupçon dans des affaires criminelles de pédophilie ? Je n’en sais rien. La police et la justice ont-elles fait, font-elles leur travail ? Je n’en sais rien. Les notables, donc des "puissants", sont-ils nécessairement "blancs comme linge", parce qu’ils sont notables ? Nous savons que non ; parce qu’ils sont "puissants", parce que la puissance invite et incite à l’abus.

      Quant à M. Audibert, je ne suis pas certain de son innocence, mais je ne suis pas certain de sa culpabilité, et l’institution judiciaire non plus. Il est néanmoins en prison. C’est donc inacceptable.

      Je suis très sensible aux quelques "milliers d’hectare calcinés". Et je souhaite vivement que le ou les "salauds" qui détruisent des milliers d’êtres vivants dans de tels incendies et mettent la vie de tant de personnes en danger soient arrêtés ; mais pas n’importe qui à tout prix. Dans l’affaire Audibert, il semble qu’il n’y ait pas de preuves déterminantes, donc de véritables preuves. Il doit donc être libéré ; et si nécessaire, surveillé.

      "La justice" ne peut être imparfaite, son propre "droit" ne l’y autorise pas.

      Voir en ligne : L’action littéraire

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