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COMMENT PEUT-ON ÊTRE FRANÇAIS ?

samedi 26 août 2006, par Gaëlle Sartre Doublet

Dans son ouvrage "Les emblèmes de la France", Michel Pastoureau nous interroge avec pertinence sur cette curiosité : quel est le plus petit dénominateur commun à tous les français ?
La baguette, le béret ? L’image d’Epinal fait quelque peu cliché.
La cocarde bleu-blanc-rouge, le bonnet phrygien ? Ils sont un peu démodés.
Les refrains du "Maréchal, nous voilà", le "ça ira" ? Un peu trop connotés...
Et si finalement c’était le coq, trônant superbement sur tous les clochers des villages et indiquant la direction du vent sur le toit des maisons ? Ah oui, tiens, le coq...
Mais à propos, comment se fait-il qu’une si modeste créature de basse-cour soit devenue l’un des emblèmes nationaux les plus célèbres - qui plus est sympathique - de France ?

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Une girouette ? Peut-être bien...

"Le coq est le seul animal capable de chanter les pieds dans la merde" disait Coluche. Il faut admettre qu’il y a plus vendeur, comme emblème...
Le lion espagnol, le léopard anglais, l’aigle germanique, ça oui, ça a de la classe ! Mais le coq gaulois ?
Il est sans doute le plus ancien emblème de France, l’ayant même en quelque sorte précédée, puisqu’il remonte à l’époque gallo-romaine, période où l’entité politique et géographique "France" n’était pas encore constituée. A l’origine [1], le coq, rythmant de ses mélopées la course solaire, tient une place importante dans la religion et la mythologie romaines. Son "Cocorico" triomphal l’associe à la victoire, il sert d’oracle tant par les intonations de son chant que par la disposition de ses entrailles et il est très tôt symbole d’éloquence, de vigilance, mais aussi - c’est tout français ça ! - de lubricité.
Oiseau divin, il côtoie Apollon, Minerve et Mars, mais surtout Mercure, dieu romain du commerce et des voyageurs, de l’art et de l’éloquence.
Or, ce sont les Romains eux-mêmes qui ont eu les premiers l’idée malicieuse d’associer le coq et la Gaule, sur un simple jeu de mots : Gallus, en latin, désigne en effet d’un même jet le victorieux gallinacé et l’irréductible Gaulois.
Après la chute de l’Empire romain, le jeu de mots prête moins à rire, on l’oublie peu à peu. Ce n’est qu’au XIIème siècle que la perfide Albion et les fielleux teutons s’en emparent, à l’encontre des plus dignes représentants de ce qui, entre-temps, est devenu la France : Louis VII et Philippe Auguste.

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Le Coq, un animal qui échappe au seul bestiaire...

Afin de les ridiculiser, ils prêtent à ces deux rois tous les défauts du coq : arrogants, sots, querelleurs, ces volatiles ne règnent que sur leur basse-cour.
Au XIIIème siècle, l’Italie gibeline reprend cette comparaison à son compte, afin de stigmatiser la politique expansionniste de la France, qui, avec Charles d’Anjou, s’était mise en tête de conquérir de nouveaux territoires au sud de la péninsule.
Les siècles suivants ne sont guère plus flatteurs pour la France : tour à tour, ce sont les politiques des Valois, de Charles VIII, de Louis XII, de François Ier et même du Roi Soleil en personne qui sont l’objet de la risée européenne.
A longueur de médailles, miniatures ou gravures, notre petit coq national se fait déchiqueter par l’aigle germanique, poursuivre par le léopard anglais, terroriser par les lions de Venise, d’Espagne, ou des Provinces-Unies. Même s’il rend coup pour coup, au cours des siècles, un tel acharnement laisse des traces.
Cependant, au fil des événements et de beaucoup de volontarisme, la propagande va insidieusement changer de camp...
A la fin du Moyen-âge en effet, les érudits au service de la royauté tentent de réhabiliter le coq courageux et vigilant de la symbolique chrétienne : "Il crie vers Dieu pour hâter l’aurore du jugement dernier et de la vie éternelle" et paraît comparable à un "prêtre cherchant à conduire ses ouailles vers le salut" s’extasie même un liturgiste de la fin du XIIIème.
Charles VII, Charles VIII et Louis XII récupèrent donc à leur profit ce terme de gallus, rois (bien) veillants sur leurs sujets comme le coq sur sa basse-cour. François Ier va jusqu’à mener une véritable campagne de communication sur le coq : fier, courageux, oiseau celeste du Soleil, d’Apollon, de Mars et de Mercure, il est l’incarnation du Gaulois sans peur et sans reproche... l’image même du nouveau roi de France.
A partir du siècle suivant, le coq fait partie intégrante des emblèmes de la monarchie : en 1601 par exemple, la naissance du futur Louis XIII donne lieu à l’impression d’une médaille où trône le dauphin, aux pieds duquel se tient fièrement un coq, une patte majestueusement posée sur le globe terrestre.
Louis XIV, lui aussi, en raffole : il n’hésite pas en conséquence à faire alterner coqs et fleurs de lys sur des chapitaux de Versailles.

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Louis XIV et le Coq : une histoire d’amour

Louis XV, quant à lui, délaisse quelque peu cet animal encombrant, mais la guerre d’indépendance américaine lui donne tort : le coq gaulois victorieux orne désormais estampes et médailles, volant au secours de l’aigle et du serpent américains, par son belliqueux combat contre l’ignominieux léopard britannique.
Pourtant, l’apogée du coq sera sans conteste la Révolution.
Se souvenant de ses origines rurales, notre coq national épouse sans coup férir la cause du Tiers-Etat.
Les Etats généraux impriment à leur tour médailles et estampes à son effigie, mais la consécration n’aura lieu qu’en 1791, lorsqu’il prend place sur le grand écu constitutionnel de 6 livres, gravé par Augustin Dupré.
L’ampleur de la diffusion de cette pièce est flatteuse. Notre coq national, désormais, fait partie de l’art numismatique et y demeurera jusqu’en 1914.

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Un Coq Gaulois précieux en 1906

En 1792, les supports qui promeuvent le coq ne se comptent plus : timbres, brevets, sceaux, cachets, vignettes, porcelaines et même mobilier s’ajoutent aux supports traditionnels.

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1792 : un Coq superstar !

Sous la Terreur, alors que tombent l’une après l’autre les girouettes seigneuriales, le coq reste indéboulonnable au sommet des églises : on voit en lui un protecteur de la nation.

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CANTAT EXPVGNATQVE VICISSIM : Il chante et il combat tour à tour

Le Directoire et le Consulat finissent de le consacrer. Les symboles qui s’étaient par trop affichés aux côtés de la terreur (cocarde, notamment) lui laissent le champ libre. Le coq, aux côtés du drapeau tricolore, prend une valeur nationale. Du reste, les anti-républicains ne s’y trompent pas et pourchassent son effigie sans répit. Une véritable campagne "anti-coq" répond à son succès.
Bonaparte, trop orgueilleux sans doute pour se contenter de cet animal de basse-cour comme emblème, le snobe au profit de l’aigle impérial. La Restauration confirme sa disgrâce : les Bourbons ne tolèrent pas qu’il ait pu de telle sorte se compromettre sous la Révolution. Sans ménagement, il est exclu de tout document officiel. Raison de plus pour le peuple d’en faire son totem de ralliement contre le pouvoir. La révolution de 1830 accouche de Louis-Philippe, qui s’empresse de le hisser au sommet des drapeaux de la Garde nationale. Malgré ce geste fort, il sera caricaturé en train de le... plumer !
A bon entendeur...
1848 enfonce le clou, Louis-Philippe peut aller se rhabiller. Pour les insurgés, le coq ne s’est pas sali les pattes avec la monarchie et mérite les honneurs. Le revoilà donc sur le devant de la scène aux côtés des trois couleurs comme symbole de la nation.

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Coq en stock

Le Second Empire, avec Napoléon le petit à sa tête, relègue de nouveau notre volatile aux oubliettes de l’histoire, soudoyant même quelques historiens à sa botte pour proclamer qu’il n’a jamais été un emblème national.
En 1875, la République renaît, et notre coq avec. Drapeaux, cachets, insignes, sceaux, monnaies, timbres : rien n’est trop beau pour lui.
La première guerre mondiale le consacre patriote, et il y découvre un art nouveau : le cinéma. Nous verrons que cette rencontre ne sera pas neutre lorsque viendra l’ère de la pub.
En pleine propagande, il combat une nouvelle fois l’aigle germanique, ce qui donne lieu, des deux côtés, à des rapports de forces valorisant l’emblème national. Les Allemands vont jusqu’à détruire, à Metz, un monument aux morts où notre coq piétine leur aigle. C’est dire !
Comme une guerre n’advient jamais seule, la seconde guerre éclate. Vichy compte bien "renvoyer à son fumier" ce coq perturbateur.
Rien de tel pour que les résistants s’en emparent. Durant toute l’occupation comme à la libération, le coq n’est pas très loin. Dès 1944, il retrouve sa place, à coté de la croix de Lorraine, sur des timbres à son effigie.

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Un Coq Gaulois Algérien. Rétrospectivement étrange...

La cinquième république, moins rurale que les précédentes, est un peu ingrate à son égard. Mais comme par compensation (ou reniement ?), la société civile l’accommode, via la publicité, à toutes les sauces :

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Admettons qu’il y ait une symbolique nationale inhérente au sport mais...
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... se dissout-elle dans l’eau de Javel ?

Un conseil pour Sarko, Ségo, Arlette et consorts, qui se veulent en "rupture", "réformateurs" ou "révolutionnaires" : croquez du coq !

A ne surtout pas manquer :

Presque TOUS les bouquins de Michel Pastoureau. Je suis devenue fan. Ses écrits sur la couleur, toutes les couleurs, m’ont transportée vers d’autres horizons.
Mais en ce qui concerne les emblèmes français (La Marseillaise, le Bleu-Blanc-Rouge, Marianne, le bonnet phrygien etc.), reportez-vous à son ouvrage : "Les emblèmes de la France" par Michel Pastoureau, aux éditions Bonneton, dont cet article est aussi largement que librement inspiré.


[11er siècle avant JC

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