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GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE

vendredi 30 mars 2007, par Gaëlle Sartre-Doublet

Ce n’est pas une première, mais ça se confirme : le web, désormais, est le premier fournisseur d’informations "brutes de décoffrage", que les médias traditionnels au mieux suivent, au pire tronquent ou démentent.
Pour preuve ? Les incidents de la gare du Nord du 27/03/07, qui se sont déroulés de 16h30 à près d’une heure du matin, et un reportage d’une vingtaine de minutes, pris sur le vif juste après l’arrestation d’Angelo Hoekelet, le resquilleur dont l’interpellation musclée fut à l’origine de cette insurrection.


Vous avez regardé TF1 et Sarkozy dénonçant la Royale mansuétude de Ségolène envers les fraudeurs ? Vous avez regardé sur France2 la belle lui rétorquer de haut que ce n’était pas la France qu’elle désirait et que lui seul était responsable du désastre ?
Un instant, oubliez-les tous les deux, prenez vingt minutes de pause et visionnez cette vidéo :



Au départ, que voit-on ? Des gens, bigarrés (du jeune de banlieue à la jolie mamie en tailleur rose) sortir du métro ou du RER Gare du Nord. Pas mal de monde, impression de ruche, mais les premières minutes, rien de particulièrement alarmant.

Au fil des secondes, la caméra se fait plus précise : on dirait un attroupement. Nous, spectateurs, avons l’impression de découvrir ces images en même temps que leur auteur, comme si lui-même n’avait compris qu’au fur et à mesure ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux. Un homme d’une trentaine d’années, en situation régulière [1] est interpellé manu militari, d’après tous les témoins directs, pour ne pas avoir honoré le prix de son billet de transport.

Quant à la violence de son arrestation, pour le moment, personne ne peut avoir la prétention d’en connaître les conditions exactes.
Angelo Hoekelet [2] a-t-il, comme le prétend la police, voulu "donner un coup de boule" aux forces qui tentaient de l’immobiliser ? A-t-il au contraire été tutoyé puis violemment "maîtrisé" sans autre raison immédiate que l’absence de son ticket "chic et choc" ?

Nul ne le sait, et la vidéo ne le montre pas. Ce qu’elle révèle, en revanche, c’est la suite : la foule, témoin de la scène, gronde, condamne l’intervention, et scande - de manière revendicative mais physiquement inoffensive au départ : "police partout, justice nulle part".
Les CRS ont l’air dépassés. Ils ont leur téléphone vissé à leur oreille, dans la probable attente d’une instruction. Des renforts arrivent et le ton des révoltés monte d’un cran sur le refrain bien connu de mai 68 : "CRS-SS".

Jusque-là, malgré une tension palpable et des curieux s’agglutinant progressivement au balcon de l’étage supérieur, la situation paraît encore gérable.
Pourtant, les forces de l’ordre, relativement disséminées au départ, font désormais clairement front commun... contre les usagers. C’est le début d’un véritable rapport de forces.

La voix des banlieusards enfle : "Sarko, fils de pute", insulte qui se transforme rapidement en revendication : "libérez notre camarade", formule assez étrange si l’on y pense, vu la diversité sociale des protagonistes en présence.

Néanmoins, pour les CRS, c’est la phrase (ou le geste ?) de trop. "Les bombes lacrymo viennent d’être lancées" hurle quelqu’un.
Les gens s’affolent, courent dans tous les sens, crient, sifflent, se protègent le nez et la bouche avec ce qu’ils ont sous la main, mais la majorité des témoins de la première heure reste. Les forces de l’ordre s’énervent, à hauteur d’un cran supplémentaire : "Les CRS attendent sur le côté avec des chiens pour charger" prévient une voix dans la foule.
Deuxième vent de panique. Les chiens en sus du gaz, ça commence à faire beaucoup.

Au vu d’une autre vidéo, on imagine la suite : les contestataires se dispersent. Ne restent plus sur place que des retardataires ou des "casseurs" , rappelés en renfort par téléphone portable par les plus marginaux.

Pour conclure, laissons le dernier mot à l’ex-ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy : "J’ai eu raison de rétablir l’autorité républicaine et de faire preuve de fermeté alors que nous payons le laxisme d’années et d’années où on a fermé les yeux sur tout"

Aucun problème, chef : si vous le dites...
Un "détail" néanmoins me chiffonne : pourquoi, dans votre vigilance et d’après des témoignages concordants (sur ce point), n’avez-vous à aucun moment pensé protéger les "profils bas" qui ne faisaient que passer ?

Pour aller plus loin :

Des photos, prises à chaud par des internautes

Et surtout, cette photo, logo de notre article :


N’hésitez pas à cliquer dessus pour atteindre le site d’origine de son auteur, qui en comprend beaucoup d’autres.

PS : à titre personnel, hier soir, j’ai pris le train dans le Sud de la France, comme je le fais régulièrement (au moins deux fois par semaine) depuis 16 ans. Pour la première fois, j’ai vu - en renfort d’une contrôleuse qui faisait correctement son métier - trois membres de la police ferroviaire arpenter nerveusement les couloirs à plusieurs reprises pour... quatre wagons.
Comme cette liaison régulière est un TER, entre deux villes du Sud peu criminogènes a priori, les passagers dont je fais partie se sont vaguement demandé ce qu’ils foutaient là. Prévention, sans doute, matraque à la ceinture. Et puis, j’ai enfin compris leur mission : ils ont demandé ses papiers d’identité à un jeune au teint mat (pas un gamin "incivil de banlieue", je précise) parce qu’il... téléphonait à sa maman sur son portable pour annoncer que notre train avait du retard !
Forbidden, interdit, ont dit les flics. On ne téléphone pas dans les wagons !
Comme je sais que tous les usagers en font autant (même si je n’apprécie pas particulièrement cette pratique) et que je suis joueuse, une fois le gamin descendu à sa gare, j’ai fait pareil en prévenant mon conjoint des impondérables de la SNCF.
Etrange... Ils ne m’ont rien dit.
Le droit serait-il à géométrie variable ?

Creative Commons License
Cet article est mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

NB : Le Monde du 30/03 s’est procuré le procès-verbal d’Angelo Hoekelet. Voici sa déclaration :
"Ce jour vers 16 h 20, je me trouvais dans la gare du Nord. J’avais rendez-vous avec une personne qui m’attendait sur le quai de la ligne 5. Trente mètres plus loin, j’ai senti qu’une personne me touchait au niveau de l’épaule, je me suis retourné et cet individu s’est présenté comme étant un contrôleur RATP et m’a demandé mon titre de transport. J’ai expliqué à cet individu que je venais de jeter mon ticket au sol, et je lui ai proposé de retourner à l’endroit où j’avais jeté mon ticket pour le reprendre. Le contrôleur m’a alors demandé mes papiers. Je lui ai alors répondu que je n’étais pas sûr de les avoir mais que l’on pouvait regarder dans mon sac à dos. Un autre contrôleur est alors arrivé, et sans rien me demander il a déclaré à ses collègues : ’bon voilà, il a rien, allez on appelle’. Je lui ai répondu que je ne bougerai pas tant qu’on irait pas récupérer mon ticket. Ce contrôleur m’a alors fait comprendre que de toute façon il me ramènerait de force, il m’a parlé avec un langage de cité. Je lui ai alors dit d’arrêter. (...)
Il s’est alors approché de moi et a commencé à rapprocher son front du mien. Je lui ai alors dit ’arrête ou je vais te boucher une oreille’. Nous nous sommes frotté les fronts mais il n’y a pas eu de coups. C’est alors que les autres contrôleurs RATP m’ont saisi au niveau des chevilles puis m’ont fait chuter au sol. Ils m’ont ensuite maintenu au sol jusqu’à l’arrivée des gendarmes. Je vous précise que jusqu’à l’arrivée des gendarmes, les agents RATP, surtout celui qui a collé son front au mien, m’ont donné des coups de pied entre les jambes ou ont essayé de me tordre les poignets. Moi, je leur disais que ce qu’ils faisaient c’était vraiment n’importe quoi. Autour de nous, une foule s’est formée qui se demandait ce que ces contrôleurs étaient en train de faire. Je vous précise que parmi cette foule ,il y avait de nombreuses personnes qui me connaissent car j’ai vécu dans le 10e arrondissement et que je connais très bien la gare du Nord. Ensuite les gendarmes sont arrivés. (...) Ils ont essayé de me faire comprendre qu’il fallait que je me calme pour qu’ils me menottent. Je leur ai demandé de me lever puis ensuite de me menotter. Comme je me débattais car je pensais que ce n’était pas humain de mettre quelqu’un au sol comme ça, ils ont tout de même été obligés de me relever pour me menotter en faisant usage de la force. Une fois debout et menotté, le contrôleur RATP qui m’avait touché le front a cherché à m’attraper par les jambes. Il devait me connaître, je pense que c’est pour cela qu’il en avait après moi. Les gendarmes et ses collègues lui ont dit que cela ne servait à rien et que je devais être conduit debout. C’est là que je me suis rendu compte qu’une foule importante s’était ameutée autour de nous. Dans le local RATP, le contrôleur a dit à ses collègues ’oui, vous avez vu, il m’a bien mis un coup de tête’.
C’est là que j’ai compris que c’était une affaire personnelle, je vous précise que parmi ces agents RATP il y en avait trois d’origine maghrébine. Peut-être qu’il en avait après moi parce que je suis noir. Ensuite, j’étais dépassé par les événements et je les ai bombardé d’insultes."


[1] L’avocat d’Angelo Hoekelet, Me Bruno-Albert Boccara, a précisé jeudi que son client était "entré régulièrement en France", démentant les informations données par l’ex-ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, et son successeur, François Baroin.
Me Boccara a également informé la justice que son client avait sept et non pas vingt-deux condamnations - toujours selon les affirmations de Nicolas Sarkozy - à son casier.
Entre autres exemples de forfaits qui sont reprochés au fraudeur, une condamnation à trois mois de prison pour "outrage" en 2003, son dernier délit. Les autres faits réprimés sont antérieurs à 1997 pour port d’armes (en l’occurrence un Opinel de 6 cms) et des vols de vêtements ou d’ustensiles de cuisine dans des grandes surfaces.

[2] Entré régulièrement en France par la voie du regroupement familial avec sa fratrie à l’âge de 10 ans, il a été scolarisé jusqu’à ses 18 ans selon son avocat.

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Gaëlle Sartre-Doublet]
[(Lecture philosophique des contes de fées)
Gaëlle Sartre-Doublet, 42 ans, maitrise de Philosophie. Ex-prof auprès d’un public en difficulté scolaire, ex-journaliste à "La Dépêche du Midi", actuelle fonctionnaire territoriale et modératrice du forum de Vox Populi, rédactrice en chef et directrice de publication pour notre webzine jusqu’au 1er janvier 2009, date qui a vu Laure Dupau reprendre le flambeau.

 

> GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE
20 mars 2009   [retour au début des forums]

En réponse au dernier message je dis au contraire pour une fois on a un excellent document. Bravo à son cinéaste. Je ne sais pas si il a fait d’autres vidéos, ça se trouve que c’est signé Mathieu Kassovitz. La vidéo est GENIALE ! Il a filmé un moment qui est devenu une partie historique celle d’une création d’émeute pour une future élection.

GENIAL aussi Gaëlle pour ton article et tes comm cela montre bien ce qui s’est passé.

> GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE
31 mars 2007   [retour au début des forums]
La vidéo ne montre et n’explique rien. De plus, rien que le commentaire de départ... se passe de commentaire. En fait, nous sommes au niveau zéro de l’information. Tout ceci ne prouve rien, à part le fait que l’auteur de l’article est partisan.


> GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE

31 mars 2007, par Philéas   [retour au début des forums]

Il n’est pire aveugle...
Personnellement, j’ai trouvé cette vidéo très éloquente, au contraire.
Merci pour l’article et ses liens, instructifs.
> GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE

Par ses discours répétés sur l’ordre, l’autorité, etc..., l’ex-ministre de l’intérieur et candidat à la plus haute fonction politique a incité les forces de police à se lâcher, ce qui s’est révélé dans de nombreuses affaires, et je pense notamment au cas d’Eunice Barber.

Concernant les billets de métro, RER, parisiens, je tiens à indiquer que, à mon avis, leur prix est beaucoup trop élevé, au regard des revenus moyens des citoyens. Pour trois jours de circulation sur le réseau de métro, j’ai dû débourser 17 euros - seulement 3 jours sur 365... Si je n’avais pas de revenus, je frauderai, car les déplacements sont nécessaires, pour celles et ceux qui cherchent un travail, qui ne peuvent rester tout le temps chez eux, veulent voir leurs amis, ... Une maman qui ne pouvait nourrir ses enfants sans voler a été arrêtée, jugée et relaxée, parce que la justice a considéré qu’elle était en état de nécessité. Se mouvoir, aller d’un point à un autre, relève, à mon sens, de cet état de nécessité.

Dans cette affaire de la Gare du Nord, ce qui étonne, c’est le nombre de CRS et de policiers présents - anticipation d’une telle situation, pour la faire mousser médiatiquement ? Pour le sieur Nicolas, une belle occasion de donner un coup de menton supplémentaire...

Merci pour toutes les infos dans l’article.

> GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE

je trouve scandaleux que l’on prête des accents civiques à ce qui s’est passé avant-hier. Quant à la bigarure de la foule, permet moi d’en douter... Les personnes en présences n’ont pas l’air très hétérogènes, au contraire... Pour cette histoire de billet et de téléphone, il ne faut pas participer à la paranoïa banlieusarde qui veut que, parce qu’on est de couleur on est contrôlé. Etant usagé des transports RATP et SNCF, je me fais contrôlé extrêmement souvent, et quand il y a un problème, je me fais réprimender... pourtant, je ne suis pas une minorité visible. Pareil pour le téléphone. Les lois sont les lois.

Je suis vraiment déçu, voir des chroniques aussi pauvres et aussi mal documentées me chagrine profondément.

Bon courage, vous avez perdu un lecteur.


> GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE


Désolée de vous avoir déçu, mais ce texte et ses liens étaient, au moment de votre post, en ligne depuis peu et je doute qu’en ces heures matinales, vous ayez eu le temps matériel de tous les parcourir (la vidéo à elle seule fait vingt minutes, et les autres liens renvoient sur plus d’une heure de lecture).
J’en sais quelque chose pour les avoir mis en ligne : je les ai lus en intégralité. Que voulez-vous ? Sur 358 articles à ce jour, on ne peut pas plaire tout le temps, ni à tout le monde, c’est ainsi...
C’est toujours triste pour nous de perdre un lecteur, mais si tel est votre choix... bonne route vers d’autres journaux qui vous conrrespondront davantage.


> GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE

3 avril 2007, par bidouille   [retour au début des forums]

Intéressant également le reportage de M6 diffusé dimanche en début de soirée. On y voit la gare du Nord mais côté flic. Donc pas de manichéisme svp, ça n’est pas les méchants flics fachos contre les gentils usagers !!! Mais simplement un effet de masse et de foule où celui qui gueule plus fort que les autres aura plus de chance d’être convaincant. (la preuve : ces passants qui jurent avoir vu un gamin de 14 ans se faire casser le bras par les flics !!!)


> GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE

3 avril 2007   [retour au début des forums]

Ah j’oubliais, sur la photo qui illustre l’article, ce ne sont pas des flics mais des agents de sécurité SNCF !!


> GARE DU NORD : DES TÉMOINS S’INSURGENT CONTRE LA VERSION OFFICIELLE


Agents de sûreté ferroviaire ! Mais cet article est vieux et sans intérêt si ce n’est une nouvelle fois de dénigrer police / gendarme et autre pigeons qui le plus souvent par vocation évites a vos femmes et vos enfants de se faire voler leurs jolies IPhone dans les gares et dans les trains ! Pour info l’équipe de "police ferroviaire " présent sur la photo n’est la que pour protéger voyageurs effrayés et mobilier de la gare ! Mais devant faire face a un me bande de débiles qui ne connaissent rien de la situation de départ et qui ne sont la que pour casser voler et s’amuser un peu ! Pour un info si la jeune fille qui film l’équipe en ligne avait pivoté de 180degre vous auriez pu admirer la splendeur de cette population qui s’insurge contre la violence policière .........c’est vraiment dommage j’aurais aimé pouvoir m’entretenir avec l’auteur de cet article je suis persuadé que je parviendrai a la faire changer d’avis sur un bon nombre d’idées reçu et trop souvent erronées !
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