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PAKISTAN : POUR LE COURAGE

INTERVIEW DE MARIO GERVASI

vendredi 9 novembre 2007, par Gaëlle Sartre Doublet

Le 8 octobre 2005, un tremblement de terre fait 80.000 morts et 3 millions de sans-abri au Kashmir, dont un tiers d’enfants devenus orphelins.
Un homme, l’instructeur-parachutiste français Mario Gervasi, président de l’association « Vertical Pôle », détenteur en 2003 de la distinction mondiale de l’humanisme sportif, décide alors de tout faire pour lutter contre l’indifférence et de permettre à ces enfants de retrouver le chemin de l’école.
S’associant à Jérémie Malvy, président de l’association France-Kashmir et à Jean-Pierre Revoil, président de l’association Liberty-Cimes, il fonde « Karakorum », du nom d’une chaîne de montagnes pakistanaise, afin d’attirer le regard de l’Occident sur ce drame et de récolter les fonds nécessaires à son entreprise.
Depuis, bien loin de l’amateurisme et des déboires rencontrés par les membres de l’Arche de Zoé, il enchaîne, en véritable professionnel, des manifestations plus spectaculaires les unes que les autres.

Ainsi, le 11 mars dernier au Havre, il réalise un saut en parachute en tandem avec la ministre du Tourisme pakistanaise Nilofar Bakhtiar. Au sol, il la remercie d’une accolade qui provoque la colère des intégristes de la mosquée rouge d’Islamabad, alertés par la presse.
Pour ce geste amical qualifié d’« obscène » par les fous de Dieu, tous les deux deviennent la cible d’une fatwa lancée à leur encontre.
La ministre, harcelée, menacée de mort, est obligée de démissionner, faiblement soutenue par son gouvernement.
Sur tous les fronts, Mario Gervasi se bat alors pour qu’elle soit reçue par les plus hautes autorités françaises, mais le Président Nicolas Sarkozy et son Premier ministre François Fillon se défilent ; son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner est absent mais envoie cependant une lettre de soutien : seules la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme Rama Yade et la secrétaire d’Etat à la ville Fadela Amara accepteront de la rencontrer, sans grand résultat.

Plus récemment, le 16 août à Muzzaffarabad, Mario Gervasi prévoit un saut en parachute avec la Présidente de "Ni putes ni soumises", Sihem Habchi, qu’il a déjà accompagnée en tandem quelques jours plus tôt à Vézoul.
Les conditions de sécurité ne permettent pas la pleine réalisation de ce projet, mais deux pierres prélevées au Mont Saint-Michel - le 29 septembre suivant, fête du Saint patron des parachutistes - seront ultérieurement déposées à Muzzaffarabad pour l’édification de la première école de filles.
Mario Gervasi accomplit en effet ce jour-là un tandem à Bréville-sur-mer, proche du Mont Saint-Michel, avec la dynamique nonagénaire de presque 95 ans Blanche Olive et une adolescente franco-pakistanaise prénommée Océane, fille de Jérémie Malvy.
Tous trois parviennent à faire la une des médias au profit de leur cause.
Fin janvier ou courant février, ils renouvelleront leur exploit, au Pakistan cette fois, afin de commémorer, plus tardivement que prévu compte tenu des événements, la catastrophe, et déposer les pierres de la reconstruction.

Fascinés par ce parcours, nous avons souhaité interviewer Mario Gervasi.

VP :
La dernière manifestation que vous aviez prévue au Pakistan ne s’est pas déroulée comme vous l’auriez souhaité, tant les conditions de sécurité sont difficiles. Pouvez-vous nous expliquer le contexte politique dans lequel elles ont lieu et les mesures que vous devez prendre pour assurer votre protection comme celle de ceux qui vous accompagnent ?

MG :
En termes de sécurité, le danger est certes présent ; nous avions une protection rapprochée composée de six gardes du corps. On se serait inutilement exposés si nous avions décidé de faire sauter Nilofar Bakhtiar le jour de la cérémonie. Pour éviter cela, nous nous en sommes abstenus et avons décidé de réaliser d’autres sauts au Kashmir, province autonome.
D’une manière générale, je n’accepte de prendre des risques qu’en ce qui me concerne, et les parachutistes qui accompagnent cette aventure en font de même. En revanche, nous ne mettrons jamais en péril la vie d’un bénévole "civil". Mieux vaut tout annuler que de courir une telle menace.

VP :
Comment envisagez-vous le déroulement de la prochaine manifestation ?

MG :
Elle devrait se dérouler en présence de 60.000 à 80.000 enfants appartenant aux différentes écoles du Kashmir, qui formeront un carré central, au cœur du stade.
Aux quatre coins de ce carré, 4 colonnes seront érigées, portant chacune des pierres, symboles de la construction des écoles. Les deux premiers blocs, prélevés au Mont Saint-Michel, seront portés par la voie des airs par Océane et Blanche Olive.
De toute façon, cette fois-ci, nous ne nous laisserons pas perturber par la politique qui secoue ce pays (attentat à l’encontre de Benazir Bhutto et proclamation de l’Etat d’urgence - NDLR). Nous ne retournerons pas là-bas sans réaliser les sauts qui sont prévus, quitte à attendre que la situation soit plus calme. Mais nous sommes déterminés à aller au bout de ce projet.
Ces écoles seront construites : je ne suis pas, à titre personnel, un marchand d’espérance.

VP :
Quelles sont les actions que vous comptez mener par la suite ?

MG :
Je me suis engagé pour la "Décennie internationale pour une culture de la paix et de la non-violence au profit des enfants du monde", qui s’achèvera fin 2010. Jusque-là, je mobiliserai toute mon énergie pour que des projets, tels ceux soutenus par Horacio Freitas au Togo, voient le jour.

VP :
Je voudrais vous poser une question plus personnelle : qu’est-ce qui vous fait courir ? Comment parvenez-vous à conjuguer vos vies (professionnelle, personnelle, associative...) ?

MG :
Tout a débuté avec Jean-Claude Laffaille au Pôle Nord : juste un exploît sportif au départ. Mais parallèlement, nous qui mettions une quinzaine de jours à nous acclimater, nous avons croisé des enfants. Il n’y a pas qu’au Sahel qu’on meurt...
Très vite, l’humanitaire, les médicaments et la prise de conscience ont suivi.
Je suppose que ce qui me fait courir est un certain idéal (je n’aime pas en revanche le terme "d’idéaliste" que vous avez employé avec moi par téléphone). Pour atteindre son idéal, il faut savoir au contraire être terre à terre.
Quant à la conjugaison de mes vies... je suis un peu comme tout le monde : je n’y parviens pas et je dors peu (rires).

VP :
Vous avez déclaré que sur les 15 écoles que vous comptiez construire, la première serait une école de filles. Dans le contexte de fatwa qui vous frappe, ne craignez-vous pas d’attiser la hargne des mollahs ? N’avez-vous jamais peur ?

MG :
Attiser la hargne des mollahs, c’est déjà fait. Un peu plus un peu moins...
Il me semble impossible de fuir lâchement. Quand on défend une cause, il faut aller au bout de ses convictions. Néanmoins, une fois de plus, que je prenne des risques pour moi est une chose, en faire prendre aux autres en est une autre et est une hypothèse exclue de mon travail.
L’actualité à ce propos est brûlante : Benazir Bhutto a refusé d’assurer sa propre protection. C’est courageux. Mais le gouvernement ne l’a pas assurée non plus et près de 150 personnes sont mortes.
Jusqu’où faut-il ne pas aller trop loin ?
En ce qui nous concerne, nous n’aurons pas d’affrontements avec le gouvernement pakistanais et nous tentons de comprendre la réalité des Mollahs. Malgré le droit des femmes que nous défendons fermement, nous ne les narguons pas et des femmes pakistanaises nous soutiennent.

VP :
Mario Gervasi, je vous remercie.

- Pour aller plus loin :
- Le projet et le site de Karakorum.

- Contacts
- France Kashmir :
50, rue du Colonel Fabien
95390 Saint Prix
francekashmir@gmail.com
06-09-62-09-65

- Vertical Pôle, Mario Gervasi :
gervasim@gmail.com
06-12-07-27-50

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Pour aller plus loin :
- Mario Gervasi à la rencontre du Dalaï-Lama, au profit des enfants du monde.

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