Un peu en hauteur, pas très loin du guichet, une affiche attire l’œil et inquiète. Elle décrète péremptoirement que « Slumdog millionaire est le meilleur film de l’année ! » Mais qui peut oser dire ça, prendre un tel risque alors que nous ne sommes que le 9 janvier ?
Un peu désabusé, on se dit alors qu’on est sur le point de voir le premier d’une longue liste des meilleurs films de l’année.
Le soupçon d’un complot général naît quand on s’aperçoit que tout le personnel du cinéma arbore un tee-shirt au nom du film.
Plus aucun espoir n’est permis lorsqu’aux premiers mots, on réalise qu’on aurait du lire le programme plus attentivement. Après vérification, il est en effet bien indiqué que le film est « en version anglaise et hindi sous-titré en anglais ». Oui, sous-titré en anglais, pas en français. Je ne sais pas vous, mais personnellement, au collège, j’ai choisi espagnol et pas hindi en seconde langue. En ce qui concerne l’anglais, je suppose que, comme moi, vous avez suivi pendant dix ans les cours de Mr. Smith pour finalement avoir un vocabulaire aussi riche que celui de la chanson des Beatles Hello Goodbye.
Les deux prochaines heures s’annoncent décidément très longues.
Une Inde à feu et à fond
Pourtant, en quelques minutes, on embarque dans cette histoire comme on monterait dans un train lancé à pleine vitesse.
Cette histoire, justement, c’est celle de deux frères issus des bidonvilles fourmillants et nauséabonds de Mumbai. Ensemble pour le meilleur et surtout pour le pire, Salim et Jamal vont errer dans une Inde noyée dans son propre développement et encore engluée dans une guerre religieuse qui la ronge depuis plus de cinquante ans. Une Inde qui impose son lot de souffrances et de violences, trop peuplée pour que chacun puisse prétendre à sa part du gâteau.
Jamal, incarnation du rêve de millions d’Indiens, est sur le point d’en décrocher une très grosse part. Il participe au jeu
Qui veut gagner des millions ? et s’apprête à répondre à la question finale qui pourrait faire de lui un millionnaire. Soupçonné de tricherie, il est arrêté par la police.
Comment un chien des bidonvilles tel que lui peut-il connaître toutes les réponses ? De la question à 200 roupies à celle qui pourrait lui faire gagner le jackpot, nous apprenons comment la vie lui a enseigné tout ce qu’il sait.
Mais une seule question porte tout le film. Pourquoi Jamal s’est-il retrouvé sur le plateau de ce jeu télévisé adapté dans le monde entier ?
Après le doute, la révélation d’un grand film
Danny Boyle n’a pas la réputation d’être un réalisateur conformiste. Dans
Slumdog millionnaire, co-réalisé avec Loveleen Tandan, il s’amuse des clichés exotiques que tout bon européen a de l’Inde. Par ailleurs, cette histoire sonne particulièrement juste dans le contexte actuel où les nouveaux millionnaires, ceux qui atteignent le haut de l’affiche à la vitesse de la lumière - et qui peuvent en descendre aussi rapidement, c.f affaire Madoff - sont les héros de notre temps, icônes de
success stories dont les péripéties sont désormais les seuls évènements capables de mobiliser les masses.
Je me rends compte que je voulais absolument faire partager ce film et que, finalement, les mots me manquent pour vous dire à quel point il vaut la peine que vous alliez le voir. Je pourrais vous dire que Danny Boyle signe ici un grand film, au rythme aussi effréné et haletant que l’augmentation du PIB de l’Inde, que la B.O va très probablement être téléchargée illégalement des millions de fois, que le ton est pertinent, drôle et touchant. Finalement, je n’ai qu’une seule question à vous poser : qu’allez-vous faire le soir du 14 janvier prochain ?

A) Regarder le match Paris Saint-Germain/RC Lens

B) Comme tous les soirs depuis le 5 janvier, éteindre votre télévision à 20h40 et aller vous coucher pour protester contre la suppression de la publicité sur les chaînes publiques

C) Surfer sur le site de Vox Populi

D) Courir au cinéma voir
Slumdog millionaire
Avant que vous ne disiez votre dernier mot, je m’arrête là pour ne pas vous influencer, on pourrait m’accuser de tricherie.