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DÉCROISSANCE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE : UTOPIE BOURGEOISE OU RÉALITÉ (...) - Vox Populi

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DÉCROISSANCE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE : UTOPIE BOURGEOISE OU RÉALITÉ ÉCOLOGIQUE ?

mardi 19 mai 2009, par Robin Drevet

Outre les déclinaisons franco-françaises du Grenelle de l’environnement - du Grenelle de la mer en passant par le "Grenelle des ondes" - la récente création de l’Irena [1] est une nouvelle preuve de la volonté d’une action internationale et collective en termes de développement durable. Non Irena n’est pas la dernière égérie slave d’un parfum à la mode. Il s’agit de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables dont les travaux devraient commencer dès le mois de juin, une fois son directeur général nommé. A l’heure actuelle, 80 pays ont signé le traité fondateur de cette agence spécialisée dans la promotion des énergies non fossiles.

Lorsque l’on constate le peu d’actions concrètes mises en place alors que nous semblons ne jamais avoir été aussi nombreux à vouloir « sauver la planète », la création d’une nouvelle agence consacrée aux énergies renouvelables peut laisser dubitatif. En attendant le début des travaux de l’Irena - dont le traité fondateur n’a pas été ratifié par les Etats-Unis, la Chine, le Japon et le Brésil, pays parmi les plus pollueurs de la planète - nous ne pouvons que constater que la terminologie en rapport avec la protection de l’environnement n’en finit plus de fleurir. Mais maîtrisons-nous réellement le sens de ces termes ? Petite étude comparée de deux concepts à la mode : développement durable et décroissance.

Ces dernières années, le terme de décroissance est venu férocement concurrencer la question du développement durable.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Quels sont les enjeux de ces deux modèles économiques dit respectueux de l’environnement ? Sont-ils viables dans le contexte actuel d’extrême pauvreté de certains pays ?

Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de s’interroger sur la définition même et l’origine de ces concepts.

Un développement durable insoutenable ?

Le terme développement durable est énoncé pour la première fois en 1987 par la ministre de l’environnement norvégienne, Gro Harlem Bruntland, dans un rapport qui porte son nom.
Ce rapport définit que le développement durable est « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. » Évidemment, cela reste vague bien que ce principe est devenu le fil conducteur des politiques environnementales, mais aussi économiques, adoptées par diverses instances internationales ou nationales durant la dernière décennie.

La directive la plus connue est le Protocole de Kyoto, adopté en 1997 et entré en vigueur en 2005. A l’heure actuelle, il a été ratifié par 175 Etats, [2] à l’exception notable des Etats-Unis - bien que nous pouvons espérer un changement de cap de la nouvelle administration Obama. Ce texte a permis d’engager des mesures concrètes en ce qui concerne la baisse d’émissions des gaz à effet de serre obligeant les pays signataires à diminuer ces émissions. [3]

Mais ce protocole est plein de défauts venant autant du système qui l’a instauré que de ceux qui tentent de l’appliquer. Lorsque l’on évoque le système, on pense au capitalisme et, en particulier, à la mondialisation et au libre-échange. En effet, le Protocole de Kyoto permet à chaque pays de disposer d’un permis de polluer basé sur sa population et sa part de production dans le commerce mondial.

Mais le bât blesse car il est possible de revendre ou d’acheter ces dits permis, entrainant un commerce de la pollution qui réduit à néant les limites imposées. À cela s’ajoute le fait que l’on demande le même effort à un pays occidental développé qu’à un pays en voie de développement. Or, leurs capacités sont bien différentes : l’un vit tandis que l’autre survit, l’un se soucie de son avenir pendant que l’autre affronte le présent.

Pour le moment, le développement durable, parfois dit soutenable, ne l’est pas pour tous car ce concept fut créé sans concertation et sans tenir compte des réalités de la planète. Or, peut-on nous demander de faire passer la planète de manière prioritaire tant que tous les hommes ne sont pas capables de subvenir à leurs besoins essentiels (nourriture, eau, logement, santé, alphabétisation, etc) ?

La décroissance : faut-il faire passer la planète avant l’être humain ?

Dans une perspective bien différente, et avec des moyens autres, la théorie de la décroissance prend de plus en plus de place dans le débat public.

À la base, cette théorie économique est développée par Nicholas Georgescu-Roegen, homme politique roumain et universitaire. Le concept repose sur une contestation de l’idée selon laquelle la croissance économique pourrait être durable en raison de la raréfaction des ressources naturelles et des dommages sur le climat et l’écosystème.

Cette théorie a surtout été reprise par des mouvements proches de l’extrême-gauche ou par des organismes comme Attac. Se dire de la décroissance revient à se battre contre le système lui-même puisque nous évoluons dans une société productiviste qui vise toujours un meilleur rendement au moindre coût.

Les théories économiques restent souvent à l’état abstrait, avec une forte difficulté de démonstration mais, si l’on y regarde de plus près, toutes les conditions pour arriver à une décroissance sont réunies : épuisement du pétrole mais aussi du gaz, du charbon, du cuivre, du nickel ou du cobalt. Or, sans ces ressources, les principales industries mondiales (automobile, acier, construction...) sont vouées à produire moins, si elles s’adaptent, ou à disparaître, si elles restent sur la même ligne de production.

Malheureusement, encore une fois, les partisans de cette perspective économique oublient que tous les êtres humains ne peuvent pas ralentir leur production, que nous vivons dans un monde où la croissance est le leitmotiv de toute économie, qu’elle soit capitaliste ou socialiste, et bien que certains pays, comme le Brésil, sont parvenus à diversifier leur production dans un but de préservation des ressources (la production d’éthanol par exemple), de nombreux pays d’Afrique ne disposent ni du climat, ni de la formation adéquate pour se lancer dans de telles diversifications.

La décroissance est une belle utopie qui, si on veut qu’elle fonctionne, doit être faite de façon globale. Il faudrait donc que les pays dits riches soient en mesure de supporter leur propre baisse de production et celle de leurs voisins moins développés. Et je crois que tout le monde peut s’accorder à dire que l’altruisme n’est pas la ligne directrice des pays développés.

La crise économique est liée d’une certaine façon à la crise écologique et la réponse qui doit être donnée ne peut être que globale, et non pas localisée. C’est l’occasion de repenser un système qui, pour le moment, ne favorise ni l’Homme, ni la planète. La réunion du G20 à Londres n’a finalement été qu’une mascarade où l’on a joué le jeu du politiquement correct avec la liste dévoilée des paradis fiscaux et les aides données au Fonds Monétaire International qui continuera d’appliquer des politiques d’ajustement typiquement occidentales dans des pays qui ne le sont pas. Espérons que l’Irena donnera un nouveau souffle à l’action et à la coopération internationale en matière de protection de l’environnement.

- Merci beaucoup à Christophe Asselin pour l’illustration du logo ! Cette image est la propriété de son auteur, elle ne peut être reproduite ou modifiée sans son accord exprès.
Si vous aimez observer la nature dans tous ses états, rendez-vous sur le site de ce chasseur d’orages, passionné de phénomènes météo et de photographie : www.chrishuntcorporation.com


[1« L’Irena devra favoriser les transferts de technologies entre pays du Nord et du Sud. [...] La France a signé [le traité fondateur], mais à reculons. Officiellement, ses réticences tiennent au fait que la langue unique adoptée par l’Irena est l’anglais. Plus sérieusement, les priorités de Paris sont la commercialisation du réacteur de troisième génération EPR, et le mécano industriel autour du groupe Areva (leader mondial de l’industrie nucléaire), au lendemain du retrait de son partenaire allemand, Siemens. » Extrait du magazine XXI, n°6, p28

[3« L’objectif est une réduction totale d’émissions de gaz à effet de serre d’au moins 5% par rapport aux niveaux de 1990 durant la période d’engagement 2008-2012. » Pour plus d’informations sur le Protocole de Kyoto, voir le site Internet de la Convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques.

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