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ONE YEAR LATER : LE SCANDALE IRAKIEN

vendredi 16 avril 2004, par Gaëlle Sartre-Doublet

Il fallait être aveugle ou sourd pour ne pas comprendre, entendre, savoir les répercussions désastreuses que cette guerre en Irak aurait, avant même qu’elle n’ait lieu. Aujourd’hui, un an après, il faut être autiste pour nier l’étendue d’une catastrophe annoncée. Néanmoins, le mea culpa de nos "intellectuels" français, qui avaient majoritairement prôné une intervention en Irak "rapide et ciblée" au nom d’armes de destruction massive inexistantes, demeure inaudible. Voire, pour certains d’entre eux, embourbés contre vents et marées dans un discours logomachique, hors de propos. Et pourtant, les faits sont là...


Les maîtres-penseurs

Il y en a eu, des beaux esprits, des bien-pensants, pour nous expliquer en quoi une intervention en Irak était incontournable, nécessaire et juste. D’Alain Madelin à Arno Klarsfeld, en passant par Pascal Bruckner, André Gluksmann, Romain Goupil, Jean-François Revel, Bernard Kouchner, Alexandre Adler, Elie Wiesel et bien d’autres encore, ils ont été nombreux à nous dire, à nous, la France d’en bas, qu’on n’avait rien compris, qu’on était des poltrons, qu’on paierait très cher notre refus de soutenir l’Oncle Sam dans cette grande aventure de libération, que ce serait magnifique...
Au ban des accusés de la pensée unique : les populations espagnoles, italiennes, anglaises, allemandes. Mais surtout la France, avec Jacques Chirac en figure de proue, grenouille qui se targuait d’être plus grosse que le boeuf, main dans la main avec le gouvernement allemand, au plus fort de la tempête.
Nous avions tort. Tous. Et eux avaient raison.

Par pertes et profits

Je vous ferai grâce de l’interminable liste de morts civils tués en Irak, par centaines et pour rien, que comptabilise indéfectiblement l’AFP. Mais certaines bavures méritent d’être évoquées : ce 10 janvier dernier, une chevrolet familiale tente de doubler un convoi militaire, non loin de Tikrit. Bilan : 27 impacts de balles, 4 morts (dont une mère et son enfant), un blessé.
Le 17 janvier, au nord de Bagdad, l’armée américaine tue 10 Irakiens, arrêtés parce qu’ils "tentaient de fuir". Le 31 à Kikourk, c’est au tour d’un enfant de neuf ans de passer de vie à trépas, en plein pique-nique avec son père et sa mère. Le 17 mars, ce sont deux journalistes Irakiens qui sont abattus par les forces américaines. Cas isolés ? Pas vraiment, comme en témoignent (entre autres) le carnage de Fallouja ce 5 Avril, qui recense au minimum 150 morts, ainsi que les 64 GI descendus cette semaine... soit plus que les pertes constatées côté US les premiers jours de la guerre. Au nom de quoi ? Du chaos, de la flambée de l’intégrisme, des musées pillés de leurs trésors, d’une démocratie qui n’est pas prête de voir le jour, de la justice dans un pays livré à lui-même, d’un pétrole hypothétique ? Au nom de quoi ?

Un an après : le bilan

La réalité est là, rude.
Assassiné ? Un diplomate Iranien.
Pris en otage ? 3 Japonais désormais libérés et 4 Italiens dont un froidement abattu.
Identifiée ? Une cassette audio de Ben Laden qui se frise les moustaches, narguant les pays occidentaux en leur proposant une trève de trois mois, comme s’il était maître du jeu, et s’offrant même le luxe de menacer des pays arabes "collabos" comme le Koweit ou l’Arabie Saoudite...
Ceci mis à part, cette opération est une vraie réussite. Grâce à elle en effet, de Bagdad à Fallouja, les Etats-Unis auront réussi à réunir contre eux sous une même bannière ces ennemis historiques que sont les Sunnites (le clan de Saddam) et les Chiites (leurs opposants) avec ce slogan stupéfiant pour tout observateur : "Nous sommes tous une seule main". A quand les Kurdes ?
Le 30 juin, date à laquelle L’Irak aurait dû démocratiquement s’auto-gérer, n’est pas prête de voir le jour. Car en l’état actuel des choses, si nous laissons les clefs, ce sera pire que tout. L’ONU sera vraisemblablement obligée de prendre le relais, passant la balayette derrière un Oncle Sam resté sourd à ses appels à la raison. Pas d’autre issue, sinon la pire : donner le pouvoir à des Chiites intégristes non représentatifs dans leur propre clan (du moins, pour l’instant) mais très déterminés, et offrir à l’Irak l’extrême privilège de passer d’une dictature à une autre...

Petit traité de géopolitique

Une dernière question : avons-nous envahi l’Espagne de Franco, le Chili de Pinochet, la Chine ou la Corée du Nord (qui elle détient pourtant bel et bien des armes de destruction massive) ? Et quels miracles avons-nous accomplis en Yougoslavie, laissant parallèlement sombrer le Rwanda dans un véritable génocide ?
Il serait sans doute temps de tenir compte du droit international et de traiter avec parcimonie ce fameux "droit d’ingérence" cher à Kouchner, avant de jouer aux apprentis-sorciers.
Car dans ma tête résonnent deux phrases : celle du premier Lieutenant américain Shonfield, défait, affirmant hier devant les caméras qu’il sera très difficile de rétablir la sécurité sur tout le territoire Irakien, et celle d’un Irakien modéré, soignant son frère touché par les forces "libératrices" : "Ce n’est pas de la vengeance. On n’aime pas la vengeance. Maintenant, c’est de la légitime défense"...
© Dessin : Laetitia Koch 2002-2004 - Tous droits réservés.


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Gaëlle Sartre-Doublet]
[(Lecture philosophique des contes de fées)
Gaëlle Sartre-Doublet, 37 ans, maitrise de Philosophie. Ex-prof auprès d’un public en difficulté scolaire, ex-journaliste à "La Dépêche du Midi", actuelle fonctionnaire territoriale et modératrice du forum de Vox Populi, rédactrice en chef et directrice de publication pour notre webzine jusqu’au 1er janvier 2009, date qui a vu Laure Dupau reprendre le flambeau.

 

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