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L’ARGENT DANS TOUS SES ÉTATS

samedi 6 novembre 2004, par Gaëlle Sartre Doublet

L’argent, le fric, le pèze, le pognon, les ronds, l’oseille, les pépettes, les sous, le flouze, le grisbi, la galette, la monnaie, la tune, les biffetons ou encore la mitraille sont un sujet apparemment inépuisable, dont Pierre Perret disait qu’il était avec le sexe celui qui possédait le plus de synonymes dans la langue française. Tout un symbole !
De fait, l’argent, qu’il soit sale ou sans odeur, est au coeur de l’activité humaine et cristallise toute sorte de comportements aussi étranges qu’excessifs. Ainsi, si les paniers percés le jettent par les fenêtres, Harpagon et Picsou ne vivent que pour lui, laissant aux bons soins du roi Midas de mourir en son nom (ce qui prouve indubitablement que plaie d’argent est parfois mortelle !).
Bref, l’unique certitude est que l’argent ne fait pas le bonheur mais doit être vénéré comme un Dieu, qu’il manque à tout le monde bien que l’on ne prête qu’aux riches, et que si les minutes nous sont inexorablement comptées, c’est sans doute parce que le temps, c’est de l’argent.
Sans en perdre davantage, entrons donc dans le vif du sujet : quelle est la véritable nature de l’argent ? Pourquoi suscite-t-il autant de passions aussi déchaînées que contradictoires ? Faut-il le considérer comme un facteur de libération ou d’asservissement ? Petit tour de piste des multiples facettes d’un bien tant convoité...

L’argent : Docteur Jeckill ou Mr Hyde ?

Depuis ses balbutiements, la philosophie n’a cessé d’insister sur la double nature de l’argent. Le premier à l’avoir théorisée est Aristote [1], au Vème siècle avant J.C, et l’on peut penser que son analyse est demeurée longtemps d’actualité puisque Marx, plus de 14 siècles plus tard, la mentionne dans les premières pages de son « Capital ».
Ainsi, pour Aristote, il y a deux manières d’envisager l’argent. La première est de le considérer en tant que monnaie, comme substitut au troc : au lieu d’échanger une vache contre 3 tonnes de petits pois ( ce qui, il faut bien l’avouer, n’est pas très pratique ), je vais échanger ma vache contre des pièces sonnantes et trébuchantes. Jusqu’ici, tout va bien, nous sommes dans le cadre de ce qu’Aristote appelle « l’économie domestique », l’ousia, dans laquelle l’argent n’intervient que pour faciliter l’échange et a un rapport direct avec la production.
Là où les choses se corsent, c’est qu’il existe une autre façon de l’appréhender, car il est également ce qui permet le véritable négoce, le “trafic” ou “l’usure” ; en un mot, dans notre langage contemporain, le profit. Ainsi, le commerçant achète dans le seul but de revendre avec un bénéfice, et l’argent devient l’instrument de l’accumulation pécuniaire. Dans ce cas, il n’a plus de rapport direct avec la production, puisque le commerçant s’enrichit non plus en créant une richesse, mais en rendant un service. L’étape suivante, logique, est la spéculation : je ne crée plus rien du tout, je ne rends aucun service, mais je me goinfre quand même au passage. C’est le principe de tout livret de caisse d’épargne ou d’actionnariat, qui peuvent prendre de la valeur sans qu’aucune richesse n’ait été créée. Nous sommes dès lors dans le cadre de l’infinitisation chrématistique de la négativité du capital (vous pouvez respirer :-)). L’argent est maintenant recherché pour lui-même ; il n’est plus simplement un moyen mais devient une fin en soi. Comment expliquer une telle déviance ?

Une explication simple : la valeur infinie de l’argent

Aristote analyse que tous les biens sont en général limités. Lorque j’ai trop mangé, je n’ai plus faim, lorsque j’ai trop dormi, je n’ai plus sommeil ; en un mot, je suis rassasié. Il en est de même pour les biens intellectuels ou moraux : je ne peux pas me cultiver plus que la journée ne comprend d’heures ni aimer au-delà de la mort. Il n’existe qu’un seul bien capable de répondre à mon désir d’accumulation infinie : c’est l’argent. En effet, non seulement je peux posséder plus d’argent que je n’en aurais jamais besoin, mais je peux également le transmettre par delà la mort, comme en témoigne la pratique révélatrice de l’héritage. Ainsi, par son caractère infini, l’argent, lorsqu’il se capitalise, provoque une transgression des genres en renversant toutes les autres valeurs finies. C’est pourquoi, d’après Aristote, l’argent peut tout pervertir, y compris des valeurs aussi importantes que la morale ou l’amour par exemple. Car, c’est bien connu, « tout s’achète, il suffit d’y mettre le prix ». On assiste dès lors à une destruction de la cité comme communauté et le lien social se dissout au profit d’une valeur suprême : le fric.
Ce qu’Aristote dénonce en fait, c’est la confusion entre monnaie et richesse. L’argent n’est pas mauvais en soi, dès lors que son seul rôle est de faciliter le troc. Mais lorsque, par son caractère infini, il provoque l’accumulation et la transgression des valeurs, détruisant par là-même le lien social, il devient un réel fléau. Car l’homme, guidé par son désir aveugle d’infinité, se met à oublier que l’argent n’est qu’une condition du bonheur, lequel consiste dans le développement harmonieux de la perfection intellectuelle et morale.

La symbolique de l’argent

De même qu’en philosophie, l’argent possède en tant que symbole une double signification. En effet, dans les mythes, les contes, la littérature ou la psychanalyse, on le retrouve sous deux aspects : comme métal ou comme monnaie.
Considéré sous sa nature métallique, l’argent est en rapport avec la Lune et procède donc de principes bénéfiques, tels que l’eau, la femme, la lumière ou la pureté, qui sont autant de symboles évoquant la fécondité, la fertilité, la plénitude. Par exemple, si dans la tradition chrétienne, il représente la sagesse divine, il possède aux yeux de la croyance populaire russe le sens de purification. C’est pourquoi de nombreux contes traditionnels mettent en scène un héros qui, voyant se noircir sa tabatière, sa fouchette ou quelque autre objet familier en argent, sait qu’il va mourir. Etant privé de tous les bienfaits de ce métal, il ne peut que prendre conscience de sa vulnérabilité.
Parallèlement, l’argent, sur le plan de l’éthique, symbolise également l’objet de toutes les cupidités et les malheurs qu’elles provoquent. Freud allait jusqu’à le comparer aux fèces. C’est son aspect négatif, la perversion de sa valeur qui sont alors stigmatisés. Il représente sous cet aspect la monnaie, entendue ici comme richesse pécuniaire : c’est Harpagon et sa cassette ou le bon roi Midas, auxquels nous faisions allusion tout à l’heure. Mais il est à noter que dans ces exemples, ce n’est plus tant d’argent qu’il s’agit que d’or. En effet, l’or, contrairement à l’argent, est un symbole terrestre, actif, masculin, qui évoque le secret et la puissance, le pouvoir et la domination. Si l’argent représente la Lune, la douceur, la passivité, l’or est généralement synonyme de pépites, de lingots et de trésors, c’est à dire de magnificence, d’ostentation et de démesure. C’est ainsi qu’Hermès, le messager divin et le dieu du commerce, est également le dieu des voleurs, symbole absolu de l’ambivalence de l’or.
Toutes ces références peuvent sembler bien livresques et dépassées. Pourtant, elles auraient pu servir en leur temps de support de réflexion au Baron Seillières, à Messier et aux connards qui viennent de voter Bush...

A lire aussi : Léphant découvre la dure loi du commerce :-)

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[1in Ethique à Nicomaque, entre autres...

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