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L'ENSEIGNEMENT LAÏQUE DU FAIT RELIGIEUX : LA FIN D'UN MYTHE (...) - vox-populi.net

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L’ENSEIGNEMENT LAÏQUE DU FAIT RELIGIEUX : LA FIN D’UN MYTHE ?

dimanche 9 janvier 2005, par François Priam

Si la « Géographie Vivante » de 1926 a fort justement été épinglée par Philippe Lheureux dans un article publié par Vox Populi, les manuels scolaires actuels proposés aux enseignants sont-ils désormais, sous prétexte de "modernité", au-dessus de tout soupçon ? Autrement dit, parviennent-ils aujourd’hui à combler leurs attentes, comme celles de leurs élèves et de l’ensemble des citoyens ? En ces temps d’obsession républicaine, de « laïcité », de défense des droits de l’homme face à un incontestable repli ethnico-religieux et à une promotion des minorités, la question semble loin d’être superflue...

Un concept inédit : l’enseignement "raisonnable" de la foi

En février 2002, une mission dirigée par Régis Debray, ayant pour thème “L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque”, voit le jour. Unilatéralement, elle affirme dès sa création que “l’opinion française, dans sa majorité, approuve l’idée de renforcer l’étude du religieux dans l’École publique.” Dans la foulée, elle pose comme une évidence que “personne ne peut confondre catéchèse et information, proposition de foi et offre de savoir, témoignages et comptes rendus. Non plus que l’épistémologie de la Révélation avec celle de la raison. Le rapport sacramentel à la mémoire vise à accroître et affiner la croyance, le rapport analytique à
accroître et affiner la connaissance. Le premier type d’enseignement, aussi argumenté et dialectisé soit-il, présuppose l’autorité d’une parole révélée incomparable à toute autre, donation surnaturelle régulée en dernière instance par l’institution. Le second procède à une approche descriptive, factuelle et notionnelle des religions en présence, dans
leur pluralité, de l’Extrême-Orient à l’Occident, et sans chercher à privilégier telle ou telle. La République n’a pas à arbitrer entre les croyances, et l’égalité de principe entre croyants, athées et agnostiques vaut a fortiori pour les confessions.

On ignore si l’on doit remercier le ministre pour la clarté de son verbe ou de ses intentions, mais... presque 3 ans plus tard, que nous livre réellement la pratique, c’est-à-dire les offres de connaissances effectivement proposées par les manuels ?

Cathéchèse ou information ?

L’ouvrage destiné au « Bac Pro Première » (classe de lycée professionnel), “Histoire-Géographie” des Editions Foucher, présente une séquence consacrée au “fait religieux”.
Dans un cadre flou - (“l’histoire de nos sociétés est marquée...”) - qui paraît évoquer un contexte européen ou occidental, on finit tout de même par se concentrer sur l’hexagone, avec une double page consacrée aux “pratiques religieuses en France depuis 1850”.
Las ! Lorsqu’on espérait enfin y voir plus clair, l’introduction devient problématique dès sa problématisation. En effet, sous couvert de la question : “Par quels prophètes [les croyances] furent-elles révélées aux hommes ?” , il est d’emblée affirmé que des "prophètes", terme d’origine et d’usage religieux qualifiant des individus "élus", ont donc servi d’intermédiaire à la foi (le “par
quels
” est à ce sujet éloquent). Nier qu’un tel discours présuppose le schéma religieux de l’émetteur divin au récepteur humain via le support prophétique paraît dès lors périlleux...
De surcroît, les religions, dans “nos sociétés” comme en France, se trouvent être identifiées aux « monothéismes », ce qui revient à dénier à la Raison - et pourrait-on ajouter à la Beauté - un culte que nos plus farouches révolutionnaires de 1789 ont pourtant essayé de fonder, via « la Science », ses découvertes et ses conquêtes.
Pour couronner le tout, une “chronologie simplifiée” (sic !) relate dès la troisième ligne qu’en l’année 33 de notre ère - chrétienne, bien évidemment - “le Christ envoie ses disciples
prêcher la nouvelle religion
”.
Le... Christ ? Cette dénomination du Sieur Jésus peut pour le moins surprendre les enseignants benoîts (!) qui affectionnent les preuves, les indices, les traces, voire les démonstrations. Car l’affirmation de Son existence, “le Christ envoie...” semble oublier - volontairement ou non ? - qu’il n’existe aucun élément qui permette d’établir à ce jour la véracité des Evangiles. La porte demeure donc ouverte à l’hypothèse selon laquelle ils ne seraient que récits de “fiction”, un “roman” en quelque sorte, aussi bien ficelé soit-il.
Et la chronologie “Faits et dates” achève de cautionner l’usage de ces termes qui appartiennent au discours religieux. Ainsi, l’an 610 inaugure “le début de la révélation du Coran”. Révélation ? Les docteurs de la foi islamique peuvent être satisfaits de voir que la “République Française” - censée s’abstraire de toute forme de culte depuis la loi de 1905 - reconnaît le discours musulman jusque dans ses justifications propres : voici désormais fondée la... Révélation !
Cerise sur le gâteau, la page « Activités » propose une
focalisation sur Jérusalem, “ville de tous les enjeux” (!) - que l’on peut qualifier, si l’on vit et pense hors du cadre monothéiste, de ville de tous les délires, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans...

Pax religiosus ou lâcheté laïque ?

Si des phases particulièrement sensibles et problématiques de l’Histoire de France sont survolées dans ces manuels, pour « ne pas gêner » (la « Commune de Paris » accouchant de français se massacrant entre eux ou encore « l’épuration », réelle et ratée, des collaborateurs actifs et des sympathisants nazis au moment de la Libération), d’autres sont carrément passées sous silence. Le "cours" devient donc le lieu - sauf pour les professeurs qui entendent être libres - des choix de l’Education Nationale qui, inspirée sans doute par le parti pris étatique et civil de la « pax religiosus » en France, préfère faire plaisir à tout le monde, c’est-à-dire aux croyants prosélytes et souvent colériques, plutôt qu’aux « rationalistes ».
Sans être athées, les professeurs n’entendent pourtant pas
nécessairement accepter et faire accepter à leurs élèves toutes les couleuvres monothéistes. “L’enseignement du fait religieux” est certes un objectif noble, mais il est difficile par nature, et le choix des termes y est essentiel. Or, pour l’heure, la balance penche sans conteste en faveur des « défenseurs de la foi ». Il est vrai que, même au sein de l’Education Nationale ou chez les éditeurs, l’Opus Déi a réussi à recruter quelques personnes influentes. Coïncidence ?

Néocolonialisme ou crétinisme ?

Mais il y a mieux : le « scandale » des idéologies déguisées en
connaissances ne s’arrête pas là. L’Afrique, à son tour, est une fois de plus servie : dans un manuel d’Histoire-Géographie de Terminale Bac Pro proposée par les Editions Belin, un chapitre consacré à celle-ci est intitulée : “l’Afrique, un continent dominé et marginalisé”. Cet "éclairage" comprend trois
doubles pages vertigineuses : “l’Afrique de toutes les crises” ; “l’Afrique en marge du monde” et enfin “le développement de l’Afrique, une chimère”.
Une telle séquence paraît, mais paraît seulement, proposer
des évidences. Néanmoins, une vraie lecture découvre facilement des préjugés occidentaux aussi archaïques que « néocoloniaux », selon lesquels le seul destin viable et sensé de l’Afrique est son industrialisation comme son « occidentalisation » - vision qui paraît pour le moins... réductrice.

Profs : instruments de savoir ou de propagande ?

Les usagers de ces manuels (qui prétendent proposer une mise en scène utile et intelligente des programmes) sont donc fondés à poser la question suivante : qui élabore les programmes ? Qui élabore les manuels ? Comment ? Ces manuels sont-ils le fruit d’un travail collectif, national, comme les logiciels libres du genre Linux crées par des ingénieurs du monde entier ? Ou bien souffrent-ils de quelques choix par trop subjectifs, qui n’ont aucunement leur place dans ces ouvrages destinés à former de futurs citoyens ?

François Priam

Le rapport de Régis Debray :
http://www.education.gouv.fr/rapport/debray/debray.pdf

Une synthèse du rapport :

http://www.education.gouv.fr/rapport/debray/

La charte des programmes :

ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/syst/cnp/charte.pdf

Les Editions Foucher :
http://www.editions-foucher.fr/

A lire aussi : La géographie vivante de 1926.

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