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SOMALIE CHERCHE PRÉSIDENT DÉSESPÉRÉMENT

vendredi 15 avril 2005, par Aurélie Saulnier

La Somalie, c’est une guerre civile qui dure depuis quatorze ans.
9,4 millions d’habitants aussi, dont une majorité de musulmans, qui tentent de coexister sur un territoire en proie au chaos.
Elu en octobre dernier président de la République fédérale de Somalie dans le cadre du processus de paix lancé en octobre 2002, Abdullahi Yusuf, démuni militairement comme économiquement, est actuellement en exil au Kenya.
Dans l’impossibilité de se rendre à Mogadiscio, capitale du territoire, et contraint d’exercer chez ses voisins kenyans, il est désormais condamné à attendre que des conditions minimales de sécurité soient rétablies pour tenter d’instaurer un semblant de pouvoir.

1960 : bienvenue Somalie !

A peine quarante-cinq ans d’existence, et voici 15 ans que le pays pauvre de la Corne de l’Afrique survit sans gouvernement central, dans le plus grand désordre.
Le 1er juillet 1960, la République de Somalie voit le jour, fruit de la réunification du Somaliland (jusqu’alors sous protectorat britannique) et de l’ex-Somalie italienne.
Sur le plan international, les différents pouvoirs qui vont se succéder ont pour objectif plus ou moins avoué de réunir dans une Grande Somalie tous les Somalis vivant en Éthiopie, au Kenya et à Djibouti.
Le premier président du pays, Aden Abdullah Osman Daar, élu en 1960, est battu en 1967 par l’ancien Premier ministre Ali Shermake, lui-même assassiné le 15 octobre 1969. Un groupe de militaires, conduit par le général Muhammad Siyad Barre, prend le pouvoir et proclame la république démocratique de Somalie le jour même.
En 1970, Barre, soutenu par l’URSS, choisit la voie socialiste et nationalise la majorité des secteurs économiques modernes du pays. Menant une campagne d’alphabétisation fondée sur la transcription du somali en lettres latines, il tente tant bien que mal de réduire l’emprise des clans sur la société somalienne.
Les années 1974 et 1975 sont marquées par la sécheresse, qui provoque une famine généralisée et motive l’adhésion de la Somalie à la Ligue arabe.

Guerre civile

Quelques faits d’armes de ce pays sont historiquement décisifs.
Les Somalis vivant dans la région de l’Ogaden en Éthiopie s’engagent dès 1977 dans une lutte armée pour leur rattachement à la Somalie, qui arme les rebelles et envoie des troupes.
A la fin de l’année, les Somalis contrôlent la majeure partie de l’Ogaden. Mais l’Éthiopie, aidée par Cuba et l’URSS -spectaculaire renversement d’alliance- lance en 1978 une contre-attaque, et reprend le contrôle de la région.
Au début des années 1980, des troubles éclatent dans le nord et le centre du territoire somalien, encouragés par l’Ethiopie, qui propose son soutien aux mouvements dissidents.
Les États-Unis apportent une aide à la fois humanitaire et militaire, et sont, en échange, autorisés à utiliser les installations navales de Berbera, ancienne base soviétique.
Les hostilités avec l’Éthiopie se poursuivent de façon sporadique jusqu’en 1988, date à laquelle un accord de paix est signé.
Malgré la réélection de Barre en 1986, l’opposition (le Mouvement national somalien), surtout présente dans l’ancien Somaliland britannique, ne désarme pas et conquiert certaines parties du nord de la Somalie, s’attirant de féroces représailles du pouvoir. De nouveaux mouvements d’opposition (chacun tirant son soutien d’un clan différent) émergent également à la fin des années quatre-vingt.
Siad Barre fuit la capitale somalienne en janvier 1991 sous l’intensification de la guerre civile, et est remplacé par Ali Mahdi Mohamed Farah Aïdid. Des milliers de personnes sont tuées lors de violents combats entre factions rivales, et des centaines de milliers meurent de faim, en raison de la rupture des lignes d’approvisionnement.
L’indépendance de la République du Somaliland (ex-Somaliland britannique) est proclamée peu après, présidée par Dahir Riyale Kahin.

Black hawk down

Les interventions successives de l’aide internationale, visant à rétablir un certain calme propice aux négociations, n’ont rien donné.
Le général Mohamed Farah Aïdid, qui avait lancé la guerre à Mogadiscio en novembre 1991, a fortement contribué à la défaite américano-onusienne de l’opération Restore hope , déclenchée en décembre 1992 par les Etats-Unis, et relayée en mai 1993 par une opération des Nations Unies (ONUSOM).
Un épisode militaire douloureux décide finalement du désengagement américain : le lynchage [1], survenu le 18 octobre 1993 à Mogadiscio après la chute d’un hélicoptère américain Black hawk, de plusieurs marines par les miliciens d’Aïdid. Le conflit débouche sur le départ de la force internationale entre fin 1993 et 1995.
En août 1998, sur les traces du Somaliland, la République autonome du Puntland voit le jour, sous la présidence d’Abdullahi Yusuf. [2].
Le morcellement politique conduit à l’éclatement du pays et la Somalie, livrée à elle-même, est écartée de toutes les instances internationales, à la merci de chefs de guerre essentiellement mafieux.

Lueurs d’espoir

De nombreuses tentatives de résolution de la crise (plus d’une douzaine) ont échoué, particulièrement en raison de la faible implication de la communauté internationale et du rôle peu constructif joué alors par l’Ethiopie. Cette dernière, instruite par le passé [3], privilégie le maintien d’une Somalie faible, et soutient, sans les reconnaître officiellement, le Somaliland et le Puntland.
Le processus de paix, sous l’égide de l’IGAD (Organisation régionale de la Corne de l’Afrique) instauré en octobre 2002, après l’échec du GNT (Gouvernement national de transition) du Président Hassan en 2000, progresse grâce à une plus grande mobilisation de la communauté internationale (Union Européenne, Ligue Arabe, Union africaine), lucide quant à la menace que fait peser une Somalie livrée à l’anarchie sur une région particulièrement instable.
Le Président Yusuf, élu le 10 octobre dernier, nomme Ali Mohamed Gedi comme Premier ministre, chargé de constituer un gouvernement comprenant 70 ministres et vice-ministres, regroupant quasiment tous les chefs de guerre, mais aussi des représentants de la société civile.

Baidoa, Jowhar ou Mogadiscio ?

Les chefs de guerre critiquent les propositions faites par Yusuf pour installer les institutions en Somalie, et il y a quelques semaines, le gouvernement somalien, en réunion à Nairobi, n’a pas réussi à se mettre d’accord sur le lieu et la date de l’installation des nouvelles autorités en Somalie.
Le Premier ministre M.A. Gedi avait proposé que le gouvernement s’installe à Baidoa (sud du pays) ou à Jowhar (90 km au nord de Mogadiscio), en raison de l’insécurité qui règne dans la capitale.
Les chefs de guerre, eux, insistent pour que le gouvernement revienne à Mogadiscio, et ont indiqué vouloir déposer une motion de censure contre le Président Yusuf. Selon Osman Ali Oto, chef de guerre de Mogadiscio, sa faction bénéficie d’un soutien suffisant parmi les 275 députés somaliens, nommés sur une base clanique, pour renverser le chef de l’Etat.

Help wanted

Les pays de la région, comme l’Ouganda et le Soudan, ont proposé dès fin avril d’envoyer quelques 7000 militaires en Somalie, tout en étant eux-mêmes en proie à des guerres civiles féroces.
Le président Yusuf, quant à lui, souhaite ardemment que les Ethiopiens, ses anciens alliés, participent à l’effort de paix.
Cependant, un grand nombre de somaliens sont contre cette intervention voisine, à l’image de l’un des plus puissants chefs de guerre, Osman Ali Ato, qui appelle ses compatriotes à combattre les ennemis, « qu’ils soient Ethiopiens ou Somaliens ».
Les américains, de leur côté, suspectent la Somalie d’être un repaire d’Al-Qaeda, et hésitent fortement à intervenir, toujours hantés par les morts d’octobre 1993. Lors du dixième anniversaire de « la chute du faucon noir », l’administration Bush expliquait que désormais, les Etats-Unis n’engageraient leurs forces que pour défendre leurs intérêts propres. La preuve en est leur guerre menée contre le terrorisme, qui délaisse des pays comme le Libéria ou la Somalie, où peu de troupes américaines parviendraient pourtant à sauver des milliers de vies.
Maintenir le dialogue, s’entendre et s’écouter. Voilà ce à quoi doivent parvenir les pays voisins de la Somalie, en accord avec le gouvernement de Yusuf. Dès lors, à peine un millier d’hommes devraient rendre possible son retour à Mogadiscio, dans un climat relativement serein.

Pacification

Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui plus qu’hier encore, le rôle des puissants chefs de guerre pour parvenir à la paix demeure primordial, condition sine qua non au retour du Président Yusuf et à la mise en place de son gouvernement.
Un passage en force de militaires, qu’ils soient soudanais, ougandais ou kenyans, serait dramatique et vain. Rappelons en effet que 13.000 hommes n’avaient pas réussi à contrôler la seule ville de Mogadiscio lors de la mission de maintien de la paix de l’ONU.
Reste à savoir si le Président et son Premier ministre, ouvertement en froid avec les chefs de guerre - dont certains font partie du gouvernement - réussiront à réinstaurer l’indispensable dialogue, afin d’engager au plus vite des négociations susceptibles de parvenir à un accord de cessez-le-feu global, provoquant le désarmement final tant attendu.

No future ?

La tâche s’avère toutefois difficile. Comment des hommes qui se sont affrontés durant tant d’années réussiront-ils à collaborer et à accepter qu’un seul d’entre eux soit « l’homme fort du pays » ?
La Somalie est actuellement dans un état de délabrement avancé, sans hôpitaux, sans écoles ni ministères, transformés en camps de réfugiés.
Depuis la chute du Président M. Siad Barre en 1991, entre 300.000 et 500.000 personnes sont mortes en Somalie, et un million en ont été chassées.

En savoir plus :

A voir :

- La chute du faucon noir (Black Hawk down), de Ridley Scott, 2002.

A lire :

- Somalie, guerre perdue de l’humanitaire, S. Smith
- Gouvernance et pouvoir : essai sur trois trajectoires africaines, Madagascar, Somalie, Zaïre, de Jean Claude Willame
- Histoire moderne des Somalis, de Roger Joint-Daguenet
- L’imbroglio somalien, de Antonio Torrenzano


[1Tristement célèbre, l’épisode de la chute du faucon noir, le black hawk, hélicoptère de guerre américain, abattu par les miliciens du général Aïdid, le 3 octobre 1993, et qui a entraîné le lynchage dans les rues de Mogadiscio de plusieurs marines. Dès lors, les militaires états-uniens ont renoncé à attaquer ces milices et quitter le territoire somalien.

[2Abdullahi Yusuf, 70 ans, est un ancien combattant de l’armée somalienne lors du conflit avec l’Ethiopie (1977-1978) Il est également l’ex-Président fondateur du Puntland (nord-est somalien).

[3En 1977, la Somalie avait cherché à s’emparer de la province éthiopienne Ogaden, peuplée principalement de somalis.

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