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PENSÉE DU JOUR (& DES NUITS)

jeudi 1er septembre 2005, par Jean Christophe Grellety

Entre flashs et idées qui durent, le blog de Charlotte Maia.
Sulfureux ? Interview d’une femme qui assume sa féminité...

Vox Populi :
Les blogs s’inscrivent dans l’activité littéraire. S’agit-il pour vous d’une continuité ancienne (avez-vous toujours écrit) ou... ?
Charlotte Maia :
J’ai tenu des journaux intimes dans ma prime jeunesse, mais depuis je n’écrivais plus. Ma formation personnelle, mes goûts, relevaient du monde des images. Ce blog est très récent (deux mois à peine) et je ne sais où je vais. J’écris sous le coup de l’inspiration...
Vox Populi :
Vous avez quelque chose à dire, peut-être à quelqu’un...
Charlotte Maia :
Oui, je crois. Je suis quelqu’une de zen, mais en même temps, beaucoup de choses m’énervent. Or, de par mon éducation, de par mon métier et mes relations, je ne peux pas piquer une crise de nerfs devant tout le monde, je ne suis pas comme ça. Alors j’écris...
Mais je crois toutefois que mon écriture ne se résume pas à ce « pèse-nerfs ».
Vox Populi :
Le sous-titre de votre blog est tout de même, « je sais, j’ai une grande gueule... ». Chez une jolie femme, cela choque (comme d’ailleurs, cela choque qu’une femme boive !) : vous avez sans nul doute remarqué que nous vivons dans une société machiste...
Ainsi, vous avez une grande gueule ?!
Charlotte Maia :
Oui, en tout cas, c’est la définition que ma famille m’a donné pendant des années...
Il suffit en somme de ne pas être d’accord avec les autres pour que ceux-ci disent de vous que vous avez une...
Par contre, il est certain qu’en tant que femme, je pense être volontaire, déterminée, et que les « conseils » ou les ordres que mon entourage a voulu me donner dans mon « éducation », je ne les ai pas entendus ni écoutés. J’ai une certaine force intérieure. Le monde de l’art a été une révélation, et m’a « sauvée » de mon inscription familiale. J’ai découvert, et crée. Un travail artistique repose par définition sur du temps, de l’évolution, comme la vie. Mais j’en connais qui prétendent être imperturbables, sans évolution, et que je perturbe...
Ma soeur, par exemple. Je crois qu’elle est jalouse de cette force intérieure, car elle, la croyante, la pratiquante, n’arrive pas à être seule, alors que j’y parviens très bien. Or, pour méditer...
Elle a choisi pendant une période de sa vie d’être « bonne soeur » et j’interprète ce mode de vie comme une fuite de la réalité et des responsabilités. Je suis l’opposé. J’aime les bons côtés comme les mauvais de l’existence. Si, dans ma vie, il m’est arrivé de manquer d’argent, par exemple, j’ai fait en sorte d’assumer, de ne rien demander...
Vox Populi :
Mais votre famille catholique a du apprécier ! Les enfants qui demandent de l’argent, cela n’est pas bien vu...
Charlotte Maia :
Oui, mais si vous leur donnez la main, ils prennent le bras ! Ils sont tellement heureux de justifier leur existence de « pratiquants charitables » par votre détresse...
Ils ne sont pas au courant pour mon blog, mon prénom et mon nom sont un pseudo. Je ne peux pas rentrer en confrontation avec eux, alors que désormais, les choses se passent très bien entre nous, ce qui ne fut pas le cas dans le passé, puisque j’estime qu’ils m’ont conduite à la boulimie et l’anorexie...
Maintenant, tout va bien. Ils sont même devenus bien plus tolérants et ouverts que je ne l’aurais espéré. Ils ont su évoluer, changer et sont même devenus plus proches de moi que de ma sœur. La situation s’est inversée.
Cependant, j’interprète mon blog plutôt dans la poursuite de mon travail artistique, même si la méditation sur les affres de la vie relationnelle y occupe beaucoup de place.
Vox Populi :
Mais précisément, vous y parlez beaucoup de vous et de votre famille, et votre travail artistique n’est pas visible...
Charlotte Maia :
C’est exact, car je ne peux pas montrer mon travail : sinon, je serais vite identifiée par ceux et celles qui me connaissent. Et je ne le veux pas. Mais il est vrai que je parle de ma vie ; je fais le point, note après note, sur ma mémoire...
Vox Populi :
A propos de votre vie de couple, votre compagnon a-t-il lu vos notes ?
Charlotte Maia :
Il savait que j’écrivais, mais je ne lui montrais pas. J’ai appris il y a peu qu’il a trouvé le site, et qu’il a lu les notes. Le blog l’a épaté, surpris.
Vox Populi :
Malgré ou à cause de votre liberté de ton ? De vos récits teintés d’érotisme ?
Charlotte Maia :
Je n’avais jamais écrit jusqu’ici. Mais à présent, il y a un certain nombre de notes, et puis quelques audaces, alors...
Je dis souvent les vrais prénoms, mais je modifie les fonctions, les lieux, je brouille les pistes, sans trop : je joue au jeu du chat et de la souris...
Concernant mes propos, cette liberté de ton, j’estime qu’il est important de le faire en tant que femme. Je trouve qu’on ne nous a pas foutu la paix, et que cela continue. Il y a, je le ressens comme cela, une régression intérieure. Quand on pense à ce que nos parents ont vécu, connu, avec « la révolution sexuelle », on ne peut que constater que nous vivons une période de régression pénible. Les religions mettent une pression, reprennent l’offensive, et je suis catégorique là-dessus : nous ne devons pas être conciliants à leur égard. Je n’en reviens pas de la place que l’Etat fait aux pratiquants musulmans dans le pays (sans distinction, bien sûr, avec les catholiques et les autres). Pour moi, les religions ont une essence sectaire, et sont donc dangereuses. La laïcité est de ce point de vue un bien essentiel.
Dans mon travail salarié au sein du monde de l’art, je connais des femmes qui occupent un espace de liberté pour représenter la vie du corps, puisque ici mais encore plus ailleurs, tel n’est pas le cas. Il y a par exemple Tracey Emin, ainsi que l’artiste viennoise Elke Krystufek. Elke Krystufek a réalisé une performance où elle se masturbe, cela s’est passé dans une galerie. Sa mère était présente et est allée la féliciter à la fin de la représentation. Tracey Emin joue sur son intimité, scabreuse, dure, débridée, mais qui trouve un équilibre dans ses réalisations plastiques. Mon oeuvre préférée étant sa tente où elle marque les noms des personnes avec lesquelles elle a dormi et ce qu’il s’est passé avec elles (amis, famille, amants). L’une et l’autre parlent, quand le monde nous dit de nous taire...
Dans les pays arabes et musulmans, il serait facile de croire que tout le monde subit la pression des fondamentalistes. Mais il y a des artistes, femmes, musulmanes, dont le courage en sus est évident : Shirin Neshat, iranienne, et Ghada Amer, égyptienne, par exemple...
Vox Populi :
Vous avez du vivre l’enfer dans votre jeunesse sous influence...
Charlotte Maia :
J’ai vécu dans un trou pourri et perdu du Nord de la France, près de la frontière belge. Ma mère était mon garde-chiourme. Mes seules sorties autorisées étaient le cinéma et la bibliothèque. Heureusement qu’elle ne se rendait pas compte de mes lectures ! J’ai lu beaucoup et j’ai été aidée par de bons amis. Je suis partie vers 15-16 ans de chez moi. Pour me mettre en sécurité, ils m’ont placée en Internat. Et quel internat ! Les drogues circulaient, les filles couchaient entre elles et j’étais totalement naïve en comparaison d’elles ! J’ai vite appris...
Ensuite, je suis partie en Belgique : quel pays de liberté ! En tout cas, à l’époque. Parce que, en France, je reviens là-dessus, l’ambiance est étouffante. Avec tout ce que l’on sait, avec tout ce que l’on a appris, la Révolution de 89, puis sexuelle, le droit de vote pour les femmes, c’est très dur d’assister à toutes ces régressions. Lorsque je parle avec des femmes, des amies, en petit comité, je suis frappée par le fait que les gens sont chastes. Est-ce par timidité ou est-ce dû à la pression morale ? En tout cas, parler de sexe continue de déranger. Du coup, les discussions sont superficielles, alors qu’il est important de parler de sexe pour des raisons pédagogiques, mais aussi parce qu’il s’agit tout simplement de la vie. Si mon blog doit servir à faire passer un message, c’est que le plaisir, c’est bon, c’est agréable, et c’est bien...
Mais affirmer une telle chose est compliquée, parce qu’une fois que j’ai dit ça, certains vont croire que j’approuve tout, que je me retrouve dans tout. Que ce soit les perversités propres à Catherine Breillat ou les névroses de Virginie Despentes (même si je les apprécie énormément toutes les deux), je ne me retrouve pas en elles, car avec elles, le sexe, le rapport homme-femme est glauque, et je ne supporte pas ce qui est glauque.
Vox Populi :
Oups ! Pouvez-vous être plus précise ?
Charlotte Maia :
La littérature a plusieurs niveaux d’utilité et de pédagogie. Avec Catherine Millet, j’ai appris des choses sur ma sexualité dont l’essence est, à mon sens, narcissique.
Vox Populi :
Une sexualité qui serait une homo-sexualité alors ? Même hétéro...
Charlotte Maia :
Oui, en fait, l’homosexualité serait une sexualité parfaite. Mais je pense que le rapport homme-femme est inévitable, parce que biologique, lié à la reproduction. Et je trouve que ces rapports ne sont ni simples ni bons. Je pense que ces rapports ont été perturbés par la pression sociale, morale, et surtout religieuse. Je ne veux pas critiquer les hommes, comme c’est trop la mode. Je trouve que les hommes sont souvent sensibles, mais ce sont de grands enfants, de grands garçons, avec des erreurs et des maladresses dans leur rapport aux femmes. Il faut dire qu’ils ne sont pas aidés par leur corps. Nous, chaque mois, nous sommes responsabilisées. Le mâle, lui, peut vivre sans se rendre compte de tout ça, de la famille.
Vox Populi :
Qu’est-ce qui cloche selon vous ?
Charlotte Maia :
Le rapport de propriété pèse, c’est certain. J’ai lu quelque part la proposition d’un « mariage mystique ». Je trouve que c’est une bonne proposition, mais pour un futur qui n’est pas proche. Les gens ne sont pas prêts.
Vox Populi :
Et vous, vous êtes prête à quoi ?
Charlotte Maia :
Avec mon compagnon, nous avons pris la ferme décision de mener une vie libertine. Il peut avoir ses aventures, je peux avoir mes amants. Il ne s’agit pas de baiser à tout va, en tout lieu et à toute heure, avec n’importe qui, n’importe comment, mais de laisser une place vivante au désir. Depuis que nous avons commencé à vivre ainsi, mon compagnon se demande si Tout Paris n’est pas au courant, car il trouve que les filles le regardent différemment comme s’il était... hot ! Et il l’est, mais je suis informée. Le libertinage, ce n’est pas simplement baiser, mais c’est aussi baiser ! Baiser, c’est baiser, et je tiens à dire que c’est bon ! Mais je ne suis pas optimiste pour notre présent : les religions ont bien compris la force de la femme, et elles travaillent à la mettre à terre. Car si nous réussissons à devenir maîtresses et possesseuses de la nature ...
Les femmes sont des hommes comme les autres mais elles sont différentes des mâles et vous ne nous connaissez pas bien. Je me demande si, dans les écoles, une « éducation » biologique et sexuelle plus pointue ne pourrait pas aider les jeunes adolescents à accéder à leur vie sexuelle et érotique avec plus d’aisance et de compréhension mutuelles. Pour les hommes, on sait ce qu’est le plaisir (et sans doute d’ailleurs de manière trop réductrice, par la faute des hommes sans doute, mais également par la faute des femmes). Par contre, les plaisirs des femmes, les hommes n’y connaissent pas grand-chose. Quand je pense comment je suis devenue femme...
Pour me parler de mes règles, ma mère m’a dit : « c’est rouge ». Voilà, « c’est rouge », je pensais à un aplat ou à un monochrome rouge ! Une abstraction ! Vous connaissez sans doute le film « Le sens de la vie » des Monty Python. L’un des principaux acteurs du groupe interprète un professeur et pour faire comprendre l’acte sexuel à ses élèves, il le simule avec une femme, sa propre femme d’ailleurs, mais de manière totalement « scientifique », il s’agit de dé-montrer ! Vous ne pensez pas que dans les écoles... ?
Vox Populi :
Oulala ! Là, vous nous invitez à une révolution « morale », alors que notre pays est encore sous l’influence du fameux judéo-christianisme... Bonne chance aux révolutionnaires en herbe, et dans le pré ! Mais en ce qui vous concerne, finalement, j’essaye de vous faire parler de « sexe », dans un sens personnel, direct, précis, et vous fuyez systématiquement dans les bras de la bonne société... Seriez-vous, vous aussi, chaste ?
Charlotte Maia :
Chaste moi ? Non, ce n’est pas possible, je suis trop... Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Quelle est ma position préférée ?
Vox Populi :
Vous qui avez fait l’éloge du Kama-Sutra sur votre blog, ce serait bien le moins...
Charlotte Maia :
Je crois que je suis très classique alors. J’aime être allongée sur un tapis moelleux en laine ou encore assise sur une grosse table de cuisine en chêne". Et la levrette est pour moi un must... Le Kama-Sutra, voilà un livre qu’il faudrait faire lire et connaître !
Vox Populi :
Vous l’avez vu et lu ? Parce que la plupart des positions exigent des corps souples de danseurs et de gymnastes !
Charlotte Maia :
Oui, c’est vrai, il faut travailler le souffle ! Pour ma part, je le fais avec des exercices de yoga et mon compagnon un peu également... Et avec des efforts, on arrive à faire des positions. Mais il n’y a pas que les positions sexe-sexe dans le Kama Sutra. Il y a aussi l’art des baisers, des caresses, enfin tout !
Vox Populi :
Vendu ! Si vous voulez changer de métier, vous pouvez devenir libraire... Sinon, une fois de plus, dans les pages du Kama Sutra, Charlotte Maia s’est fondue pour ne pas trop parler d’elle... Mais vous, vous, qu’est-ce qui vous plaît tant dans la relation amoureuse et érotique ?
Charlotte Maia :
J’aime quand les choses s’installent doucement, qu’elles durent longtemps dans le regard, l’attente. Ma première phase préliminaire est extrêmement longue. Je goûte le désir... le sentir monter, venir doucement... Lorsque les deux deviennent couples, il y a des périodes de vache maigre. Il nous est arrivé pendant un mois de ne pas faire l’amour, à cause de notre stress, du travail... Et puis par phases, nous pouvons le faire deux à trois fois par jour pendant plusieurs jours. Mais le désir vient et ne vient pas tout seul : il y a une part de désir pour le désir, de volonté du désir, et c’est sur ce point que les efforts manquent souvent, les sollicitations et les excitations. Un massage peut être très excitant. Il y a tant de variations possibles, mais cette focalisation sexe et coït est un problème autant des hommes que des femmes. Car les filles ont leur part de responsabilité, elles n’expliquent pas !
Et du coup, comme elles laissent faire la tendance à coïtiser, il leur arrive de simuler, de faire croire et de se faire croire. Et ça, non, merci pour moi... S’il y a bien quelque chose que je tiens à affirmer, c’est que ce que j’écris sur mon blog est, à chaque mot près, honnête, sincère, avec ce que j’ai vécu, ressenti, compris. Et comme jusqu’ici, tout cela n’était pas dit, sauf indirectement, de manière lointaine, par les écrivains ou les artistes, cette part de vérité, totale, intéresse celles et ceux qui viennent sur mon blog, et sur d’autres, car nous cherchons à nous parler vraiment... Ca me fait du bien, et vous ?

Le Blog de Charlotte Maia

Illustrations de cet article : copyright
©charlottemaia

Messages

  • Touchée, au coeur et au corps...
    A trois virgules près (notre histoire familiale), j’aurais pu, si j’en avais eu la volonté et le courage, écrire quelque chose de semblable. Merci de cette sincérité.

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