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MERRY CHRISTMAS, TOOKIE WILLIAMS...

dimanche 18 décembre 2005, par Catherine Dardonville

Notre correspondante franco-américaine réagit à la mort de Tookie Williams, décédé à la suite d’une injection léthale sur ordre du Gouverneur Schwarzenegger, qui vient récemment de refuser son recours en grâce.
Accusé voici plus de 20 ans de 4 meurtres dont aucun n’a réellement été prouvé à ce jour, ex-membre avéré d’un gang particulièrement dangereux, Tookie Williams s’était consacré, du fond de sa cellule, à dissuader la jeunesse de recourir à la violence.
Son "aura" était telle que l’on estime à 150.000 le nombre d’individus qu’il aurait ramenés dans "le droit chemin".
Rien n’y a fait : "Terminator" a envoyé Williams tout droit vers la mort...

Cette année, nos voisins n’y sont pas allés de main morte : sur leur petite pelouse, trois énormes Pères Noëls gonflables lumineux côtoient d’immenses sucres d’orge plantés le long de l’allée qui mène à leur petite maison bleue.
« Oh ! regarde, ils veulent imiter Candy Cane Lane » [1], remarque mon fils Yann.
« Candy Cane Lane » se trouve dans un quartier chic de Seattle où les riverains s’entendent tous chaque année pour qu’il y ait assez de guirlandes et d’animations lumineuses dans toute la rue pour attirer plusieurs milliers de personnes pendant les fêtes - à moins que ce ne soit pour que l’on puisse voir leurs maisons de l’espace, allez savoir...
Il paraît que cela fait partie du contrat d’achat des maisons de cette petite rue (même si cela n’est pas écrit noir sur blanc) : si vous n’êtes pas d’accord pour maintenir la tradition et dépenser des centaines de dollars en décorations, votre home sweet home ne vous sera pas vendu.
Pression sociale version américaine...

Autre type de pression sociale, celle du « holiday greeting » : à une semaine de Noël, le débat fait rage pour savoir s’il faut dire « happy holidays » ou « merry Christmas » à ses amis comme à ses clients.
Le sujet, à la "une" de mon journal local, semble - en tout cas pour une partie de la population à laquelle je n’appartiens pas - tout à fait digne d’y figurer.
Une manifestation est d’ailleurs prévue aujourd’hui au centre ville, afin d’obtenir des commerçants qu’ils cessent d’accueillir le chaland par un tonitruand « Happy Holidays » mais reviennent derechef à un plus traditionnel « Merry Christmas », symbole d’un christianisme dont l’Amérique se réclame.
Notez que le pardon de la dinde du Thanksgiving avait aussi fait la première page de mon journal local. Pour ceux qui se demandent ce dont il s’agit, voici une courte explication de cette curieuse tradition : chaque année, le Président des Etats-Unis « gracie » publiquement un de ces milliers de volatiles destinés à la casserole, et l’envoie finir tranquillement ses jours dans une ferme réservée aux dindes bienheureuses, quelque part en Californie.
Stan « Tookie » Williams, lui, n’ayant pas eu la chance d’être une dinde, est passé à côté de cette opportunité.
Bien sûr, me direz-vous, le (sacré ?) volatile, lui, n’avait rien fait (ceci dit, les millions d’autres dindes mangées le soir de Thanksgiving non plus, vous en conviendrez).
Si la justice a condamné Tookie Williams à la peine de mort, c’est parce qu’il avait, dit-on, assassiné quatre personnes lors de deux vols à main armée - faits qui ne sont toujours pas à ce jour démontrés - et fondé un des plus puissants gangs du monde, les Crips, ce qui ne fait par contre aucun doute.
L’enquête avait été bâclée, les témoins au procès étaient loin d’être digne de foi, et tous les jurés sélectionnés étaient blancs.
Schwarzenegger, le gouverneur « terminator » de Californie où Williams attendait la mort depuis 23 ans, a cependant décidé qu’il avait eu un procès équitable.
Après avoir « bien réfléchi », il a refusé de commuer la peine du détenu à la prison à vie : non, a-t-il estimé, Tookie Williams ne s’est pas racheté aux yeux de la société par ses écrits (9 livres pour la jeunesse, visant à l’éloigner des gangs, de la criminalité et de la prison et qui ont permis de sauver la vie de 150.000 jeunes d’après certaines estimations), ni par son projet Internet de « Street Peace ».
Non, Tookie Williams ne continuera pas son œuvre, ne sauvera plus de vies de son vivant. Sa mort envoie un message fort aux noirs américains et autres minorités :
ceux qui ont péché (par le crime), ne pourront jamais se racheter aux yeux de la société, quoi qu’ils fassent.
Ils sont « foutus », voilà tout. Irrécupérables.

Tookie Williams est mort assassiné par l’Etat de Californie, moins de deux semaines avant Noël, cette grande fête que l’Amérique, aujourd’hui, ne semble plus trouver assez chrétienne.
Mais est-ce vraiment Noël qui a perdu son âme chrétienne, ou l’Amérique tout entière ?
Joyeux Noël, Gouverneur Schwarzenegger. Et au cas où vous l’auriez oublié, permettez-moi de vous rappeler que « merry Christmas » veut dire aussi :
« souvenez-vous de celui qui prêchait le pardon d’autrui »...


[1La rue des sucres d’orge

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