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JUPPÉ EN COSTARD CIVIQUE

dimanche 1er février 2004, par François Priam

L’ex-meilleur d’entre nous, grâce au Tribunal de grande instance de Nanterre, vient d’être renvoyé à la vie civile pure et simple. Alain Juppé, ex-Premier ministre et actuel Président de l’UMP, a donc trouvé sur son chemin de futur candidat à la Présidence de la République un tribunal, une juge, deux assesseurs et la loi française, qui interdit sans détour la prise illégale d’intérêts comme l’abus de biens sociaux. Cette condamnation judiciaire à l’encontre d’un homme si puissant, fondée sur des causes légales et des faits prouvés, nous rappelle que la justice fonctionne encore dans ce pays.

L’art de trahir

Il était une fois ... « la corruption », terme par lequel est désigné l’enrichissement « illégal » de quelques-uns au détriment de quelques autres. Notre classe d’hommes politiques professionnels est depuis fort longtemps, a priori, soupçonnée par « le peuple » de profiter de ses prérogatives au profit de ses intérêts personnels. Des parlementaires ont déjà été jugés et parfois condamnés pour cela, les plus célèbres d’entre eux demeurant sans conteste Alain Carignon, maire de Grenoble, à égalité avec l’ancien maire de Lyon, Michel Noir.
Certes, Alain Juppé n’est pas condamné pour enrichissement personnel mais pour avoir régalé certains membres de son parti des largesses du Budget de la Ville de Paris [1]. Néanmoins, le Tribunal de Nanterre, via la Présidente Catherine Pierce, a jugé « qu’Alain Juppé, dans la quête de moyens humains lui apparaissant nécessaires pour l’action du RPR, a délibérément fait le choix d’une certaine efficacité en recourant à des arrangements illégaux et ce, alors qu’à compter de 1988 (..), le législateur a apporté aux partis politiques des ressources financières significatives ". Si le tribunal admet qu’Alain Juppé "était directement subordonné au président du mouvement », il est resté insensible au "dévouement" du maire de Bordeaux envers le défunt RPR (habilement remplacé par un UMP censé faire passer par pertes et profits des faits éventuellement délictueux).

C’est pas moi, c’est lui !

Au cours de son procès, Alain Juppé, malgré son autorité sur le mouvement, a nié avoir eu conscience de tels faits qui selon lui, étaient imputables à des lampistes, des seconds couteaux. Victime principalement désignée : le trésorier. Or, le Tribunal n’a pas su apprécier cette défense pleine de panache : il affirme au contraire qu’Alain Juppé savait, et même participait à ces détournements. Par conséquent, il est responsable de ce dont on l’accuse.
En clair, cela signifie que le tribunal considère qu’Alain Juppé a menti au cours de ses dépositions. Ce verdict est une vraie bouffée d’oxygène pour des millions de Français, aux yeux desquels l’issue négative de ce procès ne faisait aucun doute. En effet, la pression sur le Tribunal était telle que nul n’imaginait ses membres, ne serait-ce qu’au nom de leur profil de carrière, assumant une décision conforme à la loi, en toute sérénité.

Un procès sous haute surveillance

Car il faut le dire : ce jugement est non seulement juridiquement conforme, mais surtout courageux. Nous savons en effet depuis hier que la Présidente Pierce a reçu des menaces de mort et que des locaux administratifs ont été visités par des inconnus, visiblement très intéressés par le rapport du Tribunal. La conscience des menaces qui pesaient sur leur « indépendance », pourtant systématiquement proclamée par la classe politique à l’endroit du pouvoir judiciaire, a conduit ses dépositaires à utiliser des outils informatiques autonomes - autrement dit des ordinateurs portables - constamment sous surveillance !
L’homme est tellement puissant - il est LE conseiller en chef du Président de la République - qu’une telle condamnation a stupéfié le monde médiatico-politique parisien. Pour l’occasion, inédite dans notre semi-démocratie, les médias ont réalisé des couvertures spéciales, dignes des grands évènements populaires ou mondiaux. Pensez-donc : Alain Juppé est condamné ! Cet énarque, devenu par la grâce présidentielle Premier ministre de la France entre 1995 et 1997, contraint de démissionner suite à ses échecs économiques et politiques , avait jugé prudent, après la dissolution perdue de l’Assemblée Nationale par Jacques Chirac, de se fondre dans l’anonymat des parlementaires. Le retour des ex-RPR néo-UMP à la tête des responsabilités l’ayant de nouveau conduit sous les feux de la rampe, mais dans l’obligation de renoncer pour de longues années aux responsabilités après l’épisode 1995-1997, il avait estimé sage de se cantonner à la tête de l’UMP. La tête. Car pour le sieur des Landes, qui ne parvient pas à fédérer la sympathie des Français - « je n’accorde pas une grande importance aux relations personnelles », dixit le Divin Chauve - son génie personnel ne peut supporter que les plus grands honneurs. Et le voilà aujourd’hui affligé d’une peine de prison de 18 mois, avec sursis - ouf ! [2]

Appel... à l’aide ?

Quand il en aura terminé avec son silence, le toujours chef de l’UMP dira s’il tire un enseignement de cette leçon de démocratie et de droit, ou si, fidèle à son ambition dévorante qu’il masque derrière un air lisse, il entend malgré tout tenter de blackbouler cette condamnation. Apparemment, il compte bien être blanchi en appel, récupérant ainsi son droit aux rêves.
Restera dès lors à suivre avec attention les manœuvres de ses amis qui voudront essayer de retourner la décision de justice. Tâche difficile, et de l’ombre, car ils ne pourront pas publiquement agiter le débat sans voir le fantôme présidentiel être rappelé par celles et ceux qui n’oublient pas que le Président du RPR était un certain Jacques Chirac, déjà visé par plusieurs démarches policières et judiciaires pour sa gestion controversée de la Mairie de Paris. Rendez-vous en 2007...

François Priam

Dessin : © Laetitia Koch 2002-2004 - Tous droits réservés.


[1pour un montant estimé à 2 millions et demi d’euros

[2Alain Juppé avait annoncé qu’en cas de condamnation, il renoncerait à la vie politique. Ce qui était et est en effet une nécessité pour les 5 et 10 prochaines années, la conclusion de l’attendu affirmant : « Constate que, par l’effet de l’article L.7 du code électoral, Alain Juppé ne devra pas être inscrit sur la liste électorale pendant un délai de cinq ans ». De ce fait, le Maire de Bordeaux devient également inéligible pendant 10 ans puisque, selon l’article LO130 du code électoral, toute personne radiée des listes à la suite d’une condamnation est « inéligible pendant une période double » de celle de la radiation. Condamné, il n’avait pas le choix de ne plus être engagé dans la vie politique, en tout cas élective.

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