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EUTHANASIE

L’INTOLÉRABLE TABOU

samedi 18 novembre 2006, par Nathalie Mauerhofer

Décidément, en France, nul n’a le droit de mourir dignement. Il faut bien souffrir et souffrir encore.
L’acharnement thérapeutique est malheureusement trop souvent là pour allonger chaque jour davantage la durée de lentes agonies.
Vivre l’enfer sur terre et expier nos fautes, comme nous l’inculque l’ancestral fondement catholique, telle semble être la vocation d’une certaine médecine, adoubée par une société qui refuse plus que jamais de voir la mort en face.
Combien de familles vivent, au XXIème siècle, l’épreuve inhumaine de voir dépérir l’être cher endurant le martyr pendant d’interminables années ?
Combien de parents, d’enfants, de médecins ou d’infirmières sont victimes de la loi implacable contre l’euthanasie ?
Et combien sont-ils à subir, dans leur profond malheur, les affres juridiques d’un pouvoir bien-pensant, défendant bec et ongles le soi-disant droit à la vie ?
La question se pose aujourd’hui avec une rare acuité :
jusqu’à quand cette situation ubuesque va-t-elle perdurer ? Au nom de qui ? Au nom de quoi ?
Sans doute pas au nom de la liberté ni de la dignité humaines.
Certains pays ont eu le courage de légiférer en faveur d’une euthanasie policée.

Actualité

Le procès de Madame Léonie Crevel, 80 ans, s’est ouvert lundi 23 octobre 2006 et s’est terminé le lendemain soir.
Deux jours sur le banc du tribunal, plus de deux ans d’attente pour cette vieille dame accusée « d’homicide volontaire sur personne vulnérable ».
En effet, le 31 juillet, elle avait mis fin à la lente descente aux enfers de sa fille Florence âgée de 42 ans, hémiplégique, aveugle, épileptique et reconnue débile mentale profonde. A la fin du procès, son avocat, Maître Jean-François Titus, a donné son avis sur le verdict :
« Je suis convaincu que la décision qui a été prise est une décision juste, une décision de principe, mais une décision qui masque toujours l’hypocrisie de notre société »
Oui, Maître, une justice hypocrite et bien confuse à vrai dire, qui se débat comme elle le peut, tiraillée qu’elle est entre éthique (ce sont des citoyens humains qui jugent) et morale (par qui les lois sont-elles écrites ? S’agit-il toujours de comités d’éthique ?).
Madame Crevel a tué sa fille de ses propres mains : « ce jour-là, » explique-t-elle, « elle étouffait. Elle souffrait trop, j’en avais marre de la voir souffrir.
Alors j’ai fait une chose que je n’aurais jamais pensé faire de ma vie. »

Voilà la défense de l’accusée : des mots simples et vrais sur un insupportable quotidien qui nous éclate à la figure.
Oui, elle l’a fait. Mais son courage force le respect.
Son acte n’a pas assez été souligné comme un acte d’amour. [1]
Pourtant, c’est par amour pour sa fille qu’elle a accompli l’inconcevable. Elle s’est refusé le droit de déléguer cette tâche au corps médical, qui se serait fatalement retrouvé traîné devant les tribunaux. « A l’heure actuelle », conclut Madame Crevel, « je me demande encore comment j’ai pu faire ça. Je m’en veux mais elle aurait souffert plus longtemps, alors il valait mieux qu’elle s’en aille. »
Non contente de lui infliger cette tragédie personnelle, la société l’incite en prime à faire son mea culpa, la pousse à se morfondre, pour le peu de temps qu’il lui reste à vivre, dans un sentiment de culpabilité insupportable.
Ah ! la charité chrétienne face au malheur de son prochain !

Euthanasie : Vox Populi enquête

Euthanasie : un mot horrible qui fait peur, qui rebute. Une invention du diable. Voilà l’image qui nous vient immédiatement à l’esprit et c’est tout juste si on ne se met pas à faire le signe de croix, agenouillé.
Pourtant, ce nom féminin vient du grec « euthanasia » signifiant une mort douce et facile.
En 1771, il est employé au sens précis de « l’art de rendre la mort douce ». A la fin du XIXème siècle, il désigne « le traitement médical pour procurer une mort facile et sans douleur ».

Les Pays-Bas sont les premiers au monde à avoir légiféré sur cette question sociale et morale épineuse. En effet, dans des cas exceptionnels, la loi autorise le recours à l’euthanasie.
Le patient peut ainsi se réclamer du droit à mourir s’il réunit aux yeux des médecins six critères de minutie :
- Etre convaincu que la demande du patient est volontaire, réfléchie et réitérée.
- Etre convaincu que la souffrance du patient est insupportable et sans issue.
- Avoir informé le patient sur son état actuel et sur le pronostic.
- Etre arrivé avec le patient à la conclusion qu’il n’y a pas d’autre solution acceptable.
- Avoir consulté au moins un autre médecin indépendant qui, après avoir examiné le patient, a émis un avis concernant le respect des « critères de minutie ».
- Avoir procédé à la fin de vie selon les critères médicaux.

A la suite des Pays-Bas, la Belgique s’est, elle aussi, décidée à franchir le pas en renforçant ces critères de minutie par une idée de durée raisonnable à la réflexion :
- Le patient doit être majeur ou mineur émancipé, capable et conscient au moment de sa demande.
- La demande est formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée ; elle ne doit pas résulter d’une pression extérieure.
- La maladie doit être sans issue et le patient doit faire état d’une souffrance physique ou psychique constante et insupportable, ne pouvant être apaisée et résultant d’une affection grave et incurable.
- Le médecin doit informer le patient de son état et de son espérance de vie, évoquer les traitements envisageables, les possibilités de soins palliatifs et leurs conséquences. Il doit arriver, avec le patient, à la conviction qu’il n’y a pas d’autre solution raisonnable.
- Plusieurs entretiens doivent être menés par le médecin avec le patient, espacés d’un délai raisonnable.
- Un autre médecin doit être consulté par le premier quant au caractère grave et incurable de l’affection, en précisant les raisons de cette consultation. Ce second praticien doit être indépendant et compétent dans la pathologie concernée.
- S’il existe une équipe soignante, cette dernière doit être consultée par le médecin.

Dans les deux cas, on insiste lourdement sur l’incurabilité de la maladie et le fait qu’elle engendre une souffrance insupportable. C’est déjà une avancée considérable vers l’humanisme moderne.
Mais selon ces principes, le patient doit avoir toutes ses facultés intellectuelles. Dans le cas de Florence Crevel, tous les critères n’auraient de toute façon pas été réunis. Sa mère aurait donc été jugée criminelle aux Pays-Bas et en Belgique, tout comme en France.
Inversement, le fait d’avoir toutes ses facultés intellectuelles peut s’avérer très pernicieux, puisque le désir de mort du malade peut être considéré comme le symptôme d’une dépression et non d’un choix, réfléchi et assumé.
Incroyable mais vrai ! C’est pourtant bel et bien la situation qu’ont vécu Madame Humbert et son fils Vincent, tout à tour accusés de "déprime", notamment par l’Eglise.
Nous vous laissons découvrir la video où Madame Humbert retrace ce moment douloureux. Rappelons aussi que Vincent avait écrit une lettre au Président Jacques Chirac pour lui demander le droit de mourir, missive qui avait essuyé un refus catégorique.
Pourtant 88% des Français sont favorables à une dépénalisation de l’euthanasie...

Qu’en est-il donc en France à l’heure actuelle ?
L’euthanasie dite "active" est toujours considérée comme un acte meurtrier et le coupable est accusé d’homicide volontaire (c’est le cas précis de Madame Crevel).
La tendance est donc à l’euthanasie "passive" où cesse l’acharnement thérapeutique, lorsque le corps médical décide en collégialité que les traitements n’auront plus aucun effet amélioratif.
On se "contente" alors d’alléger la souffrance par des soins palliatifs, très lourde tâche d’ailleurs pour le personnel soignant dont le système nerveux est soumis à rude épreuve.
Il faut toutefois souligner le relative lâcheté de cette position : laisser faire la nature, accepter que le patient se sache condamné car il n’y a plus d’espoir de guérison ; le laisser traîner le plus souvent d’hôpital (et non chez lui) en mouroir, à attendre la piqure de morphine qui va le soulager ; lui imposer de ne plus vivre en toute liberté, de ne plus pouvoir se lever, marcher, cuisiner ou lire, d’être à la charge constante des autres - même pour les besoins les plus intimes - et l’entendre se dire : "jusqu’à quand dois-je endurer ce calvaire ?", n’est-ce pas là le comble de l’inhumain ?
Bien sûr, nous n’avons pas tous les mêmes réctions face à la maladie et à la mort. Certains supportent la souffrance et l’inertie plus que d’autres.
L’euthanasie n’est pas une proposition de loi destinée à éradiquer la race humaine dans un formidable eugénisme, vague simulacre des crimes nazis.
Elle devrait au contraire être un droit de liberté individuelle auquel nous n’avons pas encore accès. Un droit où la parole du patient serait enfin prise en compte, où sa demande expressive et mûrement réfléchie de mettre fin à ses jours serait acceptée.
Reste le problème des gens lourdement atteints d’un handicap (handicap mental, cas d’aphasie etc...), incapables de s’exprimer.
Les partisans de l’euthanasie estiment qu’il faudrait, dans ces cas précis, un tuteur de confiance qui prendrait la décision à la place du malade, en accord avec le médecin référent.
Mais en attendant qu’une loi courageuse et humaine soit promulguée, des personnes continuent de souffrir le martyr, tant physiquement que psychologiquement, et cette situation peut durer encore longtemps.
Nous vous invitons à lire le témoignage bouleversant de Monsieur Lorand.


[1"Son acte n’était pas prémédité, mais il était la conséquence d’une décision soudaine. Elle a agi pour le bien de sa fille. Pour elle, c’était un acte d’amour puisque sa fille est maintenant tranquille" - Jean-Jacques Lefèvre, psychologue présent au procès.

Messages

  • Italie : que dire de l’affaire Welby et de la position du pape... Comment se réconcilier avec la religion catholique alors même qu’elle incite à la souffrance ! Ce refus du droit de mourir est complètement incohérent puisque Monsieur Welby était maintenu à la vie de manière artificielle. Heureusement un nombre de personnes plus grand de jour en jour, réclame l’accès au droit de mourir, dignement et sans souffrance. L’union fait la force et il semble bien que l’Italie bouge face à l’immobilisme rétrograde du gouvernement et du vatican. A suivre...

  • Au sujet de la différence entre l’euthanasie et l’aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu’il n’existe pas de différence entre les deux : dans un cas c’est le patient lui-même qui s’enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l’autre c’est le médecin qui la retire. Il faut d’abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l’on se situe sur le terrain de l’éthique, on peut raisonnablement soutenir qu’il n’existe pas de différence. Cependant, si l’on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l’euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l’emprisonnement à perpétuité) et l’aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d’emprisonnement). Dans le cas de l’aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l’aide au suicide constitue d’une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972, cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu’une complicité que s’il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n’est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l’aide au suicide est donc un non-sens.

    En revanche, l’euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l’un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l’interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d’autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d’ailleurs aboli la peine de mort en 1976 ! Si l’euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l’esprit, conclure que l’euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d’un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d’abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d’exprimer leur volonté) et les risques d’érosion de l’ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l’euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l’euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l’encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :

    « Il existe, tout d’abord, un danger réel que la procédure mise au
    point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour
    eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier,
    et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un
    fardeau pour les autres ou pour la société. C’est là l’argument dit du
    doigt dans l’engrenage qui, pour être connu, n’en est pas moins
    réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le
    consentement à l’euthanasie ne soit pas vraiment un acte
    parfaitement libre et volontaire »

    Éric Folot

    Voir en ligne : OUI à l’aide au suicide, mais NON à l’euthanasie

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