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L’ESPAGNE CONDAMNE LE FRANQUISME

jeudi 15 novembre 2007, par Jean Christophe Grellety

José Luis Zapatero l’avait promis pendant la campagne électorale qui l’avait conduit à la victoire : la période franquiste ferait l’objet d’une loi par laquelle l’État espagnol reconnaîtrait le caractère dramatique de la guerre civile, les victimes, et - nécessairement - plus particulièrement les morts "républicaines", par opposition aux "franquistes" qui appartenaient au camp du dictateur désormais officiellement dénoncé.
Cette loi dite de « mémoire historique » a été votée il y a une semaine par le Parlement espagnol. Pendant des mois, le gouvernement et la majorité socialistes ont cherché à l’élaborer sur la base du plus large consensus national, ce qui constituait presque une mission impossible au regard des responsabilités de celles et de ceux qui ont soutenu et incarné le régime franquiste comme la continuité d’une certaine dévotion de la part de ses anciens fidèles envers la figure du général Franco.

Loi de "Mémoire historique"

Cette loi condamne la dictature franquiste en tant que « régime totalitaire contraire à la liberté et à la dignité de tous les citoyens » [1].
« Elle oblige l’État, les régions, les communes à retirer de l’espace public les symboles et monuments qui font allusion au franquisme » et « prévoit "des réparations morales et financières" à ceux (ou à leurs descendants) qui ont subi dans leur chair la répression franquiste, après le putsch de juillet 1936 ».
Les familles des personnes « tuées en défense de la démocratie » entre 1968 et 1977 pourront désormais percevoir jusqu’à 135.000 euros._
La raison d’être cette loi est qu’elle doit établir
« la reconnaissance, l’élargissement des droits et l’instauration de mesures en faveur de ceux qui ont subi la persécution et la violence durant la guerre civile et la dictature » et doit inciter les « pouvoirs publics à mettre en œuvre des politiques orientées vers la connaissance de notre histoire et la promotion de la mémoire démocratique ».
Par ailleurs, par son article 15, la condamnation du franquisme vise les images et les symboles qui doivent disparaître de l’espace public, y compris celui géré par l’Église catholique (un amendement de dernière minute permet néanmoins aux églises d’invoquer des raisons « artistico-religieuses » pour conserver les plaques funéraires des phalangistes).
La loi stipule également que les pouvoirs publics doivent organiser et financer la recherche des disparus, victimes de la guerre civile et de la dictature de Franco, l’ouverture des fosses communes et l’identification des corps des fusillés.
Mais la législation va plus loin : les procès menés par les franquistes contre les républicains sont désormais déclarés illégitimes, et leurs condamnations deviennent nulles et non avenues.
Enfin, et il s’agit là d’une décision remarquable, les membres des Brigades Internationales, ces étrangers qui sont venus en Espagne combattre aux côtés des Républicains, peuvent obtenir la nationalité espagnole.

...En butte avec l’Église catholique


Pour l’Église catholique qui, en Espagne, conserve une influence majeure sur les citoyens, cette loi officiellement dénonciatrice du franquisme constitue une mise en cause directe de ses agissements ; d’autant que si, comme à son habitude, elle n’écarte pas totalement l’esquisse d’une repentance, fixée dans quelques phrases, celle-ci demeure totalement absente des cœurs, pour parler son langage.
Aussi, par réaction, les autorités romaines ont décidé de faire procéder à la « béatification » de 498 de ses serviteurs espagnols, « martyrs ».
En Espagne, des catholiques se sont élevés contre cette procédure symbolique mais surtout politique : c’est ainsi que Réseaux chrétiens, un rassemblement de 146 groupes et associations religieuses, a fait savoir que cette cérémonie était « inopportune et discriminatoire », parce que « L’Église espagnole doit demander pardon pour s’être alliée à Franco durant la guerre civile et au cours de la dictature avant d’organiser ce genre de cérémonies ».
De même, d’autres groupes religieux du Pays basque mettent en cause une « sélection discriminatoire » parmi ces « martyrs » religieux. En effet, seize religieux nationalistes basques, dont le prêtre et écrivain José de Ariztimuño, ont été tués par les franquistes en octobre 1936, à l’instar de nombreux autres prêtres qui n’étaient pas ralliés à la cause nationale.
Or, l’Église espagnole n’a jusqu’ici pas demandé qu’ils soient reconnus en tant que « martyrs », ce qui établit la continuité de son soutien au régime et à l’idéologie franquistes.

D’autres coupables...


Si Franco a été condamné par l’Histoire, par celle des Européens, il n’empêche que le général qui a pu devenir dictateur grâce au soutien conjoint et coordonné de Mussolini et d’Hitler (comme l’illustre le symbole de Guernica) n’a pas été balayé par la victoire des alliés en 1945.
Une habile diplomatie, soutenue par l’Église Catholique, lui a permis de faire valoir son choix de « neutralité » pendant la guerre, en faisant oublier, autant que possible, les soutiens fascistes qui l’avaient porté au pouvoir.
C’est que sa victoire fut autant celle d’un rassemblement des forces fascistes européennes - qui ainsi tenaient leur première accession au pouvoir comme le premier terrain d’exercice de leur volonté de guerre - que la défaite des Républicains, toutes tendances confondues, qui ne furent pas assez armés et ne surent pas se coordonner. Ainsi que le démontrent Antoine Gimenez et les Giménologues dans "Les fils de la nuit" [2], ils se divisèrent même, entre les anarchistes et les communistes soutenus par l’URSS.

Franco a su bénéficier de cette division de ses ennemis et mobiliser un soutien catholique afin d’éviter que les troupes alliées ne débarquent en Espagne, débarquement qui l’aurait conduit au mieux au départ, au pis à être arrêté et jugé.
Il prouvera d’ailleurs sa fidélité à ses anciens alliés fascistes en favorisant la fuite des responsables nazis vers l’Amérique du Sud et en hébergeant des collaborateurs français, pétainistes, comme les célèbres et sinistres Darquier de Pellepoix ou Jean Filliol.

Pour aller plus loin :
- "Les fils de la nuit", d’Antoine Gimenez, aux excellentes éditions l’Insomniaque.
- C’est dans l’air : l’Espagne liquide Franco.
- 
Le forum de France 2 : l’Église canonise en masse les prêtres franquistes.

En vidéo :
- La colonne Durruti.
- La première partie d’une histoire de la guerre d’Espagne

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[1Traduction française du texte de loi

[2L’Insomniaque éditeur, 560 p. • 14 x 21 • ISBN 2-915694-14-1 • 16 € • Mars 2006

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