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IT’S A FREE WORLD !

Un film de Ken Loach, scénario de Paul Laverty, avec Kierston Wareing.

mardi 22 janvier 2008, par Laure Dupau

Un samedi soir, au guichet de l’ABC, séance de 20h. Beaucoup de monde dans la file d’attente, mais, bizarrement, au guichet aucune voix ne demande de place pour « It’s a free world ! ».
En fait, le film que tous ces gens sont venus voir c’est « le dernier Ken Loach, s’il vous plaît ».
Pas de doute, Ken Loach, consacré par la palme d’or au dernier festival de Cannes, est (devenu) un très grand réalisateur. La preuve ? Peu importe le titre, on vient voir ses films parce que c’est LUI qui les fait, et cela suffit à être un gage de qualité.
Avec son dernier opus, lauréat du Prix du scénario lors de la 64e Mostra de Venise, le réalisateur britannique nous donne raison de lui faire confiance. A travers l’aventure professionnelle d’Angie, il nous livre ici le portrait sans concession, lucide, d’un monde du travail libéralisé, au cœur d’une Angleterre sans scrupule pour ses travailleurs immigrés.

Nouveaux héros des temps modernes


C’est un monde libre ! Voilà ce que nous aimerions pouvoir crier. Non pas libre mais libéralisé, un monde dans lequel se démène Angie, jeune mère fraîchement licenciée d’une agence de recrutement.
Fatiguée de travailler pour des patrons ingrats, elle décide de ne compter que sur elle-même pour s’en sortir et tenter de se faire, elle aussi, une place au soleil.

Mais c’est un soleil pâle qui brille au-dessus de l’Angleterre post-thatcherienne. Pour beaucoup d’ouvriers, surtout pour les immigrés, le travail, comme la vie, y est précaire. De petits boulots en petits boulots, chaque journée est un éternel recommencement, l’agence d’intérim un passage obligé.
En filmant Angie, qui va progressivement passer du statut de salariée à celui de boss, Ken Loach aborde un de ses sujets de prédilection : l’exploitation des travailleurs immigrés. Mais cette fois-ci, le réalisateur change d’angle de vue et braque sa caméra sur ces drôles d’énergumènes que sont...les patrons.

Angie, une « working girl » d’aujourd’hui


Au début du film, Angie travaille pour une agence de recrutement londonienne. Pour satisfaire les besoins de ces gloutons de sous-traitants, elle est envoyée là où la main d’œuvre foisonne, où elle est bon marché, et où les conditions de vie locales sont telles que les travailleurs sont prêts à laisser familles et diplômes au pays, à accepter n’importe quel petit boulot pour se rendre en Angleterre.

C’est donc en Europe de l’Est qu’Angie va faire son marché, et elle le fait bien. Jusqu’au jour, ou plutôt jusqu’au soir où, en buvant un verre avec ses collègues, elle repousse les avances de son supérieur (une main aux fesses, on a vu mieux comme technique de drague !).
Lors de son retour à Londres, on lui indique gentiment la porte de sortie, tout en la remerciant pour ses bons et loyaux services. Aidée par son amie Rose, elle prend alors en main son destin pour ne plus recevoir d’ordre de personne : dans l’arrière-cour d’un pub, elles montent leur propre agence de recrutement.

Au milieu de ce monde dominé par les hommes, le personnage d’Angie, magnifiquement interprété par Kierston Wareing, prend tout l’écran qu’elle illumine de sa chevelure blonde. Tout de noir vêtue, enfourchant sa moto, elle part à la conquête de ce monde libre, et ce n’est pas une mince affaire. S’imposer dans un univers où la concurrence fait rage demande du courage et de l’opiniâtreté.
Mais peu à peu, sans s’en rendre compte, Angie va changer, n’hésitant pas à recourir aux méthodes peu honorables de ses anciens patrons pour faire marcher sa propre entreprise.

D’un enfer à l’autre

La scène matinale de la répartition des travailleurs met en exergue le face à face entre deux mondes qui ne se comprennent plus. D’un côté Angie, bien droite dans son pantalon en cuir, figure sexy de l’individualisme. Face à elle se pressent des Chiliens, des Ukrainiens, des Polonais. Peut importe la nationalité, pour tous ceux qui attendent l’horizon n’est pas bleu mais vert ou blanc. Selon leurs qualifications, Angie les répartit mécaniquement : « toi, camionnette verte ! », « toi, le maçon, camionnette blanche ». La violence et l’assurance avec laquelle elle s’adresse à tous ces ouvriers enveloppe la scène d’une certaine tension. Les retardataires sont gracieusement reçus par des « dégage ! ». Ce que représente cette femme fait taire toutes les voix, baisser tous les regards. Elle a ce qu’ils veulent tous : du travail. S’ils ne sont pas contents, peu importe, d’autres viendront répondre à l’appel le lendemain matin.
L’affiche du film est tirée de cette scène. Au centre on peut voir le visage lumineux d’Angie. Au premier plan, l’image floue de bras levés.

Une femme face à des hommes, l’affirmation de la puissance de l’individu contre la fragilité de la masse des exécutants...
Autant d’oppositions qui font la force de ce plan et expriment une seule idée, celle du fossé qui se creuse irrémédiablement entre ceux qui possèdent les camionnettes et ceux qui doivent se serrer à l’intérieur.
Angie est une jeune femme en phase avec son temps : travailler plus pour gagner plus, elle connaît, et elle pratique. Mais à quel prix ? Finalement battue par des ouvriers désespérés de ne pas avoir été payés, la déformation de son visage, marqué par les coups, illustre la déformation de ses propres valeurs.

Sans effet de caméra, avec une prise de vue juste et « réaliste », Ken Loach, toujours convaincant et percutant, nous révèle la perversité d’un système dominé par la quête effrénée du pouvoir et de l’argent, obéissant à la logique implacable selon laquelle quand on y a goûté on en veut encore et toujours plus. Angie n’est pas l’archétype du « méchant patron capitaliste ». Elle aussi est une victime, prisonnière dans ce « free world » des exigences de rapidité, d’efficacité et de rentabilité, caractéristiques du libéralisme.

De l’enfer des exploités à celui des exploiteurs, à travers le parcours d’une femme ordinaire et touchante, Ken Loach nous tend le miroir de notre société actuelle, nous prête son œil averti de cinéaste pour nous montrer ce que nous ne voyons pas, ou ne voulons pas voir, et qui est pourtant notre quotidien.

Messages

  • J’avais vu le film... il vient de m’émouvoir !

    La distance nécessaire à une analyse véritable de ce film, Laure DUPAU sait la faire prendre au lecteur.

    Le réalisme de cette histoire nous renvoie tellement au quotidien que la vérité sous-jacente pourrait nous échapper : sous ses habits de slogan de liberté le très actuel "travailler plus pour gagner plus", ce n’est qu’une vieille et piètre incantation au libéralisme !

    Félix 32

    • Ce film est nullissime : de pauvres immigrés polonais se font arnaquer par des employeurs anglais sans foi ni loi : et alors est-ce nouveau ? De tous temps, les immigrés ont été exploités, essorés et jetés à la vindicte populaire.

      L’histoire n’a ni queue ni tête, le déroulement anachronique, confus et simpliste.

      Le problème c’est que Loach n’a plus aucune idée, aucune imagination, aucune inspiration à faire passer : même les dialogues sont minimalistes et pauvres.

      Le jeu d’acteur de Kierston Wareing est médiocre limite amateur loué à la séance.

      Note finale : 1/10

    • Cher lecteur,

      A la lecture de votre post j’ai cru comprendre que vous n’aviez pas, mais alors pas du tout, aimé ce film, ce qui est tout à fait votre droit, droit que je respecte. Ce qui est merveilleux avec les œuvres d’art c’est qu’elles suscitent le débat, je me permets donc de vous répondre. Je ne comprends pas vraiment l’argument selon lequel puisqu’un fait existe « depuis toujours » alors ce n’est pas la peine d’en parler : selon moi le silence vaut pour consentement. Ne plus parler de situations révoltantes c’est, d’une certaine façon, ne plus contester leur existence.

      Au contraire, je trouve plutôt courageux, d’un point de vue artistique, d’essayer à chaque fois d’apporter un nouvel éclairage sur des thèmes assez similaires (exploitation des immigrés, conditions de travail dans l’ère capitaliste …) au risque d’ennuyer le spectateur qui, de nos jours en effet, est sans cesse en quête de nouveau, société de consommation oblige. Tout cela il me semble que Ken Loach le fait, et le fait bien, justement parce qu’il a (encore) des idé-aux.

      Pour en parler plus longuement, vous avez mon adresse…

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