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TÉLÉPOLIS

Du réalisateur Esteban Sapir, avec Alejandro Urdapilleta, Valeria Bertucceli

vendredi 15 février 2008, par Laure Dupau

Dans le hall de l’Utopia, je fouille le fond de mes poches pour la séance de 15h40.
Une dame, apparemment habituée du lieu, passe la tête à la porte du cinéma et demande à qui veut l’entendre : « Qu’est ce qu’il y a à l’affiche à cette heure-ci ? Télépolis ? C’est quoi ? »
Et la gentille ouvreuse de lui répondre : « entre Métropolis et 1984 ».
Ma foi, le programme est alléchant, et la comparaison judicieuse. Ce premier film du réalisateur argentin Esteban Sapir, véritable conte poético-politique, renoue avec les premières formes du cinéma pour aborder le sujet, ô combien actuel, de la (non) communication dans nos sociétés où l’audiovisuel est roi.
Une première réalisation réussie qui dénonce le fourvoiement des médias et leur tendance accrue à flirter avec les hautes sphères du pouvoir.

Mr. Télé au pouvoir

« Il était une fois une ville sans voix ».
Dès les premiers mots, le spectateur pénètre dans l’atmosphère à la fois douce et étrange de ce joli conte qu’est Télépolis.
Dans cette « ville sans voix » règne un mutisme inquiétant, imposé par le joug totalitaire de Mr. Télé.
Maître absolu des ondes, son pouvoir s’insinue peu à peu dans la vie des habitants téléphages, se nourrissant exclusivement d’« aliments TV ».
Comme tous les fous puissants, Mr Télé n’a qu’une idée : étendre encore et toujours plus son emprise sur la population.
Pour cela, pas besoin de l’arme atomique, ou d’un arsenal militaire à faire frémir Georges. W.
Ce dictateur cathodique possède la plus jolie des armes, La Voix, la seule, l’unique ».
Femme sans visage au corps de rêve, son chant envoûtant est le seul à émaner des postes de télévision.
Malheureusement La Voix, comme tous ceux qui vivent là, est en danger. Le secret qu’elle protège est peut-être leur dernière lueur d’espoir.
Mais que serait un conte avec un vrai méchant, sans héros ?
À l’image des « résistants » de Métropolis ou 1984, Ana et son papa, réparateur de télévisions de son état, vont tenter de préserver le tout dernier petit rempart de liberté qu’ils possèdent : leurs mots.

Entre rêve et cauchemar

Une ville sous la neige, une petite fille qui s’envole accrochée à un homme-ballon, des larmes qui se cueillent comme des perles...l’onirisme est le fil conducteur de ce film.
Esteban Sapir, aussi directeur de la photographie, travaille chaque plan en esthète, le noir et blanc lui permettant de jouer habilement avec la lumière pour créer tour à tour une atmosphère aussi bien ouatée qu’angoissante.
Certains critiques ont utilisé une autre comparaison pour décrire Télépolis, le situant à mi-chemin entre le cinéma de Méliès et celui de David Lynch.
Les références au Voyage dans la lune de Méliès sont en effet très présentes, avec ces décors en carton-pâte et, surtout le fameux visage lunaire.
Si les emprunts à l’œuvre de Lynch sont moins visibles, c’est surtout par l’impression de malaise qui ressort de certaines scènes que le spectateur les perçoit (je pense notamment à sa dernière réalisation, Inland Empire).

Derrière la beauté des images, il y a la force du message philosophique et politique d’Esteban Sapir.
Il est évident que pour lui la télévision est le nouvel « opium du peuple ».
Il suffit de voir les habitants de Télépolis agglutinés devant les écrans, le soir du match de boxe, mangeant des « aliments TV », pour se rendre compte de l’actualité de la formule de Juvénal : quoi de mieux que du « pain et des jeux » pour endormir les citoyens ?

Comme support à un tel propos, le choix du conte, dont la portée se veut universelle et intemporelle, s’avère efficace.
On peut cependant regretter des références trop explicites à l’histoire récente (comme le régime nazi ou la dictature stalinienne) : elles nuisent légèrement à la force évocatrice du genre, garantie par l’imprécision spatiale et temporelle.

De l’hommage à la création

Entre Métropolis et 1984 pour le fond, entre Méliès et Lynch pour la forme, on le voit, Télépolis a du mal à se départir des analogies. Mais le réalisateur argentin sait manier toutes ces références pour proposer une création originale.
Mention spéciale à la musique de Leo Sujatovich qui porte le film du début à la fin...

Une des plus belles trouvailles d’Esteban Sapir est d’utiliser les ressorts du film muet pour aborder le thème de la communication. De ce point de vue, le titre original La Antena (L’Antenne), est plus évocateur, car c’est bien le problème de la transmission qui est omniprésent : des émissions sont diffusées toute la journée mais n’ont rien à transmettre en termes d’informations ou de sens, et les habitants muets ne communiquent presque plus entre eux. Télépolis n’est pas qu’une simple dénonciation de la collusion entre les médias et le pouvoir - toutes ressemblances avec un certain Nicolas S. et ses amis industriels, propriétaires de journaux et autres chaînes de télévision, n’est pas à imputer au réalisateur. C’est surtout une invitation à lutter pour conserver une de nos libertés fondamentales qu’est la liberté d’expression, à préserver un indispensable pluralisme des voix, garant de l’intégrité politique et de la richesse culturelle.

Messages

  • Merci laure, vous mettez des mots sur mon ressenti à l’égard de ce film ! Cathy Ducédéi

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