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J'AI TESTÉ POUR VOUS : LE SAUT EN PARACHUTE, LA PEUR AU VENTREJ’AI TESTÉ POUR VOUS : LE SAUT EN PARACHUTE, LA PEUR AU VENTRE

mardi 22 avril 2008, par Gaëlle Sartre Doublet

C’est venu bêtement : lors d’un Noël, ou d’un anniversaire - je ne sais plus - mon frère, parachutiste, m’avait offert un saut en tandem.
Pour le remercier de me faire partager sa passion, ni une ni deux : de trouille, viscérale, instinctive, presque bestiale, j’ai fondu en larmes.
Moi, sauter dans le vide ? Jamais !
Les mois ont passé. Je ne sais plus ce que j’ai fait de son "bon pour la mort", vraisemblablement égaré non loin d’une poubelle.
Puis vint une interview. Pour Vox. Celle d’un parachutiste "humanitaire" qui souhaitait construire quinze écoles au Pakistan, dont la première serait une école de filles.
L’homme avait une fatwa sur le dos et me proposait à son tour - décidément, une malédiction - de m’offrir un saut en tandem...

Etape 1 : l’envisager

Là, je sortais clairement du cadre familial : pas sûr que mes pleurs parviennent à convaincre mon interlocuteur de mon équilibre mental. Une seule certitude : ma volonté farouche de NE PAS SAUTER DANS LE VIDE.
J’ai donc ri, version "quelle bonne blague !" et lui ai transmis avec les formes une information capitale : INUTILE D’INSISTER.

Ô rage, Ô désespoir, le fâcheux sieur eut l’indécence de passer outre mon blocage existentiel et me demanda alors, le plus naturellement du monde : "pourquoi pas ?"

En voilà une question ! Parce que je suis terrorisée, que je fais partie des rampants et non des volants, que j’ai une empathie fusionnelle pour le plancher des vaches, que j’ai peur de tout ce qui vole, des manèges, des insectes ailés, que je n’ai pas envie d’avoir la bouche déformée par 220 Kms/heure de vent en pleine tête, les oreilles qui sifflent, un parachute qui s’ouvre seulement si affinités, un bonhomme accroché à mon dos comme une moule à son rocher, enfin bref, tout ça...

Mais ça, en tant que représentante de Vox et vis-à-vis d’un type qui a fait le Pôle Nord, le Pôle Sud et autres fantaisies, qui a risqué sa vie pour des opérations humanitaires, comment le défendre ?

Très simple : j’ai fermé mon clapet et j’ai dit oui.

Etape 2 : l’assumer

A partir de là, revenir en arrière devient plus que complexe.
On a son orgueil tout de même, ce qui n’empêche pas qu’une foule de questions vous assaille : "Et si on percute un oiseau ?", "Et si je tombe dans les pommes ?", "Et si je vomis ?", "Et si je ne maîtrise pas mes intestins ?"
Avec un pro du parachutisme comme pour la représentation du journal, ça ferait classe...
Les jours passent, les mauvais rêves aussi.
Un matin, le verdict tombe : "on saute samedi" ose l’impétrant.

Là, c’est le regard rivé sur la météo que l’on entame la danse de la pluie. On se découvre une soudaine affinité pour les cultes paganiques, on serait prêt à enterrer un cou de poulet dans le sable avec une carte Kabbalistique pour qu’une tornade soit au rendez-vous ; en fait, clairement, on ferait n’importe quoi, y compris se casser une jambe, POUR NE PAS SAUTER.

Pas de bol : les rites ancestraux n’ont pas porté leurs fruits. Il fera beau samedi. Que faire ?

Etape 3 : se conditionner

C’est l’heure de ranger vos kleenex : vous êtes piégé.
D’ailleurs, ça tombe bien, dans le jargon des "paras", un parachute s’appelle un "piège". Il est taillé sur mesure pour vous. Estimez-vous heureux : ces pros n’ont pas encore appelé ça un linceul...
De toute façon, puisqu’on en parle et à ce niveau, il faut relativiser : vous ne risquez au pire que la mort. C’est le moment de faire appel à vos cours de philo pour vous persuader que votre finitude n’est rien : tant que vous êtes en vie, elle n’est pas ; une fois défunt, c’est vous qui n’y serez plus.
Finalement, rien de plus simple...

On passe aux travaux pratiques : les "pros" vous "coatchent" avant le saut. Laissez tomber toute personnalité : si vous voulez survivre, les consignes sont d’une simplicité enfantine.
A la sortie de l’avion, vous devez replier les jambes sous la carlingue entre celles de votre instructeur, vous cambrer au maximum et pencher la tête en arrière. A l’atterrissage, levez les jambes en équerre devant vous : ce n’est pas vous qui vous posez, mais le type dans votre dos dont votre vie dépend.
Dans tous les cas, une seule règle : surtout, surtout, laissez votre cerveau au vestiaire. Ce dernier point n’est pas mentionné dans la préparation initiale, mais c’est un conseil d’initiée que je vous donne...

Etape 4 : rejoindre votre "zone"

Vous arrivez sur un aérodrome paumé dans le Gers. Ambiance familiale et buvette. Tout le monde se tutoie. On vous propose un café et, vous qui en sirotez quotidiennement 20 par jour, réalisez que ce n’est peut-être pas le moment opportun de succomber à votre vice.
Vous réclamez de l’eau pour cause de gorge sèche, qu’on vous sert aimablement.
D’un côté la bouteille, de l’autre le verre : vous en fichez partout. Honteux, vous demandez une éponge pour effacer la preuve de votre stress.
Malgré le froid, vous lorgnez toujours fixement l’éponge, envieux, tant vous avez le sentiment d’être au Sahel et de vous déshydrater.
Les gens autour de vous ont étrangement une apparence normale. Ils parlent de leur vie quotidienne, de technique, ressemblent peu ou prou à des moniteurs de ski, plient leur matériel. De la buvette, vous voyez la piste d’atterrissage et des quidams qui, radieux, poussent des cris de victoire, les yeux remplis de bonheur.
Vous savez déjà que vous n’en ferez pas partie.

Un coucou qui doit dater des années 50 et tient dans un mouchoir de poche se pose devant vous. Vous n’osez croire que c’est votre avion : vous avez tort.
Porte latérale droite ouverte, plein vent, vue sur la terre et pas de sièges pour s’asseoir. De la place pour trois à même le sol à condition d’en tuer un (ça tombait bien, nous n’étions que deux) et le pilote.
Raphaël. C’est le seul de l’équipe dont j’ai retenu le prénom.
Il faut dire qu’il a réussi l’inénarrable exploit de diriger cette chose...

La piste ? De l’herbe. Avant même de mourir en vol, vous êtes en train de prendre le risque de vous ramasser au décollage.
Au point où nous en sommes, ce serait trop bête...

Le coucou, péniblement, s’arrache de la planète Terre. Trous d’air : la météo est en train de virer, mais pas assez pour faire demi-tour. Dommage.

25 minutes de vol, le vent en pleine poire, le froid qui s’incruste en vous malgré la combinaison fournie par le club.
Vous vous concentrez sur le linau bleu de l’appareil pour ne pas regarder le vide.
Raphaël, dans son rétro, s’en aperçoit, me tape sur le genou pour me ramener à la réalité, me fait un clin d’œil et érige son pouce : "great !". J’hésite entre un franc sourire de reconnaissance et le désir irrépressible de lui casser la gueule : grâce à lui, je viens de retourner au vide et au froid.
Je finis par croire que c’est calculé : je suis tellement gelée que ça va être un vrai bonheur que celui de sauter.

Etape 5 : sauter


Inutile de rêver : malgré votre instructeur et le pilote, vous êtes désormais seul au monde... et bientôt directement face au vide.
Au sol, on vous avait déjà harnaché : ce n’était rien en comparaison de ce qui vous attend dans l’avion. Quatre points d’ancrage vous relient, à la vie à la mort, au professionnel qui est derrière vous.
Vous portez des lunettes ? On vous affuble d’une drôle de protection en plastique serrée à vous faire exploser la tête pour résister à la pression. Point positif ? Vous ne risquez pas de les perdre.

Bon, cette fois-ci, ce n’est pas franchement qu’on vous presse, mais il faut y aller... "dans trente secondes environ".

C’est cool, ça vous laisse de la marge pour revoir votre vie défiler en cinématoscope et vous demander ce que vous foutez là.
Position. Jambes dans le vide, à 3000 mètres. De toute façon, vous êtes frigorifié et vous finissez par préférer la descente aux enfers que ce congélateur : votre heure n’a pas encore sonné pour jouer les hibernatus.

La dernière répétition se met en place : jambes sous l’avion entre celles de votre instructeur, tête en arrière et cerveau au vestiaire. Pas le moment de faire du zèle, malgré l’auban qui se situe à un mètre à peine de votre tête.
Il est trop tard pour reculer.

Comme un oiseau


Et là...
Trois fois rien : juste un coup de rein que vous n’avez pas donné. Surtout ne pas se retenir, lâcher prise : vous n’y pouvez de toute façon plus rien, vous êtes en chute libre. Maintenez les jambes relevées, stabilisez les bras, ne pensez à rien d’autre qu’à ça, au risque d’admettre que vous êtes en train de faire votre première tentative de suicide avec l’aide d’un professionnel.
Vent, froid, souffle, oreilles qui sifflent et vertige.

Brutalement, le parachute s’ouvre : vous avez l’impression de remonter, mais contrairement à ce qu’obstinément votre corps vous indique, c’est une illusion.
Sacrée décharge néanmoins : de 220 Kms/h, vous passez à une vitesse qui vous donne le sentiment de pouvoir cueillir les nuages.

Vos yeux, jusque-là embués, s’ouvrent totalement, votre cœur décélère, vous commencez à réaliser que l’instructeur derrière vous n’est pas qu’un sac à dos.
Pour un peu et en forme, vous parviendriez presque à répondre civilement aux phrases qu’il formule : "Pince-toi le nez et souffle".

Franchement, je n’ai rien contre mon instructeur, mais à ce stade de notre saut, sa réflexion me paraît incongrue : n’entend-il pas comme moi cet absolu silence, ne regarde-t-il pas comme moi la beauté du paysage qui s’offre à nous, ne sent-il pas que nous volons en parfaite harmonie, ne voit-il pas le clocher qui émerge du ciel ?

Ô temps, suspends ton vol...
Ce vers de Lamartine me paraît parfaitement approprié au moment. Je flotte. Je ne sens plus le froid, ni la chute. Juste ce sentiment incroyable d’être dans un autre espace-temps, comme à l’arrêt : peut-être est-ce ce que l’on nomme l’éternité.

Votre bien-être ne dure pas : maintenant, vous voyez le sol se rapprocher à toute vitesse de vos pieds. L’atterrissage est imminent.
Vous vous concentrez de nouveau sur vos jambes.
Réception pas franchement en douceur et dans mon cas, mauvais réflexe : j’ai la bonne idée, à la dernière minute, de replier mes jambes sous mes fesses. Gamelle assurée et un retour à la terre ferme qui relève davantage du vrac que de la figure de style.

Je m’ausculte : posée, vivante, entière ! Extraordinaire nouvelle qui va me plonger dans un autisme total durant presque 3 heures, groggy, sonnée, indifférente au reste de l’univers.
J’en oublie de dire au revoir à ceux qui m’ont accueillie, je zappe littéralement mon instructeur qui veut savoir ce que j’ai ressenti : "C’est fait" bafouille-je tout juste, sans même songer une seconde à le remercier.

Je réalise à cet instant que nous n’avons pas croisé d’oiseaux : ça tombait bien, j’en avais peur aussi...


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