Warning: file_get_contents(/proc/loadavg) [function.file-get-contents]: failed to open stream: Permission denied in /home/www/voxpopuli/www/config/ecran_securite.php on line 317
L'IRAK, UN AN APRÈS - vox-populi.net

Accueil > Rive droite, rive gauche > L’IRAK, UN AN APRÈS

L’IRAK, UN AN APRÈS

mardi 13 avril 2004, par Jean Christophe Grellety

Il y a bien longtemps que l’Irak n’est plus la Mésopotamie ni la terre fertile qui a dressé Babylone et ses temples pornocrates, riches de prostituées sacrées, face au Ciel. Le monothéisme du Prophète avait depuis longtemps déjà annexé ses tribus à « l’unité islamique », lorsqu’un Tyran, caricatural, écrasa d’une main de fer la diversité irakienne, jusqu’au sacrifice.

La Toute-Puissance contestée

« L’idolâtrie Saddam » était religion d’Etat, absurdement qualifiée de « laïque » par des régimes occidentaux qui aimaient faire des affaires avec l’enfant de Tikrit. Et puis Saddam ne sût contenir l’hubris qui le portait depuis le début. « Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort » aurait pu être la devise de celui qui s’aimait lui-même plus que tout. « La guerre du Golfe » l’avait conduit à franchir la ligne rouge.
Malgré le délai ocroyé pour quitter le Koweït, le Raïs crut que ces menaces étaient égales aux siennes, sorte de rodomontades. En quelques jours, les divisions irakiennes furent laminées, renvoyées à leurs chères études. Mais les armées rassemblées sous la férule américaine ne reçurent pas l’ordre d’aller jusqu’à Bagdad pour chercher le fautif. Les années passèrent, les résolutions du conseil de sécurité furent régulièrement votées, mettant en faute l’Irak...
Dès lors advint Georges W. Bush. le fils à papa victorieux de l’élection présidentielle. Pourtant, il aurait dû perdre : parce que des électeurs n’avaient pas su voter, parce que des machines vermoulues les trahirent, parce que la Cour Suprême était occupée par des amis du Texan, parce qu’Al Gore se défendit comme un pied. Beaucoup en rirent et moquèrent le feuilleton.

Business : quel prix aux morts ?

Georges W. Bush était sans aucun doute convaincu, avant même son élection, de la nécessité de s’attaquer à l’Irak de Saddam. En tout cas, ses faucons le pensaient pour lui. Et c’est ce qu’il fit. Les « ADM », en fait armes de destruction massive, menaçaient la région. Tout le monde savait, à commencer par les Irakiens, que Saddam était fou, et donc il était dangereux d’attendre qu’il devienne un fou-dangereux. « Folie que la raison » disait Pascal. Le corps des pacifistes internationaux partit en guerre contre le Président américain, contre la guerre, avec le soutien de Jacques Chirac, puisque dixit celui-ci :
« la guerre est toujours la plus mauvaise des solutions, en tout cas la dernière ».
En 2003, chacun savait qu’il existait des terroristes, des groupes terroristes, des Etats qui les finançaient, des régimes dangereux, mais les pays capitalistes étaient convertis à la « paix perpétuelle » de Kant. Le business n’aime pas les bruits de bottes et des bombes, sauf s’il en est le marchand.
Les « vilains » étaient dénoncés aux tribunes. Après le 11 Septembre 2001, le Président Français avait manifesté sa compassion et son soutien aux Etats-Unis. Mais lorsqu’il devint nécessaire de « prendre le taureau par les cornes », d’affronter DANS LA REALITE les menaces, les bateleurs de foire disparurent, préférant laisser le boulot à qui le voudrait bien. Les Américains, atteints dans leur chair et dans leur âme, acceptèrent ce boulot. Ils avaient tort. Ils auraient dû apprendre, depuis des décennies, l’art d’être machiavéliques. Voulaient-ils mettre en cause Saddam et le faire disparaître ? Pourquoi alors s’adresser à l’opinion et à la raison internationale, à l’occasion d’assemblées extraordinaires de l’ONU ? Pourquoi ne pas avoir organisé des attaques de l’Arabie Saoudite par de faux soldats irakiens - à l’instar de la tactique Hiltlérienne vis-à-vis des Sudètes ? Pourquoi ne pas avoir proposé un ultimatum international à l’Irak pour exiger le départ du dictateur ?(1) Pourquoi ne pas placer les pays arabes, à commencer par la fautive Arabie Saoudite (la majorité du commando du 11/09 provenait du royaume), devant leurs obligations ? Qui sait si une pression internationale n’aurait pas fini par faire craquer le Raïs ?
Les Américains, quant à eux, furent francs : « Nous pensons que l’Irak est un pays dangereux, qu’il détient des armes dangereuses, qu’il faut faire cesser cela, et nous pouvons comme nous voulons le faire ». WE WANT TO DO THIS JOB. Even if it’s crazy ? - Even. Machiavel aurait laissé ces basses besognes à d’autres...
Il n’en demeure pas moins que nos amis yankees, supposés si “manipulateurs », auraient visiblement dû bénéficier de leçons en matière de communication. Car « la guerre » ne fut pas, de New-York à Paris, de Moscou à Pékin, de Tokyo à Amman, populaire. Le premier échec est là...

Gagner une bataille - et la guerre ?

Il y a un an, une guerre d’Irak que nos commentateurs et autres experts nous annonçaient longue et pénible (des incultes comparant, in situ, Bagdad à Stalingrad, emportés sans doute par la rime, mais totalement oublieux des différences de condition), dura trois semaines. Le régime tombait. Bagdad ne résistait pas. Saddam était en fuite. Pour quelques mois, ses fils, qui avaient osé demeurer en Irak, furent retrouvés et abattus. Les divisions irakiennes s’effondrèrent, pour la plupart volatilisées devant la puissance de feu américaine. Des centaines de milliers de soldats troquèrent en un instant l’habit militaire pour l’habit civil.
Et que firent les vainqueurs ? Après un fantomatique Général Jay Garner, la Maison Blanche décida de remettre les clés de la reconstruction à Paul Bremer, « administrateur civil », aux multiples tâches. L’homme providentiel ne sut l’être, et ses choix furent souvent des contre-sens : disparition d’un trait de plume des corps militaires irakiens hérités de Saddam, lors qu’il eût mieux valu disposer, au sein de casernes désarmées, des centaines de milliers de soldats disponibles.
De même, les voies de circulation ne furent pas assez sécurisées. Les entrées de Bagdad manquèrent cruellement de check-points massifs, par lesquels les soldats américains auraient pu contrôler les entrées, prendre des photographies des entrants, organiser le fichage de la population, notamment masculine (pourtant bientôt nécessaire pour la tenue des élections promises). Les ennemis d’hier se baladaient dès lors en toute tranquillité. L’Irak devint un vrai-faux Far-West. Est-il si surprenant que, dans ces conditions, un an après, les insurgés sunnites et les chiites extrémistes aient mis à profit l’anniversaire pour s’attaquer à la coalition ? Car ils en ont les moyens. Les frontières naturelles de l’Irak font de ce territoire une véritable passoire. Des pays voisins sont ouvertement hostiles à l’occupation américaine, comme la Syrie et l’Iran qui jouent un double jeu ostensible. D’autres pays sont travaillés par l’islamisme fondamentaliste, que ce soit la Jordanie, l’Arabie Saoudite, le Yemen. Pour ces anti-américains par essence, l’Irak est devenu un vrai terrain de jeu, puisque les soldats occidentaux ne sont pas assez nombreux pour faire face à toutes les tâches de contrôle, de surveillance et de coercition des individus hostiles.

And now, ladies and gentlemens ?

Les vainqueurs ont décidé et voulu une victoire et une occupation au rabais. Les experts militaires américains et occidentaux estiment que les conditions de l’Irak exigent une armée d’occupation comprise entre 350.000 et 500.000 hommes, trois fois au minimum le nombre d’hommes envoyés et commandés par le Pentagone. Malgré tout, les difficultés actuelles sont limitées et concentrées. L’avantage, dans cette situation, est que l’ennemi, sunnite ou chiite, se dévoile. Il se fragilise ainsi. Ces difficultés sont l’œuvre d’une minorité, fanatique ou desoeuvrée. Mais cette minorité ne peut être laissée à sa liberté d’action, car elle ne peut que rechercher le pire. Les soldats de la coalition vont donc être obligés dans les prochaines semaines d’organiser un véritable triage de la population. A défaut de quoi les attaques continueront et s’amplifieront, avec l’aide des recrues étrangères, si les officiers supérieurs de l’armée américaine n’exigent pas des moyens supplémentaires, nécessaires et suffisants. La remise des clés du pouvoir aux Irakiens du Conseil du Gouvernement Irakien se fera sans doute le 30 Juin, mais cette autorité ne pourra s’installer et se développer sans une « administration » de terrain. Il faut donc que les moyens financiers requis leur soient remis. Georges W.Bush a demandé et obtenu 90 milliards de dollars - qu’il faut maintenant sortir des poches...

Jean-Christophe Grellety

(1) l’auteur tient à préciser qu’il est...ironique. Si, si...

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.