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L3221 : LE CRIME DE L'ART - vox-populi.net

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L3221 : LE CRIME DE L’ART

jeudi 20 mai 2004, par David Sartre-Doublet

- L3221 est un texte de loi de 1996 dénonçant comme criminel tout individu exerçant l’art pictural de rue. Pour ce "délit", ce dernier se voit passible de 2 ans de prison et d’une amende qui peut varier de 25 000 francs (soit + ou - 3800 euros) à 200 000 francs (soit + ou - 30500 euros). L’excessivité de ce texte semble d’autant moins contestable que L3221 n’établit aucune distinction entre phénomène artistique et simple vandalisme.

Home sweet home

Il est vrai que lorsque le citoyen lambda, qui vient de s’acheter son petit pavillon de banlieue afin d’abriter les siens au prix d’un crédit sur 20 ans, se lève par un beau matin de printemps pour contempler la nature renaissante d’un air satisfait sous l’oeil admiratif de son chien et, s’en retournant siroter son café concocté par sa charmante épouse avec l’implacable exactitude d’un sucre 1/4, découvre sa façade, le rempart de sa vie, souillée, saccagée par de grandes lettres posées là avec disgrâce, il est vrai qu’il y a de quoi prendre la mouche.
Quand de surcroît le message barbouillé lui signale nonchalamment que : "PUNK IS NOT DEAD" avec un énorme "A" cerclé de noir comme marque de fabrique, il est incontestable que cela doit effectivement lui faire regretter cette époque bénie où l’on pouvait infliger moultes tortures aux "sauvageons" sur la place publique, avant leur mise à mort. Vu de loin, la loi L3221 semble en parallèle constituer un ersatz bien laxiste, incapable de réparer son traumatisme...

Expression libre et vandalisme

Néanmoins, rappelons quand même que ce genre d’actes n’a rien à voir avec l’art de rue et que cette loi fait un amalgame désastreux entre le vandalisme et l’expression libre...
La différence est parfois très ténue mais Ô combien importante. Car cet art recèle bon nombre de talents qui travaillent, au sens propre et noble du terme, dans la vision d’une réelle recherche esthétique. Sans la rue, aucun d’entre eux n’aurait jamais pu sortir du lot et s’élever sur la scène mondiale. En fait, non seulement cette loi ne satisfait personne, mais elle ne résout absolument pas le problème du vandalisme : depuis la validation de ce texte législatif, on a pu constater une montée en puissance de murs saccagés par des messages manquant cruellement de substance...
Pourquoi ?

Temps et travail : des paramètres incompatibles ?

La seule explication viable est que celui qui aurait pu faire une fresque potentiellement visible et appréciée est désormais contraint de peindre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Faut-il le préciser, cet état de fait réduit considérablement le temps qu’il lui aurait été imparti pour l’exécution de son oeuvre et, dans un élan de frustration, sans grand discernement ni recul, le susmentionné se contente dès lors de nous pondre la plus simple expression de son talent : son nom par exemple, ou celui de son groupe avec numéro de matricule et parfois même, cerise sur le gâteau, un élégant "Fuck la police" pour assaisonner le tout.
Outre le fait que ce genre de signe revendicatif n’a aucun impact sur le système qu’il est censé dénoncer, il est clair que cette pollution visuelle dérange par sa fréquence l’homme de la rue. Du coup, celui-ci se retrouve "naturellement" du côté de la loi et non de celui du "vandale".

Drôles d’oiseaux

Pourtant, impossible de perdre de vue que même le "sauvageon", en d’autres circonstances, aurait pu exprimer une note de gaieté sur les murs aveugles de nos villes.
De plus, l’amende ne suffit absolument pas à payer le nettoyage de tous les murs saccagés, car réussir à attraper ce genre de volatile est plus que délicat, quand on sait qu’il ne faut que quelques secondes à l’oiseau pour chier sur la République. Comme seule solution au problème, nous ne pouvons que nous résigner à nous voir ponctionner une fois de plus via nos impôts. De surcroît, cette loi donne désormais le droit à tout un chacun d’endosser le képi du gendarme, ce qui a pour seul et unique effet de monter certains citoyens contre d’autres. Enfin, L3221 a révélé avec le temps sa totale inefficacité pour résorber les messages à caractère propagandiste, tout comme les crimes visuels organisés.
Les dommages collatéraux de cette loi sont donc multiples.

L’art au quotidien

Ne serait-il pas envisageable de trouver un terrain d’entente en indiquant les surfaces où il serait permis de peindre à loisir comme les bus, les couloirs de métro, les RER, les trains de banlieue et pourquoi pas les murs aveugles, les cours scolaires, enfin toutes ces surfaces sans âme qui bordent notre quotidien ?
Rien à mon sens ne peut justifier que cet art de rue ne trouve pas sa place dans la rue, comme en témoignent les exemples réussis des Pays Bas à Amsterdam - où dès la sortie de la gare, on assiste au chassé-croisé de bus devenus de véritables fresques ambulantes - ou d’Accapulco au Mexique, qui a harmonieusement intégré les artistes de rue à la politique de la ville. Pour tous, il serait plus agréable à l’oeil de voir un peu de changement au sein d’un univers figé dans sa propre systémique et visuellement pollué de bien d’autres phénomènes (les panneaux publicitaires, par exemple).
Non, rien n’empêche la tranquillité des uns de cohabiter avec la liberté des autres. Il suffirait juste aux pouvoirs publics de donner un canal d’expression à cette forme de créativité pour endiguer l’hémorragie et permettre que le gâchi de peinture se résorbe de façon significative.

Vivre ensemble

Ne faisons cependant pas dans l’angélisme : il est certain que l’individu qui veut détruire pour le simple plaisir de braver les interdits détruira quoi que l’on fasse. Mais gardons à l’esprit qu’il n’existe qu’une poignée de nihilistes, vivant dans l’innocence même de savoir quelle pourrait être leur place. Pour la majorité des graffeurs, cette initiative permettrait d’une part de pouvoir faire plus largement sortir de l’ombre cet élan novateur et d’autre part, la plus importante sans doute au regard de l’intègre citoyen, d’éviter à celui-ci le désagrément de voir son bien bafoué, piétiné, comme pris en otage.
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cet art est un art à part entière, qui possède sa propre culture, son langage, sa musique et ses codes. Il a pris ses racines au milieu de la rue au début de la culture Hip Hop peu avant les années 70, ce qui signifie que rien n’étouffera ce mouvement vieux de plus de 30 ans, aujourd’hui en pleine expansion, comme en témoignent les comptoirs des fournisseurs officiels en bombes de peinture, pris d’assaut tous les vendredi à 16h.
Dans une société où nous sommes tous condamnés à vivre ensemble, il serait sans doute opportun d’inscrire l’art de rue dans une perspective historique et d’insuffler le respect des belles choses à cette nouvelle génération qui n’a pour l’heure pas tout le recul ni la capacité de discernement des anciens. Car n’oublions pas que le respect que l’on a des autres prend racine dans le respect qu’ont les autres de soi et qu’une société ne se contrôle pas : elle se canalise.

Tout au long de cet article, j’ai pris soin de ne citer aucun nom afin d’éviter tout amalgame. Mais si "le Graff", l’art de rue, vous intéresse, et pour avoir une meilleure vision de ce qu’il est réellement, tapez simplement "Graff" ou le numéro de l’article de loi "L3221" dans un moteur de recherche.

Sur le code pénal, à lire un site instructif...

Messages

  • "Le crime de l’art".. ben voyons !!! rien que cela... en résumé le scandale des tags... faut-il continuer à encourager ce phénomène, encouragement lancé par nos chères têtes pensantes de gauche irresponsables (cf M Lang) et relayées par une partie du cléricalisme éducation nationale, encourageant le tag, par exemple, dans les cours de récréation ? Délinquance de rue, délinquance (déliquescence ?) d’état... ou plutôt clientélisme facile... Enfin sévir, oui sévir (roooh le fasciste !!!)par faute d’un laxisme organisé depuis trop longtemps, et faire -enfin- appliquer la loi. Je viens de refaire la façade d’un très joli immeuble classé, enduit traditionnel, à la chaux, environ 15000 euros à ma charge -j’attends encore les subventions étatiques promises-, une entreprise mobilisée, échafaudage, chantier en centre ville (!!!), organisation... puis 5 mn pour réaliser une infamie.. Qui parle de liberté ? Et qu’on ne me bassine pas avec l’expression des minorités opprimées de ce pays !!! Je leur propose, à ces minorités, de prendre le rouleau, ou la truelle et la taloche, pour comprendre le métier de peintre ou de maçon et leur noblesse qu’ils ne cessent de bafouer... récemment, un représentant de ces "artistes" s’est fait mettre à poil par des commerçants saturés de ces infamies... Ils ne sont pas allés jusqu’à exprimer leur art en matière de tatouage, heu pardon, "d’art de peau", dommage !
    L’insertion commence déjà par respecter le travail, soit-il celui de "simples " peintres ou maçons, pas forcément valorisés par nos "zyvas" ou autres "graffeurs" pseudos-intellos mais vrais "branlos" - pardonnez moi l’expression, mais la rime est jolie... Il fut un temps ou l’esprit de la gauche était la défense des classes ouvrières laborieuses... les temps ont bien changé.

    PS. ah oui, au fait, les comptoirs des magasins vendant des bombes de peintures.. autre scandale ! Comment se fait-il que cette diffusion ne soit pas "canalisée" comme vous le dites ?

  • trou du Cul ! a chier ton article le grafiti est maintenan considéré comme un nouvel art ! il y est meme dans les bouquin d’histoire de l’art !! c’est les flic qui comprennent rien il suivent des regles il peuvent pas pensé avoir des choix pllitique ou philosophique, la police c’est comme l’armée... donc kand le pigeon passe et chie sur ton mure au lieu de geulé comme un pov’ con, prend un pinceau et essaye de te mettre a la place des graffeur !!

    • L’équipe de Vox vous remercie de votre post, aussi remarquable sur la forme que sur le fond.
      Près de quatre ans après la diffusion de cet article, je souhaite que votre contribution nous permette enfin d’alimenter le débat.

      GSD
      Rédactrice en chef de Vox Populi.

  • Messieurs, ou mesdames,
    Je pense qu’il est fort réducteur de considérer le graffiti "esthétiquement" agréable à l’œil comme une forme "d’Art", et réduire le "tag"à une simple forme de vandalisme. Le graffiti est déjà institutionnalisé par le "cube blanc" (je vous laisse libre de vous conférer aux diverses expositions sur le sujet organisées par l’intelligentsia française ; au succès grandissant des "street artists" Banksy
    des jumeaux Brésiliens OS Gemeos, et des "produits dérivés" tirés des travaux de la parisienne Miss-tic). Nul besoin de vous remémorer qu’une bonne partie des "génies" reconnus l’ont été à posteriori, après avoir été mis au banc de la société de leur époque.
    Le street art, ou "vandalisme de rue" comme vous vous plaisez à l’appeler, monsieur, n’est que le reflet des mécanismes de la ville contemporaine : "si la ville est un espace qui est politiquement divisé (..) ceci sera également présent dans les manifestations langagières que cet espace supporte. Le langage étant un fait social, l’écriture elle-même a à voir avec la façon dont, matériellement, cet espace s’organise" (Orlandi). Je ne vous ferai pas l’affront de revenir sur la fracture des "banlieues de la République", qui ne désignent pas uniquement cet espace urbain mais bien une frange "enclavée" de la société. Les villes se rénovent, se repensent (tant mieux ?) mais ce n’est que pour mieux expulser les populations défavorisées des centres villes riches en infra-structures économiques et culturelles. Or, dans ce processus, les arts de la rue ont parfois malheureusement un rôle de catalyseur : absorbés et domestiqués par ce que je nommerai grossièrement de "système",ils contribuent à "revitaliser" les quartiers, transformés en résidences pour "bobo" (les fameux bourgeois bohèmes), avec leur commerces qui s’auto-attribuent l’épithète "d’alternatifs". Exemple concret : le quartier du canal St- Martin à Paris. Faisant encore partie des "quartiers populaires" de la capitale il y a quelques années, la "vitalité artistique du mouvement undergroud" caractéristique de cette zone a attiré les investissements divers et variés.Un "mur de graffiti légal" y a été inauguré et les manifestations de ce type se multiplient sur les bords du canal. Résultat : des loyers exorbitants, des des populations repoussées toujours plus loin du centre.Le "tag" y est, pour sa part, combattu avec une ferveur grandissante : il fait "tâche" dans le joli paysage des ces quartiers "requalifiés".
    Que penser du rôle grandissant de cet "art"dans le grandissant caractère ségrégué de nos villes ?
    Pour mémoire, l’écriture (ou le dessin) sur les murs est la plus ancienne forme d’expression artistique de l’humanité : de la préhistoire, à Pompéi, elle semble faire partie de l’essence même de l’homme. Elle renait sous sa forme de graffiti avec le développement du mouvement "hip-hop" dans les années 80, et a ensuite gagné l’ensemble de la planète. Elle appréhende le support-ville comme un bien imprescriptible, un moyen d’affirmer son existence dans "l’espace public communicationnel"décrit par Habermas.
    L’écriture possède une dimension magique de matérialisation de l’existence des individus : le tag ne cherche pas à "embellir" la ville mais à lui rappeler qu’elle s’éloigne de l’idéal de polis grecque, en tant que construction démocratique fruit du dialogue entre altérités.
    Le tag est un cri. Une invitation à repenser la structure démocratique du "pays des droits de l’homme". Je n’affirme pas par là qu’il doit être reconnu en tant qu’expression artistique (bien qu’il soit pour moi proche des inscriptions murales caractéristiques des mouvements politiques considérés désormais comme de "l’art’ : les dessins de mai 68 ou du mur de Berlin se vendent aujourd’hui à des fortunes sur le marché de l’art), mais qu’il est synonyme d’une incohérence entre le projet politique français et ses effets sur la réalité sociale.
    Rendez-vous à l’évidence : plus vous "hygiéniserez" l’espace public à coup de peinture couvrante, plus le tag reviendra en force. Le recouvrement, tant par la peinture que par les mots qui visent à discréditer ces formes d’expression, ne résout rien. Bien au contraire, il aiguise, il accélère la diffusion d’un des seuls moyens d’expression qu’une partie de la population dispose aujourd’hui.
    L’urbanisme, comme la population dans son ensemble, devraient se repenser.
    La forme de la ville est mouvante, et en vient à favoriser aujourd’hui son rôle de "pôle économique" au détriment de son rôle "démocratique" initial.
    La ville, modelée par de multiples entités (dont les "marginaux" taggeurs), n’est-elle pas la plus grande œuvre d’art de l’humanité ?
    A bon entendeur,
    Salut

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